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bre considérable de personnages capables de tenir leur place dans une forte hiérarchie. Ces immenses et splendides monuments qui sont encore sur le sol, ces expéditions lointaines qui ont soumis des peuples étrangers, et dont les résultats triomphants sont sculptés sur la pierre, attestent évidemment qu’autour du chef il y avait bon nombre de fonctionnaires en état de le seconder et de faire exécuter ses ordres souverains, en ayant eux-mêmes des commandements étendus, quoique limits.
Il semble donc que l’Égypte, dans ces tempv reculés , savait se gouverner elle-même , bien qu’elle acceptât aussi les services des étrangers, comme Joseph. Par conséquent, ce manque d’hommes, qui est aujourd’hui son malheur dans les rangs secondaires, n’est pas absolument endémique, et l’on doit croire qu’il n’est pas incurable.
Mais il est tellement invétéré, qu’il sera bien difficile à guérir. L’Égypte, depuis près de trente siècles, n’a jamais été à elle, et il faut remonter à quatre mille ans environ pour deviner ce qu’elle pouvait être dans sa nature originaire. D’abord, les Pasteurs l’envahissent; puis les Perses, puis les Grecs, puis les Romains, les Arabes et les Turcs* Elle a recouvré la libre disposition d’elle-même, sans avoir encore son indépendance complète sous
la famille de Méhémet-Ali, et sans même y prétendre. Elle peut se promettre des destinées nouvelles sous une dynastie qui n’en est pas moins nationale pour être venue du dehors.
La tendance du gouvernement égyptien sera nécessairement de se passer autant que possible de la race turque, sans rien relâcher d’ailleurs des liens politiques et religieux qui l’unissent à la Porte et au chef des croyants. Cette tendance est une nécessité de situation, que les Turcs eux-mêmes comprennent et acceptent fort bien. On ne repousse pas ceux qui veulent se dévouer au pays et identifier leurs intérêts aux siens. Loin de là ; et, comme on peut le voir, bon nombre de Turcs occupent encore les plus hautes fonctions militaires et civiles. Mais ceux qui ne viennent en Égypte que pour s’enrichir, et la quitter le plus vite possible, chargés de ses dépouilles, il est tout simple qu’on tienne peu à les avoir et surtout à les garder. Mais il n’est pas facile de les remplacer avec les seules ressources du pays.
Si le vice-roi, avec l’intelligence et l’énergie qui le distinguent, parvient à créer une pépinière d’hommes où il soit possible de puiser à peu près à coup sûr de bons seheiks-el-béled, il aura fait immensément pour le bonheur et pour l’avenir