‹ Lettres sur l'EspagneChapitre 11 sur 19 · LETTRE XIX · texte numérisé non relu

LETTRE XIX

it iicEi\Tt DE VAif;:ici.

Valence, 28 mai 1837.

Après avoir passé deux jours au milieu des plaines désertes de la .Manche cl des montagnes sablonneuses et non moins désertes qui forment la lisière du royaume de 31urcie, on traverse une petite chaîne de montagnes, et Ion se trouve sur le territoire de Valence. Le pays commence déjà à changer d'aspect, les oliviers, les caroubiers, les mûriers commencent à se montrer. Quelques heures ajirès, on passe le Xujar ; alors la métamorphose est complète : vous êtes au milieu de la llucria, de ce jardin de A'aleiue, tant et >i justement célébré. Si grande néanmoins que soit la beauté de ces campagnes, celte beauté est d'un caractère à part ; ce n'est ni la lerlilité grasse et verdoyante des plaines de la Normandie, ni le paysage mouvant et accidenté du l)au|)liiné, ni la variété élégante des pitints de vue de la Touraine. Le bon sens ixqiulaire a désigné Mius le nom île jardin ( llucria ) les ein irons de Valence, et rien en elTel ne peut mieux dcuuier luu- idée de la pln>ionomie de cette plaine fertile et du genre de beauté qui lui est pni|»re. l'oint de grandes lignes, de contrastes idtloresques, de mouvenu'ids de terrains hardis et heurtés, rien de grand ni de saisissant ; mais un soin de détail, luu; élégance de culture, un flni de travail ipii, appliqué sur une échelle de trois ou quatre lieues carrées, devient une véritable merveille; on dirait que tout n été travaillé à hi béchc et ù la serpette. Le terrain, divisé à l'infini, oiïre comme une multitude lie |ilateh-l)andes où li- blé, la lu/.eriu', le chan\re s'élèvent avec \\w «igueur particulière. De lem|)s en lenqis, surtout du cAlé du Xlijar. on iiper(,'oil des terrains inondés ipii rnrnieiil des espèces de lagunes, ce itont desririèreH, qui malheureusement <onqiensent, et au delà, pur l'insdubrité de» evlialaisiuis qu'elles répandent, les ressourctis

SIR l'espagne. in

dont elles enrichissent le pays. Du milieu des épis verdoyants stirtent des mûriers, des figuiers, des caroubiers, et enfin des palmiers, enfants égarés de l'Afrique, qui, trompés par la douceur du climat, sont venus balancer sous ce beau ciel leur longue colonne et leurs palmes élégantes. Au sud de Yaiencc, entre Alcira et San-Fclip*-, on rencontre de plus de jolis bois d'orangers et de citronniers, qui, entremêlés de magnifiques grenadiers en fleur, donnent à tout* la végétation je ne sais quelle teinte poétique et séduisante. Représentez-vous maintenant sur cette terre une population pliLs d'à moitié africaine , des hommes vêtus d'une chemise et de larges caleçons blancs qui tombent jusqu'au genou, les jambes et le plus souvent les pieds nus, un bonnet de laine rouge sur la tête, et autour des épaules une mania de même étoffe et de même couleur, dans laquelle ilss'enroulent d'une manière toute pittoresque, et vous vous croirez bien plutôt en Afrique, au milieu d'une tribu de Bédouins, qu'en Europe, à soixante lieues de Madrid et de sa civilisation francisée.

La Huurta, proprement dite, occupe un espace d'un peu plus de trois lieues carrées, et elle a la forme d'un triangle qui aurait la mer pour base. Bien que, plus loin, on rencontre encore, et notamment au sud, sur les bords du Xujar, des champs admirablem.ent cultivés, c'est surtout dans la Uucrta que l'on peut le mieux admirer et la richesse du sol et l'infatigable industrie de l'homme qui ne donne jamais de relâche à la fécondité de la terre. On fait communément, dans la Huerta, trois récoltes et demie par an ; dès qu'une; moisson est terminée, on ensemence de nouveau, et la douceur du climat, qui n'a point d'hiver, fait mûrir les grains toute l'année. Il faut dire cependant que la nature ne fait peut-être pas pour Valence autant que l'homme et que l'art ; le travail le plus pénible et le plus assidu, l'industrie la plus ingénieuse, épuisent chaque jour leurs ressources pour entretenir et renouveler cette fécondité, qui, autxement, serait presque fabuleuse. Les Arabes, qui ont été, jusqu'au roi .Faime d'Aragon, possesseurs assez paisibles du pays, et qui, mênie après la conquête des chrétiens, sont restés en majorité jusqu'à Philippe II et Philippe IH, les Arabes avaient doté Valence d'u:i système d'irrigation cpii subsiste encore tel qu'ils l'ont fondé; le génie d(! leurs descendants et de leiu's vainqueurs n'a trouvé rien a y ajouter. Ce système, le voici : Les eaux du Turia qui se jettent

dans la mer, un peu au-dessous de Valence, ont été soutenues par une dig:ue à deux lieues en\iron de son embouchure, et sept coupures principales, dont trois sur une rive et quatre sur l'autre, vont distribuer dans la plaine ces eaux qui s'étendent en éventail et fertilisent toute la lluerta, contenue et comme embrassée entre leurs deux branches extérieures. Maintenant, sur chacune de ces sept artères principales, le même système est répété en petit, et une multitude innombrable de veines secondaires viennent prendre l'eau et la porter au plus humble carré de terre caché nu centre de la plaine. Ce système, dont l'idée est fort simple, offrait néanmoins dans l'exécution une complication dont les dillicultés n'ont pu être résolues que par la prévoyance la plus injjénieuse. l ne de ces didicultés se trouvait dans la nécessité d'observer partout une telle graduation de ni\eau, que tous les terrains, sans exception, pussent jouir à leur tour des bienfaits de l'irrigation. Or, la i)laine, bien qu'assez égale, ne présentait pas cependant ce nivellement parfait et géométrique; on y a suppléé par de petits canaux et des ponlsaqueducs; en se promenant dans la plaine, on voit à chaque instant «le petits canaux qui passent sur les grands, et je ne suis combien d'aqueducs en miniature construits les uns sur les autres pour porter à quelques perclies de terre un volume d'eau trois fois gros conune la cuisse. Ailleurs, vous voyez, au milieu d'un terrain tout plat, le chemin s'éle\er tout h coup de quatre pieds et vous obliger de suspendre pendant douze pas le trot de votre cheval ; c'est un aiiuediic soulerraiti (pii |iasse par In; tout ce travail est peu apjiaK ni ; la phi|)art du temps, il se cache sous terre, mais il est |(lein de détails et de prévoyance, l ne autre dillicullé, c'était de répartir les eaux é(iiiilablement,et (jue chacun |)ùt enjonirii son tour; car, pour faire monter les eaux iViiuc arn/uia (c'est le nom des canaux ), il faut presque mettre les autres à sec ; après le travail de l'ingénieur venait donc le travail de radniini>lrateur et du légiste ; ce travail a également élé fait par les Arabes et subsiste encore aujourd'hui tel (|u'ils l'ont laissé. A chncuiu' des sept branches-mères ( (irrespoiul un jour de la semaine; ce jour-l/i, i>lle emprunte l'eau de ses voisines pour élever les siennes au niveau voulu ; le tout, bien entendu, à charge de revanche : ce jour-l^ , tous les petits filets qui s'alimentent des enui de la grosse artère sont également ouverts; mais, comme leur nombre est immense, et (ju'en venant In sucer tous fi la fois, les

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eaux ne pourraient se maintenir à la hauteur nécessaire, chacun d'eux a son heure dans la journée, comme la branche-mère a son jour dans la semaine. Voilà près de huit siècles que ces détails minutieux sont fixés, que chaque filet d'eau a son heure et sa minute assignées. Quand celte heure arrive, un des colons intéressés défait en trois coups de pioche la digue de gazon qui ferme sa rigole, l'eau monte, et à mesure qu'elle vient à passer devant chaque pièce de terre, chaque colon, qui l'attend la pioche à la main, lui donne accès chez lui par le même procédé ; alors la terre est submergée et couverte de plusieurs pouces d'eau pendant un temps déterminé. Le lendemain, les choses se passent de la même manière dans une autre partie de la Huerta, et, au bout de la semaine, toute la campagne a été imprégnée à son tour de ces eaux fécondantes.

Quelquefois il arrive qu'un propriétaire impatient devance l'heure prescrite et donne, par ci par là, pendant la semaine, un coup de pioche dans sa digue, au détriment de son voisin. De là des procès. Mais, grâce à Dieu et au bon sens oriental des fondateurs, toute la procédure ne coûte pas une seule feuille de papier timbré. Tous les jeudis, devant la porte de la cathédrale, le tribunal donne séance, composé seulement d'un alcade. Le cadi (car, étymologiquement et réellement parlant, l'alcade n'est pas autre chose), le cadi écoute les plaignants. Comme il n'y a point d'avocats (autre preuve du bon sens oriental), les procès se terminent toujours séance tenante. Le plaignant expose lui-même sa plainte, le délinquant se défend, le juge prononce l'arrêt ; réquisitoire, défense, arrêt se prononcent en patois valencien. Tout s'est passé sans écriture, sans délai, sans frais, et justice est faite; l'arrêt est sans appel. Tout cela, monsieur, appartient-il à l'Europe ou à l'Orient?

Grâce à l'action combinée de l'eau et du soleil, la terre périodiquement humectée, sans cesse échauffée par la chaleur de l'atmosphère et riche d'ailleurs par elle-même, produit toute l'année, sans fatigue, l'orge, le riz, le blé, le safran, les légumes, les oranges et les citrons ; l'huile, et enfin la soie et la cochenille composent la meilleure partie des récoltes de Valence. La culture de la soie est considérable et ses produits très-cstimés ; quant à la cochenille, c'est une richesse récemment importée, mais qui promet, d'ici à quelques années, les plus beaux résultats. Cette extrême fertilité, CCS trois ou quatre récoltes successives dans le cours de la même

année, oxpliqucnt d'ailleurs tout naturellement le cliitVre énorme de la population qui, d'après les derniers recensements, s'élève, dans la Ilueria seulement, à 21 ,304 lialiitonts par lieue carrée. Je ne crois pas qu'aucun pays de l'Europe donne, à beaucoup près, un cliifTre aussi énorme. On a calculé que si, par toute l'Kspatîne, la liopulalion sui^ait In même proportion, l'Kspagne pourrait nourrir jusqu'à '200 millions d'haliitants. .>Iallieureusement la nature et la conli^uration du sol opposent presiiue jiarlout d'inNincildos obstacles;! celte brillante utopie desslatisticiens. Au milieu de cetleferlile lluerla s'élèvent à clia(]ue pas de noml>reu\ et jolis Nillages, tous très-peuplés et remarquables chose unique en Kspagne) par leur cvtréme propreté. Je ne connais rien dans nos canipaijnes de France «jui puisse soutenir la comparaison sovis ceraïqxirt ; |ieiit-èlre pour rencontrcrquelquc chose d'équivalent, faudrait-il remonter jusqu'en Hollande.

I.a population de U Ilu€r(a est industrieuse, appliquée; elle a conservé religieusement les traditions arabes relatives à la culture des terres; elle est extrêmement intéressante sous ce rapport. Envisagée de tout autre point de vue, c'est, il faut le dire, une race é\idemmenl disgraciée: elle est laide, misérable et corrompue, l'eul-élre, à y regarder de près, Irouverail-on dans la misère lexjilication de la dill'ormité morale et pliysi(|ue, (pioicpu' plusieurs < auses diiïércntes concourent à ce triste résultat, ^uaiil à la laideur, elle est surtout jiarticulière à la po|)ulati()n miMe, et elle trouve une explication naturelle dans l'insahibrilé du climat. Ce pays, si beau il l'iril, si séduisant de \erdure et d'abondatice, est empesté par les rizières, dont les exhalaisons, mèléesaux vapeurs<piele soleil lire conlinuellement de cette terre humide, produisent des lièxres redoutables. Sur 4,010 malades re^,us, en JS.'JO, dans les ll(^pilaux (le Volenc^', les trois qinirts soullraienl de lu (lèvre, et la mortalité, Mir le chilTre des fiévreux, fut d'un cinquième. I/habitant de la «ampngne, le labrador, a le \i.sage ferreux, j'cril t<'rne ; sn |)hysioiMiraie est morne el sans expression. Dans In xille, les femmes sont. .10 contraire, reninripiublenient jolies; dans les cantons moins humides du royaume, elles méritent aussi la réputalion <ie beauté dont files jouisoent ; mais dans la //ucrfri, (|uoi(|iie beaucou|i mieux qui* I -s hommes, (dles se res.sentent égalmienl de rinilueiKe malsaine tif riilniosphère.

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Quant à la corruption , elle est énorme. Valence passe pour le pays de l'Espagne où il se commet le plus de crimes. Le meurtre , le vol, les rixes et les blessures montent, dans la statistique criminelle de Valence, à un chiflVe relatif énorme. Ainsi, dans la seule année 1832, sur environ 700, 000 justiciablesque comprend le ressort de la audicncia de Valence, le nombre des meurtres et infanticides s'éleva à 210; celui des blessures à la suite de disputes à 541 ; celui des vols à 3G1 ; enfin les condamnations à mort s'élevèrent jusqu'à 34 ; si l'on ajoute les condamnations aux galères, qui ici sont à peine infamantes, les crimes non poursuivis, faute de trouver ou de vouloir trouver le coupable, lesquels, pour 1835, donnent le chiffre de 831 , vous pourrez juger de l'espèce de barbarie morale qui désole ces belles contrées. Il règne d'ailleurs dans ce pays une coutume caractéristique qui offre à l'étranger une statistique parlante et signiQcalive. Quand un homme est assassiné, on cloue sur la muraille la plus proche une petite croix noire avec une inscription ordinairement conçue en ces termes : « Ici mourut de malheur {aqui murio de disgracia) telle personne, tel jour de telle année. » Or, pour vous donner une idée du nombre de ces petits monuments expiatoires, il suffira de vous dire que, dans une des rues les plus populeuses de Valence, la rue Saint-Vincent, qui est longue à peu près comme la rue Vivienne, du Palais-Royal à la place de la Bourse, j'ai compté, l'autre jour, onze croix destinées à conserver le souvenir de onze accidents néfastes. Si donc le Valencien passe généralement pour traître et lâche , si l'Andalou lui-même, ce charmant Andalou qui fait si bon marché de son propre courage, témoigne hautement de son mépris pour la lâcheté valencienne, il faut bien convenir que cette mauvaise réputation n'est pas entièrement usurpée.

On aurait tort d'ailleurs de s'étonner de l'abrutissement du Valencien. Le labrador, occupé, du matin au soir, au travail de la terre, mène la vie d'une bète de somme intelligente ; il applique des çfocédés de culture ingénieux que la tradition lui a transmis ; mais h vie morale et sociale, rien ne l'éveille en lui, c'est un admirable instrument de travail , et c'est à peine vm homme : il enrichit, en quelque sorte, la terre à ses dépens; l'extrême fertilité du solsullisant à peine à nourrir une fourmilière d'hommes dont le nombre n'est jamais en arrière de la quantité des produits, la niullilude des co-partageanls rend nulle celle richesse apparente; ce n'est que

par un travail presque violent que le labrador fuit la misère qui le tolonne toujours; de là la grossièreté presque animale de ses peneliants. Ainsi, d'une part, la lièvre, de l'autre l'excès de la population et par suite l'eicès forcé du travail, telles sont deu\ des causes les plus actives de la misère et de la dépravation du peuple. Puis, comme les fléaux s'engendrent naturellement les uns les autres, de ces deux calamités en nait une troisième. Cette insalubrité de la campagne, cette férocité connue des habitants empêchent le propriétaire de vivre sur ses terres; c'est à Valence, ou à Madrid , ou à l'étranger «pie le propriétaire de la lluerta va dépenser son revenu, de telle sorte que la richesse sort toujours de cet inépuisable pays, mais n'y retourne et n'y circule jamais. C'est sans doute un résultat déplorable, mais dilTicile à corriger; car, qui voudrait habiter au milieu d'une race brutale, féroce et toujours sollicitée au brigandage par de longues habitudes et par des besoins réels?

Les lahradores étaient autrefois la terreur de la ville; dès que le moindre désordre éclatait datis l'enceinte des murailles, ils accouraient en foule de la campagne pour piller, et leurs figures et leurs muiurs africaines les rendaient l'elTroi du paisible bourgeois valenl'.icn '. Ln événement célèbre, arrivé en 1808, a détourné en sens inverse le cours du torrent.

Lorstpie la nouvelle des événements du 2 mai, à itladrid , se répandit dans les provinces, lorsqu'on apprit le combat sanglant de la population niadrilègne contre les troupes di- I\Iurat , toutes les provinces d'Kspagne, comme cliacim sait.se soulevèrent spontanément ; partout des juntes furent créées et des moyens de défense organisés contre les rrani;ais; mais ce mouvement, (jui partout fut acronip.igiié de nombreux désordres, ne fut, nulle part, aussi lerriblt! (pi'ii Valence. l,a |)opulace, soulevéi^ et ameutée par un moine, nommé le |)ère Calvo, lit mnin-bas>*e sur tous les Français établis à Valeni ('. Ce fut uiu; boiuherie. lies Français nés, mariés et possédant, il Valence, de.s établissenu-nts de c(innnerce, furent massju-rés HiUiH pitié, et les labrudorat de la llurriu brillèrent au premier rang dans celte Riorieusc prouesse. Mais, ou bout de quelques jours, lo vent tourna; les autorités, d'abord épouvantées, reprirent enfin le

I [ r\ labrndnrri dr la llufrla rcm^rrvrnl rnrorc chri nit, pniirb |ilii|i.irt, un Mr (lr<lini> k rapporirr Inir part ilii pilbir iIp Vnlnirc. Cc«t une (lr< lr,iililloii« \e> plu» ili^rcA cl Im plut «<iii>réc* ilr la lluerta.

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dessus, et la réaction commença avec une barbarie digne des premiers excès qu'il s'agissait de punir.

Le père Calvo fut étranglé dans sa prison, après une instruction sommaire , et un nombre considérable d'assassins présumés furent pendus à peu près sans formalité. Comme les labradores figuraient en majorité parmi ces derniers, leur supplice a laissé dans X^Huerta des souvenirs terribles; aussi, sauf quelques très-rares occasions, lorsqu'une émeute éclate à Valence, le premier soin des labradores est de déguerpir et de regagner la campagne au plus vite. La ville se trouve ainsi affranchie, depuis lors, de la crainte que lui inspirait la campagne. Ce n'est pas qu'il n'y ait toujours quelques précautions à garder ; ainsi on vous recommande toujours très-instamment de ne point vous laisser surprendre par la nuit hors des portes de Valence, et l'on vous cite à ce sujet l'histoire d'un baron allemand qui , après une promenade dans la campagne , ayant trouvé le soir les portes fermées, fut assailli par trois labradores et percé de vingt-deux coups de couteau. Il eut le bonheur d'en revenir assez bien pour avoir pu écrire lui-même le récit de son aventure ; mais c'est une chance sur laquelle il ne faudrait pas trop compter. Inutile de vous dire que la peur et la renommée , toujours menteuses, grossissent singulièrement le péril. Il n'est rien comme de juger par soi-même dans ces sortes de choses ; aussi puis-je vous assurer qu'il en est des meurtres à Valence comme du péril des routes, comme des courses des factieux et de leurs brigandages : au fond , c'est l'exception ; mais, comme la publicité ne parle que de l'exception, on s'imagine de loin que Valence est un pays qui n'est habité que par des hyènes et des vipères, tandis que c'est tout simplement un pays habituellement endormi et fort paisible, que les factieux elles voleurs réveillent seulement de temps à autre pour le rançonner et le piller; il se laisse faire, et, l'opération terminée, il recommence à ronfler de plus belle.

Du reste, le chapitre des voleurs nous conduira tout droit à nous occuper de la justice, dont je compte vous dire quelques mots dans une prochaine lettre.

Cadii, 10 soplcnihro ISîT.

Depuis la lon^ic intorniplion (juc vient do subir ma currospoii- Oanre, j'ai visité la plus gramio partie de l'est et du midi de l'Espagne, depuis Harcelonne jus(]u'à (]adi\: j'ai vu de beaux monuments, des sites piltoiesijues, des traits de mœurs earactéristiqucs; mais comment vous entretenir d'objets de ptne curiosité? comment même trouver le moyen d'(d>server à loisir et de sanjf-froid des antiquités qui, dans d'autres circonstances, mériteraient seules tout un livre, lorsque le sol sur lequel on marche s'éboule jouriu'lleraenl sous vos pieds, lorsque les bruits sinistres de la guerre civile, que le meurtre, le pillage, la dévastation vous poursuivent sans relAche. lors surtout qu'au milieu de tous les Iléaux qu'engendrent la guerre et les révolutions, on clierchi^ vainement cette coin ict ion géiu'»reustr. cette foi sainte dans l'avenir ipii peut racheter tant d'erreurs et purilier tant de souillures? La riaiice aussi a traversé des temp^ douloureux, l'histoire de son alTranchissement a aussi des pages né astes, cl nous a\ons trop cruelleuicnt ressenti les terribles elTetsdes lutU's pulitii|ues, pour ne p.is cdusidérer d'un leil iudidgent de,^ luttes et des crises semblabli-s; unis du moins, dans nos plus mauvais jours, ni la foi, ni l'énergie n(^ nous ont niamiué; h ciMé de^ grands crimes brillaient les grandes vertus et les grands talents; et h l'époque môme où la guillotine, comme un sitectre fatal, se dressait sur nus places, le regard du bon citoyen pouvait se détourner avec orgueil et confiance sur ces grands administrateurs qui savaient créer l'ordre au sein de l'anarchie et organiser la victi>ire, sur a» armée» enihi, modèles de discipline et de patience, qui r^)mmeiw- (.aient dés lorsà tailler les premières pierres de l'Arc-de-Triomplio immortel que la l'rance Nient d'élever. !\Iais ici, sur quoi reposerons-nous nos veux? Je suis resté dix mois à Madrid; en Noilii quatru (pie. je parcours len \illes et les cvuniiagnes de. près de la moitié de l'Espagne!, et je n'ai vu encore que de fausses ré\(dulions, de fani entliMiisi.isnu's, de faux succès, <|e faus>es réformes, ù chaipie in-

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stanl démentis par les faits, et dissimulant mal un trop légitime dé courageraent. Je voulais vous décrire l'Espagne, et malgré moi je commence par la plaindre, et par me plaindre moi-même de la continuité d'un spectacle qui ne peut exciter, au fond de tout cœur honnête, que des alternatives de tristesse et d'indignation.

Le voyageur qui revient en France , après avoir visité l'Angleterre, l'Amérique, la Prusse, la Russie même, tout éloignée qu'elle est de l'esprit de notre civilisation, celui-là peut espérer de rapporter des idées utiles ; il aura observé des institutions politiques ou financières, de belles voies de communication, des établissements pénitentiaires, un développement militaire, industriel ou philosopliique dont l'étude peut être profitable à son pays ; et ce nMe d'interprète entre deux civilisations difTérentes, forme , si je ne me trompe , la portion la meilleure et la plus élevée des attributions du voyageur. Sous une forme ou sous une autre , ce qu'il a eu sous les yeux , c'est !e spectacle toujours instructif de la vie des nations; et si, au milieu de cette moisson abondante, il a su choisir les fruits susceptibles d'être transplantés utilement, son temps et ses fatigues n'auront point été perdus. Ici, n'attendez rien de semblable : ce que j'ai à vous montrer, c'est le tableau d'une agonie qui ne peut pas finir, d'un désordre sans limite et sans terme assignable, c'est la ruine certaine et progressive d'un peuple qui, tout un siècle durant, a fait la loi à l'Europe, qui vit sur la terre la plus riche et la plus favorisée peutêtre qui soit sous le ciel, mais que les fausses expériences ont tellement découragé, qu'il se sent et se regarde périr avec une sorte de résignation fataliste dont on essaie en vain de le faire sortira grand renfort de mots sonores et de phrases retentissantes. D'autres pourront s'évertuer à vous montrer l'ordre et le progrès organisés sur le papier, l'enthousiasme régnant dans les proclamations officielles, les victoires se succédant sans interruption dans les bulletins, et les cortès enfin poursuivant, avec une gravité digne de la chaise curule des anciens sénateurs romains , le grand œuvre de la régénération nationale. Notre tâche à nous sera plus triste et plus sévère ; ce sera de faire disparaître tous ces brillants fantômes devant la triste lumière des fait*, de vous montrer le mal dans toute son étendue et de vous faire voir combien sonnent creux toutes ces fondations de granit si miraculeusement élevées par les mains de la faiblesse, de 1 imprévoyance et du gaspillage. Je ne vous réponds pas d'aller jus-

qu'au bout de la l;\chc que j'entreprends ; il y a un ferme où la plume vous tombe des mains; on ne fait point l'analyse du néant ; mais si je puis vous faire voir combien est faux et pernicieux le prétendu système de régénération qui achève en ce moment la ruine de l'Espagne , combien les mœurs , les préjugés et les intérêts de ce pays sont antipathiques au régime prématuré auquel on l'a soumis, et quels funestes et peut-être irréparables elTels sont résultés de cet empressement puéril de tout changer et de tout refaire, je croirai avoir rendu, dans la mesure de mes forces, un service véritable à la cause de l'Kspagne. Voilà trop Idiiglemps (pi'on répèle chaque jour que l'Espagne est le pays des anomalies politiques, que rien ne se passe là comme ailleurs, et (\\w toutes les pré\isi()iis y sont déjouées par une sorte de marche capricieuse et désordoiuiée (pi'aucun calcul ne peut saisir. Pour moi, il m'a semblé, je l'avoue, que l'Espagne est, sous ce rapport, un pays comme tous les autres, où , comme dit l'Évangile, celui qui sème le vent recueille la temp(Me ; et la meilleure preuve à fourrùr du développement logique des événements en Espagne, c'est précisément la persévérance des démentis diinnéspar les faits depuis quatre ans à des hypothèses bienveillantes si l'on veut, mais erronées à coup sûr et dénuées de toute espèce de fondement.

Vous di'vez être, j'imagine, très-étonnés en France de l'espèce de guerre (|ue se font ici carlistes et cliristinos, de ces grandes victoires (pii ne protilent |ii>int au vainqueur, de ces grandes défaites qui n'em|>é( lient point le vaincu de prendre ^on'ensi^e, ou, pour parler plus clairement, de toutes ces grandes jactances dont ou aime ici à embellir le texte assez |ieu épique (l(> l'hisloire des opérations militaires. Vos tacticiens doivent être surpris de voir cpio ces carlistes, perpétuellement battus depuis quatre ans, traités journellement de lAclies par leurs vaiiupienrs [r.iox rubardrs, etc.), ont pu sortir de leurs montagnes, parcourir l'Aragon, la Cninlognc, Valence, et, quolipie réellement inférieurs en cavalerie, s'avancer di' revers en revers jusqu'aux portes de Madrid. El cependant , h tout prendre, les (qiéralions militaires sont encore certniin-njent le beau cAté di! l'Espagiu" cruislitulionnelle. Si li-s généraux inatt- <|ui'nl de Inclique et les soldats di- dis<ipline ; si les sergents font di's réxilntioris libérales et les ollb'icrs des réactions inod/'rées, du moins faut-il convenir ({u'olliciers et soldais se batbnl bien, et s'ils

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ne pourfendent pas autant de montagnes qu'ils le prétendent, il est vrai de dire cependant qu'ils échangent avec l'ennemi des coups de fusil très-réels; ils tuent et se font tuer, ils font des marches forcées, supportent des privations rigoureuses et rachètent par de solides qualités militaires l'esprit d'indiscipline et de désordre qui les agite. 3Ialheureusement, je ne suis point militaire, ce n'est point de l'armée, c'est du gouvernement que j'ai à vous entretenir. Ici, je vous l'avoue, mon embarras est grand; y a-t-il un gouvernement en Espagne, n'y en a-t-il pas? qui est-ce qui commande, qui est-ce qui obéit? Où est le gouvernement? où est le pouvoir? où est la force et l'autorité? et comment vous faire comprendre à vous autres, heureux habitants d'un pays organisé, l'espèce de bonne aventure qui régit ici toutes choses?

Il est un fait dont, au bout de quelques mois de séjour en Espagne, on demeure profondément convaincu : c'est que le gouvernement constitutionnel et les institutions libérales n'existent là que dans l'opinion de la presse anglaise et française. Que le pays soit en révolution, ce n'est que trop évident; qu'il éprouve, sinon le désirréfléchi, du moins le besoin impérieux de l'ordre d'abord, et ensuite d'une foule de réformes dans toutes les branches de l'administration publique; que le rétablissement de l'ancien et absurde système qui, depuis trois cents ans bientôt, endort et assoupit encore le génie déjà trop apathique de la nation, soit devenu odieux à une grande partie de la population, et que le rétablissement en soit à peu près impossible, c'est ce dont on ne saurait douter; mais, après avoir proclamé hautement cette vérité, permettez-moi d'attaquer sans ménagement le système, ridiculement absurde, par lequel on a espéré fonder, en Espagne, des institutions nouvelles, et dont le résultat a été un désordre tel que je ne pourrai qu'à la longue vous en donner une idée incomplète. La longue tournée que j'ai faite dans les provinces ne m'a point fait découvrir aux événements de ce pays d'explication nouvelle; elle n'a pu que confirmer, par une multitude d'exemples, une idée que je vous ai souvent répétée, et que je demande la permission de vous répéter encore.

Le gouvernement constilutioiuiel tel que nous l'entendons , c'est le gouvernement des classes moyeiuies et possédantes. La propriété joue dans ce système un rôle irnpdrlant; d'autres éléments peuvent et devront sans doute s'y faire une place considérable, mais la dif-

iiculté de reconnaître les titres légitimes, purement intellectuels, n assuré jusqu'ici la suprématie à la propriélé. qui soulo aujourd'hui représente des idées de stabilité et de perpétuité. La propriété chez nous, trésdivisee. et, gn\cc au ciel, très -divisible, assure par là même au gouvernement une base plus large et dont les racines plongent au cceur même de la nation. La propriété et les droits |K)litiques semblent liés dans notre civilisation moderne par une parenté si étroite, qu'en Angleterre, i)ar exemple, nous voyons l'aristocratie, la chambre des lords, appuyée sur ses immenses possessions, exercer encore aujourd'hui une influence énorme, et balancer les intérêts de l'Irlande et du reste de la nation ; et sans doute œ n'est pas trop s'avancer que d'allirmer qu'un despremiers usages que la réforme fera de sa victoire, ce sera d'attaquer l'aristocratie au cœur , c'est-à-dire à l'endroit de la propriélé. Le progrès, en Angleterre, s'accomplit d'une manière lente et tontiime : l'aristocratie d'ailleurs occupe une position tellement forte que bien d'autres <|ueslions |)récéderonl sans doute celle-là; mais l'evislence déjà puissante du i)arti radical indiipie à elle seule ilans l'avenir le moment où le droit d'ainesse et les substitutions seront attaqués. Nous n'avons point ici à i)ré\oir le résultat de celte lutte, nous avons voulu seulement faire sentir l'intime connexion ijuc la nature même des choses doit établir entre les droits politiques et la pro- |)riété , dans les pays où la chuti' des anciennes institutions sjjiritue.lles n'a laissé de refuge à l'idée di^ |)ropriélé et d'hérédité que dans la possession et la Iransmissioti du std. Maintenant que ce système soit attaqué précisément de ce c(\té ; (pie certaines opinions veuillent déplacer la base du pouvoir et que ce* soit avec fondement ou non , c'est en(,ore là uncMpieslion où nous n'avons point à nous entremettre pour le moment; ipi'il nous sullise d'établir ce fait que pers<UMU', je crois, ne ronteslera , savoir (pi'il n'y a. et cpi'il n'y a eu jusqu'à ce jour, di; gouvernements consliluliMiuiels réguliers cl vraiment dignes de ce nom. (pn- ceux qui ont pour base vl pour gjiranlie l.i jiropriélé.

Oelte. réilevion, à loup sur, bien simple etbi(>n élénienUiire, sulllra |iresque seule ii nous donner la ilef des contrailiclions lii/arres <pii font de ri'N|ia^ne un pavs de tnul |ioiiil inexplicable pour l'ob- MTvaleur su|ierlli iel.

Lor.H(pie I erilinanil mourut, en ipieiles mains se trouvait la pro-

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priété en Espagne? dans les mains de la noblesse et du clergé. Les nobles, presque tous ruinés, possédaient à peine assez de capitaux pour faire valoir leurs terres dont la plus grande partie restait en friche ou mal cultivée. Le clergé, bon administrateur, mais conservateur par essence et n'ayant que des besoins constants qu'aucun accroissement de famille ne venait stimuler, le clergé se bornait à entretenir ses propriétés et ne se livrait à aucun des grands travaux que l'Espagne réclamerait et qui pourraient facilement lui permettre de tripler sa richesse et sa population. Leur gestion, bien qu'imparfaite, s'étendait néanmoins sur la plus grande partie du sol. Quant à la bourgeoisie, son influence comme propriétaire était, comme elle l'est encore, presque nulle : sur le littoral, àBarcelonne,àCadix, le commerce; dans l'intérieur, les emplois publics étaient à peu près les deux seules voies ouvertes à son ambition. Lors de la mort dn roi, l'insurrection de don Carlos d'une part, de l'autre la rentrée des émigrés et les espérances hautement avouées des anciens libéraux, eurent pour effet de rejeter, en dehors du parti de la reine, une portion du clergé tant régulier que séculier, c'est-à-dire une classe de propriétaires importants. Quant à la portion du clergé demeurée neutre, les massacres des moines, la suppression des couvents et la confiscation de leurs biens, arrachée au gouvernement par les exaliados, amenèrent l'anéantissement d'une classe de propriétaires qui se trouva sans héritiers immédiats, puisque l'État s'emparant de leurs biens, de nouveaux intérêts n'avaient point le temps de se former. Voilà donc déjà , par le fait de l'insurrection de Navarre et de la marche inférieure des alTaircs, une classe tout entière de propriétaires ou rendue hostile ou anéantie sans être remplacée, c'est-à-dire un élément territorial de moinspour l'édification du nouveau gouvernement.

Restaient la noblesse et le clergé séculier. L'eslatuto real, en établissant une chambre-haute , avait blessé peut-être le sentiment d'égalité si énergique en Espagne ; mais si la chambre des proceres était entièrement dépourvue de prestige nobiliaire, elle représentait, du moins en grande partie, l'élément territorial et pouvait, sous ce rapport, rendre service au pays et donner de la consistance aux réformes commandées par les circonstances. ïMais le parti exalté, peu satisfait de ses précédents succès, fit la ré\ohilion de la Graiija et reproclama la constitution de 1812, déjà deux fois proclamée et

deux fois morte d'impuissance. Le résultat fut la suppression do la chambre des proceres ; c'est-à-dire que la dernière trace de l'élément territorial disparaissait du gouvernement et lui devenait par conséquent hostile.

En dehors du gouvernement une classe influente de propriétaires étiiit , jusqu'à ces derniers temps, restée neutre à son égard. Je veux parler du clergé séculier, depuis les évéqucs jusqu'aux desservants dp paroisses ; ils avaient reconnu l'autorité de la reine et se tenaient soigneusement en dehors de toute action politique. En effet, dans l'hypothèse du triomplie de don Carlos, ils étaient sûrs, comme clergé , que leur influence serait reconnue des champions de l'ancienne foi; et,dansrh\pothèse du triomphe de la reine, ils avaient tout à perdre en se compromettant. C'était donc une neutralité doublement garantie. Eh bien! une loi récente vient de saisir, au prolit du gouvernement, la dime qui faisait la meilleure part du re\enu du clergé séculier. Le gouvernement se charge de solder directement les ministres du culte. .>Iais comme on sait en quelle monnaie le gouvernement paie ses employés, ses armées, les pensions des moines et celles des religieuses dont il a saisi les dots, toute la hiérarchie ecclésiastique doit désirer du fond de l'àme la ruine d'un gouvernement qui lui enlève ses moyens de subsistance. Le clergé séculier est nombreux ; c'est incontestablenuMit de toutes les classes de la société espagnole celle qui réunit le plus de lumières et le plus d'influence; c'est donc un ennemi dangereuv.

Ilécapitulons.

Un est arrivé du despulisnn' éclairé de M. /éa jusipi'au gouvernenuMit conslilulionnci , jtar réliminalion successi\e de toutes les classes |)ossédanles, ipii jusqu'ici avaient été considérées comme on°raiit la base et la princi|i;ile giirantie d'ordre ' des goinernemenLs constitutidiinels. L'expérience est iii)U\elle et les résultats sont dignes il'étre examinés de près. Nous aurons tlonc à étudier les moyens dont la bonrgeoisiiî s'est scr\ie pour arriver au pouvoir, la manière dont elle en use, les résultats moraux et écoiiomiipies de sa gestion, cl les garanties d'ordre et de lionne administration (pi'elle oITre nu pays. Ensuite je vous parlerai du peuple des campagnes et de celui

I OUp iikV,i|u'iin no |idit acinirtirr |iiiiir l.i Franrr i)ii°a\rr rrrlniiipn rcilriclliinv, Pal •iirloiit tralp pu l'apaKiip, oi'i le rniiiniprrc pt la |irii|>riiMit tmiMIU^ro suiit loin lia hiro équilibre à la rirbruc Irrrilorlalo

SUR L'ESPAGNE. IGl

des villes, au moins tel qu'il m'est apparu dans les lieux où j'ai pu l'observer. Cela fait, nous serons mieux en mesure pour débattre les chances favorables ou contraires aux armes de don Carlos ; car il est facile de voir que le succès ou la ruine du prétendant est moins encore une question militaire qu'une question politique, et que le savoir-faire des généraux que possède l'Espagne y peut moins que ne pourrait un bon gouvernement. Je ne sais si je me fais bien comprendre ; mais la matière est embrouillée, et je ne saurais d'une fois y faire pénétrer la lumière.

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