LETTRE XXII
LU BIEITS HATIO.^iOI. — Ll DISE.
Cadii, 14 septembre 183T.
C'est véritablement un pays singulier que l'Espagne, et il faut reconnaître qu'il s'y passe des phénomènes qu'on chercherait vainement ailleurs. Ainsi, par exemple, l'Espagne offre aujourd'hui le bizarre spectacle d'un Etat assez riche pour rembourser le capital d'une dette, dont il est depuis longtemps et aujourd'hui encore dans l'impossibilité de servir l'intérêt. Autre anomalie : cette dette dont on offre à tous venants le remboursement, non pas en argent, il est vrai, mais en belles et bonnes terres, ne trouve pas pour cela plus de faveur. La dette active est cotée à 21, la dette passive à 4 , sur les places de Paris et Londres ; et cependant ce ne sont pas les facilités qui manquent pour le paiement. Le trésor espagnol n'exige des acquéreurs de biens nationaux qu'un cinquième comptant; pour le paiement des quatre autres cinquièmes, il accorde huit ans >i l'acheteur paie en papier , seize ans si c'est en argent , et il reçoit au pair les titres de cette même dette qui, en dépit de tant de garanties et de facilités, continue par une étrange contradiction à osciller entre 21 et 22, entre 4 et 5, sans que les chances les plus favorables de la guerre puissent, le moins du monde, alléger la lourdeur de son vol : c'est là une énigme qui n'a pas dû, j'imagine, se représenter souvent dans l'histoire du monde financier. Essayons de la déchiffrer.
Le 19 février 183G, .'VI. Mendizabal qui, un mois auparavant,
nvail obtenu des certes le fameiiv vole de con/iance, M. Mendirabal publia un décret royal contre-signe par lui, et qui ordonnait la mise en vente de tous les biens ayant appartenu aux cou- ^ents et devenus biens de l'État. Par ce décret, toutes Tacilités et toutes garanties sont assurées aux acheteurs. On n'exige , comme nous rn>ons dit, qu'un cinquième comptant, le reste est payable en huit ou en seize ans. selon qu'on paie en papier ou en argent. L'a- I heteur a le droit de provoquer reslinialion de tout bien à sa conuniance et de faire inter\enir dans l'expertise un homme de son choix ; enfin, tout l'argent, espèces, qui pourra pro\enirde la vente (lesdits biens, sera iinariablement consacré au rachat et à l'anéantissement des titres de la dette; car, ainsi que le dit un long rapport qui précède le décret, le but du gou\ernement doit être de rele\cr le crédit de l'Kspagne en offrant à ses créanciers un gage 1 usitif, et aussi de diviser la propriété, de créer de nou\eaux propriétaires (jui, de\ant au régime constilulionnel leur nou^elle et meilleure condition, deviendront naturellement les plus fermes soutiens du trAnc d'Isabelle. Ce dtfret avait donc deux objets principauï : l'un financier, l'autre politique, et le double succès que s'en liromettait M. .Mendizabal devait couvrir do gloire la régence de Christine et par contre-coup le ministre dont le nom se trouvait asstK'iéà celte grande mesure.
Analysons un peu et successivement le succès linaiicier el le succès pnliti(pie.
(Juant au succès (iiiaiu ier, la ( "le de la bourse esl à elle toute -enle la i>lus éloquente des réfutations. .Mais comment est-il possible (ju une dellc ;«>»f(//i» inInH el tlont on offre de renibourser le 1 ipilal en fonds île terre evcellenis soil colée à 1\ '! Voili'i le |irolilème. D'abord il faut remnri|ner que, depuis un an, l'Kspagne, qui a\nit toujours mal payé, ne paie plus du tout, de sorte ipie la tietle sans intérêt el la dette portant intérêt se lrou\ent aujourd'hui dans lies rondilions tout h fait identique.ii, c'esl-i'i-dire que les porteurs lie rentes ont onlre les mains une iiromrsur de paicnuMit qui s'efferliiern peut-être un jour, mais (|ni, aujourd'hui, ne représente qu'un I "ipolr. Si maintenant le |iorleur de renies >eul éthangerscui lllro I outre la possession plus réelle en apparence d'une terre, la tern* iiu'on lui offre est-elle elle même auhe i hose (pi'uii espoir, soumis u toutes les chntiCi'S de lu guerre ci\ile'.' I.e champ qu'on \eul lui
SLR l'espaoe. 173
vendre est-il autre chose qu'un champ de bataille disputé depuis quatre ans sans résultat décisif? Après la bataille de Cannes, le sénat romain fit vendre à l'encan le champ où campait Annibal. Mais l'Espagne d'aujourd'hui n'est pas Rome, lescortèsnesont point le sénat, et le fussent-ils, il est permis de douter que ces procédés antiques obtinssent grande faveur à la bourse. Si l'on eût attendu , pour vendre les biens nationaux et rembourser la dette , que don Carlos fût anéanti, l'ordre rétabli, le trône constitutionnel consolidé, nul doute que la vente n'eût obtenu plus de succès ; mais en 1830 la mesure était prématurée : échanger un titre douteux contre une possession douteuse, ce n'est vraiment pas la peine. Et voilà comment il se fait que la mise en vente des biens des couvents n'a point relevé le crédit national.
Malheureusement il est des matières où l'on ne se trompe pas impunément : que la vente des biens du clergé n'ait eu nulle action sur le crédit de l'Espagne, c'est un malheur, mais ce n'est pas le seul .
Tous savez comment furent supprimés les couvents. Cefutl'émeule qui se chargea de l'aiTaire; on massacra quelques moines, les autres se sauvèrent, en sorte que le décret du 25 juillet 1835, qui ordonnait la suppression des couvents, trouva la besogne toute faite. En admettant, ce que je crois, qu'il fallût toucher aux couvents et préparer leur suppression, il faut convenir que le procédé employé contre eux était moralement odieux et politiquement peu honorable pour le parti qui l'employait et pour le gouvernement qui le tolérait. Mais, financièrement parlant, il ne valait guère mieux, et cela devait être, car l'émeute a la vue courte. Le gouvernement, en supprimant ainsi d'un coup tous les monastères, se faisait trente mille ennemis ; mais ceci n'est rien. Sur ces trente mille moines, dix-neuf mille étaient engagés dans les ordres, et comme on ne pouvait guèndécemment les laisser mourir de faim, on leur alloua par décret à chacun 5 réaux (25 sous) par tète et par jour, ce qui pour 19,000 moines fait à peu près une dépense annuelle de huit millions et demi de francs; voilà donc, avant tout bénéfice, le trésor grevé de huit millions et demi.
Il est vrai qu'on n'en a jamais payé un sou.
Mais ce n'est pas tout. Les moines, hommes, en général, parfaitement inutiles, avaient du moins le mérite de bien administrer
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leurs propriétés. Dès qu'on entrait svir les terres d'un couvent, on rcmiirquait dans la riillure une dilTérenfe notable; lesiirit conservateur du clergé s'annonçait et se faisait sentir. Kt comme le clergé payait généralement à l'Ktat de GO à 08 pour 100 de ses revei\us. la supériorité de son administration tournait doublement à ravantage du gou\crnemont. C'était un percepteur qui, pour ses frais d'administration et de perception, retenait un tiers du re\enu : en Espagne, c'est peu, il'autant plus qu'il culti\ait mieuv que d autres.
On a mis les moines ù la porte; aujourd'hui c'est l'Ktat qui administre leurs biens; mais ce n'est plus la même chose, on s'aperçoit que la terre a changé de main ; le revenu diminue, et les employés qui président à cette détérioration, il faut les payer, ce qui serait une autre charge pour le trésor, si le trésor les payait, mais il ne les paie pas. et le gaspillage en augmente d'autant.
Autre chose. Les couvents sont restés vides. Que faire de ces immenses bAtiments qu'aucun particulier i\e peut acheter, faute de •<a\oir qu'en fair(>'' Ici .M. Mcndi/abal, le grand financier, s'est surpassé lui-même. Ce tpi'on fait des couvents! on les démolit et l'on en vend les matériaux ; j'entends qu'on les vend quand on peut, car on déniolit toujours. Vous conceve/. (jue l'opération doit être, lînancièremcnl parlant, trés-fructueus(! p(Uir l'iltat. Beaucoup de ces édifices renfermaient des parties d'arcliileclure admirables; des tombeaux de famill(>s anciennes qui essaient iinitilemciil de les disputer au marteau du maçon. OKuvres d'art, sou\enirs historiques, rien ne sert, t<iul cela n'est plus (pn* de la pierre et du plAIre. Mrmrnio quia pulvia r«.' J'ai vu démolir à (ïrenade un magniliipn' couvent, tellement solide, que les délégués de .'\1. IMendi/.abal avaient peine à en venir à bout. J'ignore si l'on aura mis aussi en morceaux lescoloiun^s «le marbre noir qui décoraient la porte principale. i'.ncoreiiJirennde, tout n'élait-il pas perdu. I.e gouverneur ci\ il, M. Itomero, qui est, à ce qu'il parait, nn homme de goùl, avait eu l'heureuse idée de nieid)ler cl d'orner sa maison avec les richesses des couvents en démolition; et plein de cette noble assuran<'e ipii sied aux grands cd'urs, il faisjiit transporter dans son |irél(iire les dépouilles des vaincus, à la face du soleil, et sous les yeux d(>s tpiatre-vingl milb' habitants de i elle botnie et excellente ville de (îrenadi*.
Sans suivre dans loules leurs rainilicalions les dilapidations effriiiilées qui s'nlimenlenl aux ilApen» <le.s nouvelles propriété» no-
tionales, remarquons seulement que l'Espagne n'a point, comme on l'espérait, relevé son crédit; que, dans la tentative entreprise pour y réussir, elle a contracté des charges nouvelles ; que des richesses réelles ont été anéanties, et qu'en prenant au pair un papier que tant de sacrifices maladroits n'ont pu relever, elle a aliéné à vil prix des biens qui, plus tard, utie fois la guerre finie, auraient été. pour les créanciers de l'Etat, une hypothèque evcellente, et pour le pays un gage de prospérité et le point d'appui économique du régime nouveau. Voilà pour le succès financier ; arrivons maintenant au succès politique.
M. 3Iendizabal s'était proposé, comme nous l'avons vu, de répartir entre les classes laborieuses la propriété jusque-là concentrée dans trop peu de mains, et de créer dans les nouveaux propriétaires une classe tout entière d'intéressés à la consolidation du régime constitutionnel. C'était là sans doute une excellente politique ; malheureusement encore, les moycr.s d'exécution ne furent point à la hauteur du but proposé.
Plusieurs causes s'opposaient à ce que les propriétés nationales se vendissent bien. Il faut se souvenir qu'en 1820 les biens du clergé avaient déjà été vendus par les cortès ; que Ferdinand les rendit aux couvents, en même temps que, par une honteuse mauvaise foi, il persistait à considérer comme amorties les créances rachetées au moyen de ces mêmes biens ; en sorte que les créanciers se trouvaient à la fois frustrés et de leur titre et du gage contre lequel ils l'avaient échangé. Ce souvenir est resté vivant en Espagne ; aussi, dans l'incertitude de l'avenir, tous ceux qui veulent faire des acquisitions sérieuses préfèrent-ils acheter des biens patrimoniaux. L'exagération même des avances faites aux acheteurs, les facilités sans nombre qui leur sont accordées, le vil prix auquel les terres sont vendues, puisqu'une terre de 100,000 francs peut être acquise avec des chiirons qui n'en représentent le quart que grâce au bénéfice d'une fiction convenue entre les joueurs de la bourse, tout concourt à discréditer la solidité de l'opération. Il s'opère néanmoins un nombre de ventes assez considérable, qu'on ciu'egistre précieusement chaque jour dans un bulletin olliciel intitulé ad hoc. Mais ce (ju'il faut comprendre, c'est l'esprit dans lequel ces achats sont faits. Ceux qui ont du papier de la dette, les joueurs de la bourse qui ont des relations en Espagne, voilà, en général, les acheteurs ;
dans l'incertitude de l'avenir, et a\ec la certitude que l'intérùt de leur créance ne leur sera peut-ùtre jamais servi, ils prennent un billet à la loterie. Si la reine finit par triompher, ils se trouveront en possession d'un bien qui ne leur aura presque rien coûté. Si, au contraire, la chance tourne en favciu' de don Carlos, qu'aun^it-ils perdu ? peu de chose. Ils n'ont pajé comptant qu'un cintpiiôme, et encore est-ce en un mauvais papier que le succès de don Carlos aurait rendu plus mauvais encore. Quant au reste, ils ont seize ans: c'est 5 pour UK) par an du priv d'achat, et le revenu de la terre, employé à acheter du pa])ier, sullit et au delà à couvrir la dépense. Ils ont donc beaucou|)à gajîner et presque rien à perdre. Aussi qvi'arrive-t-il'? Les nouveaux propriétaires désirent 1(> triiunphe d'Isabelle, il est vrai, mais comme on désire gagner un quine à la loterie ; et comme ils ont peu h. riscjner, ils ne prendront pas le fusil pour aller sur le champ de bataille dérendre leur propriété éventuelle : c'est-à-dire que le gouvernement de la reine a fait, dans tous les cas, un marché de dupe, car il a vendu à vil prix po\ir se créer des défenseurs, et il ne trouve point de défenseurs. 11 faut convenir aussi que c'était une idée hi/arre que d'aller ( hercher des défenseurs à la bourse, où, en général, on goûte peu l'odeur de la jioudre et le son de la trompette.
(Juaiit aux classes laborieuses, au fermier, au journalier, à tout ce (pii est forcément attaché au soi, h tout ce qui >il du sol, leur c(Midilion n'est changée en rien ; ils ne se rendent pas ac(iuéreurs, parce qu'ils ne |)ossèdent puinl de papier de la dette cl (piils n'entendent rien aux tripotages de coulisses; cpiant à l'argenl com|itanl, les réipiisitioiis, les emprunts forcés, les paiements par a>ance de I ontribulions extruordiruiircs Icmu fournissent un emploi tout lrou>é de leurs économies, quand ils en ont, et ils n'en ont guère. Ils < liangent de maîtres, voilà tout : au lieu d'un moine, ils ont un banquier pour propriétaire ; trop In-ureux (piand le nouvel arrivé, qui connaît, à un centime près, le prix de l'argent, n'exige point iMi fermage plus élevé. Vdilà tout ce (pie peuvent gagner au chan- Kcmciil les clasMîS labiirieuHcs, et pom tant c'était là qu'il était impiirtaiil de ri'iTiiter ilts jinrlisiiis ; car, du jour mù le peui>le espagnol M' mettrait !k-rii'uw;mi'iit de la partie, je xuis réponds cpie le itrocés de I). Cari >s serait bien >ite instruit.
l'jiliii, cuniniv dernière i un.séi|uence de In glorieuse ronceplion
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de M. Mendizabal, il faut ajouter que la mise en vente simultanée d'une masse de biens aussi considérable a fait tomber en Espagne la valeur de toutes les propriétés, nouvelle cause d'irritation ajoutée à toutes celles que nourrit déjà la classe des propriétaires.
On avait demandé aussi jusqu'à quel point il était raisonnable de commencer à rembourser une dette dont le chiffre n'est pas encore connu, avec des biens dont la valeur ne l'est pas davantage. Mais, comme il n'est encore résulté de cette anomalie autre chose qu'une absurdité théorique, sans conséquencespratiques aujourd'hui appréciables, cela ne vaut pas la peine d'en parler.
Jusqu'à présent, les résultats économiques et politiques de la su])pression des couvents et de la mise en vente des biens nationaux ont donc été :
De grever le trésor d'une pension en faveur des moines ;
De l'entretien d'une administration plus dispendieuse et moins entendue ;
De démolir et de gaspiller des édifices admirables dont on pouvait faire des hospices, des casernes , des écoles, etc.;
D'avilir la propriété en Espagne d d'irriter encore les propriétaires ;
Enfin de se dessaisir à vil prix de valeurs territoriales immenses.
Le tout pour relever un crédit qui s'est si peu relevé, que la dette active est cotée à 21, la dette passive à 4, et que le gouvernement aux abois ne peut, depuis plus d'un an, venir à bout de contracter un nouvel emprunt.
Et tout ceci est l'œuvre de 31. Mendizabal, qui est le plus habile homme, ou, pour parler plus exactement, le seul habile homme du parti exalté.
Mais votre étonnement redoublera encore quand vous saurez que les avertissements les plus sages furent, dès l'origine, donnés au ministre qui n'en tint pas compte et poursuivit imperturbablement sa marche. Aux mois de février et de mars IS36, le journal VEsjiagnol, alors dirigé par M. Andres Borrego, publia plusieurs articles sur l'usage à faire des biens nationaux ; ces articles, dont quelques-uns portaient la signature de M. Fierez Estrada, prédisaient, ou peu s'en faut, tout ce que nous venons de raconter. Ils indiquaient en même temps la marche à suivre. Voici en quelque mots quel était ce projet qui parait avoir alors obtenu, et qui n
conservé jusqu'à ce jour l'adhésion des hommes sensés, amis de l'ordre et véritablement au courant de l'état et des habitudes de l'Espagne.
11 existe en Espagne une forme de loyer très-ancienne et trèsusitée ; elle consiste à céder à un fermier la jouissance d'une terre, moyennant une redevance annuelle invariable; le contrat est éternel, toutes les améliorations réalisées par le fermier tournent à son profit . en sorte que, sauf la rede^ aiice à laquelle sa terre est soumise, il jouit dos droits et desa\antages de la condition de propriétaire. Cotte forme de bail s'appelle censo enfilculico. Quand le contrat est temporaire, comme, par evemple, ciniiuanle ans, cent ans, plus ou moins, cela s'appelle louer à ccnsu rcscrcalivi). Le terme du contrat eviiiré, le propriétaire rentre dans ses droits luimitit's, ou renouvelle il son gré. Cette forme, on lèsent, est éminemment favorable aux intérêts du travailleur, auquel la longue durée ou même l'éternité du bail permet de jouir, lui et sa descendance, des améliorations réalisées par ses soins.
Suivant le projet proposé par M. l-lore/. K>trada, tous les biens des couvents auraient été loués à ccnso rcsercalivo, et le revenu en aurait été exclusivement alTeclé au service des intérêts de la dette. Les intérêts de la dette, fidèlement payés, auraient effectivement relevé le crédit de l'Espagne; on évitait la dépréciation des propriétés, inévitable résultat d'une vente en bloc, et à l'expiration du bail, l'État se retrouvait en possession de tous les biens nationaux, nécessairement améliorés par la longue gestion du fermier. Ce système avait l'avantage (pie les classes agricoles, qui n'ont que leurs bras et point de capitaux, pouvaient être ilireclemenl et immédiatement intéressées; on pouvait d'ailleurs, au moyen de paiements par aimuités, faciliter au colon l'acquisition complète, en un nombre déterminé d'années, de la terre qu'il aurait eue à cultiver. De plus, la réparlitii>u l'i tcnso de toutes les terres ixnivanl, sans aucune ililllcullé, être menée à terme en quelques mois, on évitait par là le gaspillage désastreux et internnnable di's Irais d'adniinistrjlion.
Quant aux édifices qui avaient appartenu aux moines, l'usage en était tout trouvé ; dans les villes, on en etU fait des casernes, des liApitaux, des écoles, des magasins; dans les cani|iagnes, des villages. .Mais le parti exulté en Ekpagne u eu de tout temps, ù co qu'il
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paraît, le génie de la dévastation. En 1S22, les couvents ayant été. comme aujourd'hui, supprimés, la junte provinciale de Cadix eut à délibérer sur l'usage à faire d'une immense chartreuse située près de Xérès. Un projet avait été présenté aux certes, on leur offrait d'y fonder un village de deux cents familles : il n'y avait pas un sou à dépenser. Chaque cellule de moine, avec ses dépendances et son petit jardin, pouvait recevoir une famille, et en jetant par terre le mur extérieur d'enceinte, chaque famille avait une sortie sur le champ qu'elle devait cultiver. Alors, comme aujourd'hui, la manie des cortès était de rembourser la dette ; elles refusèrent le projet. Vainement la junte leur offrit-elle de céder à la caisse d'amortissement, en échange de la chartreuse, une valeur égale de terrains communaux [ baldios ), tout fut inutile. On voulut attendre les acheteurs; mais, comme il est impossible qu'un aussi vaste monument puisse convenir à un particulier, les acheteurs ne se présentèrent pas : le couvent abandonné se dégrada, des tableaux de l'école espagnole, des sculptures en bois, des fresques furent pourris par la pluie et ne servirent qu'à abriter des chouettes et des chauves-souris. Vous voyez que les libéraux de 1837 sont les dignes fils des libéraux de 1820 ; on peut dire d'eux, comme de nos vieux Bourbons, qu'ils n'ont rien oublié ni rien appris.
Puisque j'en suis à la gestion économique du parti exalté, permettez-moi encore, avant de finir, un mot sur la récente suppression de la dîme. Le clergé séculier, au lieu de lever directement la dîme à son profit, sera payé par l'État; la dime est abolie et sera remplacée par un impôt. Cependant la dime est conservée encore pour cette année. Voilà, en quatre mots, les arrangements pris relativement aux intérêts financiers du clergé.
Autant de dispositions , autant de fautes. L'État va payer le clergé directement. 3Iais, comme l'État est aujourd'hui dans l'impossibilité de payer personne, cela revient à dire qu'on enlèvera purement et simplement au clergé ses moyens d'existence. C'est se faire gratuitement un ennemi puissant et habile.
La dîme sera remplacée par un autre impôt. Il est vrai qu'à force d'être endoctriné contre la dîme, le paysan, dans beaucoup de provinces, la payait de mauvaise grâce. Mais ceci était l'affaire du clergé qui, à force d'adresse et d'insinuation, finissait prosq\ie toujours par se faire payer. On va établir un autre impôt; mais cnten-
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dons-nous! Le paysan sera fort aise de ne plus payer la dîme, c'est vrai ; mais de payer un autre impiM, c'est autre chose ; car enfin , impAt pour impOl, la dime se payait en nature, considération importante dans les campagnes où la rareté des transactions rend le numéraire peu commun. La dîme se payait au moment de la réc^)ltc. c'est-à-dire au moment où le paysan se sent le plus riche, et où il lui coûte le moins de donner: enlin elle se payait au clergé, qui savait attendre et temporiser. .Maintenant l'impôt qui remplacera la dîme se paiera en argent, en toute s;\ison, et au fisc qui n'attend personne.
Knfin vous supprimez la dîme, mais vous la maiiilenez pour la présente année. 11 valait mieuv dilTérer 1:\ suppression d'un an. car le mot de suppression une l'ois prononcé , comptez {|ue le paysan ne paiera pas ; et pourtant le trésor n'est pas en situation de faire des lihéralités !> personne *.
Kii terminant cette rapide analyse des chefs-d'œu\ro linanrier» de M. Mendizabal, vous me demaiulercz ])eut-étrc si tant d'inepties obstinément accumulées proviennent seulement do l'incapacité de ce ministre, ou si quelque intérêt de bourse et de hrocantage a présidé à ces incroyables combinaisons. Ici, que vous répondre'? Comment croire, d'un cAté, que le coryphée d'un parti, qu'un homme qui a pu se faire (jnehiue ré|)utalion d'habileté, ait pu, mille fois n\erli, tomber deux ans de suite, les yeux fermés, de bévue en bévue? et, d'un autre i iMé, conuuent penser qu'il |)ourrait exister lui honune assez monslrueusenu-nl égoïste pour consacrer son )intiileté à la ruine systématique et inléress<''(' d'une natiaii, cl pour préférerun intérêt misérableù une belle fortune poliliipie et à un grand nom dans l'histoire'? Kntre ces deux solutions, choisissez si vous pou>ez; i>ourmoi, je m'y perds.
t l.r« nniivrlli'^ rnrtè", noniiiii'r^ par riiilliirnru clii |i,irti mcnli'n^ mit proTi- •utrciurnl hui>|icik1u lc«rircU> dr la sup|irr!k.'>iiin|iri'ci'drminrnl ili'rrc'tti'. On rsporo i|ur ri' ii'i-sl \h iiu'iiti prcriiiiT |>.ih, ri ipir, rniiliiriiii'iiicnt h ri-i|iiiU cl à l'iiilvrilt •lo l'Klal, Il (lliiic liiiira par élrr i|i'linili>riiii-nt iikiiiiIcmiiio.