‹ Lettres sur l'EspagneChapitre 8 sur 19 · LETTRE XIII · texte numérisé non relu

LETTRE XIII

LE cleucé. — LES coive:<ts.

Madrid. 28 fôvrior 1837.

Plusieurs causes, que je crois vous avoir indiquées dans ma dernière lettre, avaient contribué depuis longtemps à diminuer en Espagne le nombre des moines , en même temps que le progrès des idées faisait sentir plus vivement le progrès de la réforme. L'Espagne comptait, en 1797, 53,000 personnes engagées à divers degrés dans lesrangs du clergé régulier. En 1808, ce chilTre était tombé à 40,000; en 1820, à 33,000; enfin, en 1835, le nombre total des moines se trouvait réduit à 30,906. Après la mort de Ferdinand, et lorsque l'avènement au pouvoir de M. Jlartinez de la Rosa eut annoncé clairement de la part du gouvernement espagnol l'intention de marcher dans de nouvelles voies , le clergé fut un des premiers objets qui durent appeler son attention. Aussi, trois mois après la nonu'nation de M. Martinez de la Rosa, le 24 avril 1834, un décret royal prescrivit la formation d'une junte ecclésiastique chargée (1(ï présenter au gouvernement les moyens qu'elle jugerait les plus propres à opé-

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rer, dans le rlcrpi', tant régulier que séculier, les réformes reconnues indispensables. La junte se compusait de hauts dignitaires ecclésiastiques et de jurisconsultes. Le préambule du décret s'autorisait, pour ordonner la réforme, non-seulement des nécessités de lépoquc et du progrés des lumières, mais aussi des canons du conlilc de Trente, et la volonté de s'entendre avec le saint-siége pour les mesures déGnitives y était formellement énoncée. M. Marlinez de la Rosa montrait , dans ce préambule , celte volonté empreinte dans tous les actes de son ministère, de ménager les intérêts anciens en même temps qu'il se concilierait les intérêts nouNcaux, projet louable sans doute, mais dont l'exécution, dillicilc même en temps lie paix et dans des circonstances régulières, de\enail à peu près imjwssible au milieu de toutes les alarmes et de toutes les espérances que son nom seul é\eillait, au milieu surtout de l'activité que la guerre de Navarre devait donner aux maiiieuvres des partis.

Le premier soin de la junte ecciésiasli(iue fut d'adresser à tous les ordres religieux, ainsi ipi'à tous les é\êqueset à tous les chapitres, l'invitation de lui remettre un état complet du personnel et du revenu de tout le clergé. L'injonction fut assez, froidement accueillie; des évêipies murmurèrent , se refusèrent à obtempérer aux ordres de la junte, et entamèrent avec elle une correspondance où In junte montra iimtilemenl la meilleure volonté de se faire obéir. De la part de» ordres religieux , l'opposiliim fut plus silencieuse , mais tout aussi réelle, comnu' vous allez le >oir tout à l'heure. Kn elTet , le 20 juillet lSil.'>, ipiin7.t> mois après les premières injonctions de la junte, les documents reini-* par le'* niitines, et que les événements qui sur\inrent rendirent complèlemeul inutiles, étaient encorf extrêmement incomplets. Sur >ingl-sepl ordres religieux, ipiinzo n'avaient pas encore répondu ou n'avaient envoyé que des renseignements pleins des lacunes les plus signili<ati\es. Ainsi ils ne font aucune dillii iillé pour donner la slalisliipn* complète de leurpersiui nel et le nombre de leurs cou\enls ; mais du cliillre île leurs re\enus iIsneiliM-nt |iasun mol. Tneaulre remarque non moins impnriante, c'est que le refus de s'expliquer i\ ce sujet \ient toujours des ordres les plus riches. Ainsi lesHiéronymiles, les |>lus opulents ilesm»n(/r.i, gordenl sur ce rhn|>ilre le silence le |ilus profond ; les Dominicains. sur dent cent >ingt et un couvents, oublient de remettre la noie des retenus de soixonle-trei/e, qui apparemment n'auront pas élw

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choisis parmi les plus pauvres ; les Franciscains s'excusent sur ce qu'ils vivent d'aumônes ; les Jésuites, les plus riches après les Hiéronymites, gardent aussi le silence. Le revenu total des ordres religieux, d'après l'état incomplet publié par la junte ecclésiastique, ne se serait élevé qu'à 19 millions de réaux , sur lesquels, payant au gouvernement environ 12 millions, leur revenu net n'aurait été que de 7 millions de réaux, c'est-à-dire à peu près 1,800,000 francs. La proportion du prélèvement opéré par le gouvernement s'accorde assez avec ce que je vous disais l'autre jour de la part énorme qui lui revenait sur les rentes du clergé ; mais, au dire de tout le monde, il est impossible, d'après ces données, de se faire une idée, même approximative, des richesses des moines, dont ce document n'accuserait que la plus faible partie.

A cela près de l'impuissance où se trouvait la junte de se procurer es renseignements indispensables et de vaincre la mauvaise volonté des intéressés, ses plans et ses résolutions paraissent avoir été dictés par le meilleur esprit et la bonne volonté la plus sincère : elle proposait de supprimer tous les couvents de moins de douze moines, l'État se serait emparé de leurs biens ; de réunir dans les mêmes maisons les religieux des mêmes ordres, jusqu'à concurrence du nombre prescrit; enGn d'employer les moines mendiants à combler les lacunes qui existaient dans les rangs du clergé séculier, et qui , en différents endroits, laissaient en souffrance les besoins du culte. Combinées avec la défense enjointe aux ordres religieux de recevoir des novices, ces mesures eussent été, en toute autre circonstance, excellentes pour concilier les besoins impérieux de l'époque avec les exigences de l'humanité et les égards dus à des hommes qui, sous la protection et avec l'autorisation de la loi, avaient renoncé au monde et s'étaient déjà mis, au moins pour la plupart, dans l'impossibilité d'y rentrer. Mais l'Espagne était en proie à la guerre civile ; c'était là un fait capital qui aurait dû tout changer, et dont on semble à peine s'être aperçu. Une mesure générale qui , dès le début, aurait entièrement supprimé les couvents, eût eu au moins l'avantage de rallier tous les hommes de la classe moyeiuie qui aspirent à devenir propriétaires et à hériter de l'influence territoriale des couvents ; mais ces réformes incomplètes ne pouvaient satisfaire personne; le parti exalté les trouvait insuffisantes, les moines et ceux de leur parti étaient blessés dans le présent et alarmés pour

iinenir; car il était clair, et le niéionlcnlcincnt du parti exalté en «.tait l'indice le plus éclataul.que le désir de réforme manifesté par le gouvernement ne serait, pour le parti du nunnemenl, que le sifjnal et le point de départ de vœux plus hardis au bout desquels se trouvait, en dernier résultait, la suppression totale des orilres religieux. Mais laissons parler les événements.

Au mois de juillet liSiJi, le choléra régnait à Madrid, la préoccupation et la stupeur étaient au ctmible. lorsque les sociétés secrètes résolurent de tirer parti de cette triste circonstance contre les moines. Le 17 juillet, à la suite d'une rixe qui eut lieu à la Puerta del Sol , et qui avait mis en émoi une foule nombreuse, le bruit est répandu que le choléra n'est pas la seule cause de l'effrayante mortalité qui désole la ca|)itale ; on dit que les fontaines ont été empoisonnées, et que les moines sont les auteurs de cet infAme guelapens. Quelques meneurs s'em|)arent de la foule émue et agitée ; on K- porte s\ir les couvents, on brise les portes, on égorge les moines ; le lendemain, les mêmes scènes se réi»èlent. Ut, notez, que depviis quarante-huit heures le gouvernement avait été préviMiu . ipu' les Iroiqies. au moment même où l'énu'ute éclata . étaient consignées dans leurs (piarliers, par mes\ire lU' salubrité, et «pu" rien, par conséq\ient. n'eût été |)lus facile que de pré\enirel d'empêcher le dé.sordre. dépendant on n'en lit rien ; les lrou|)es ne sortirent que quand tout fut Uni et qu'il n'y eut plus rien à empêcher. Il est vrai ipie , le lendemain, \i\1iiitfltr dv Madriil inséra dans sa partie oflicielle . non pas le récit des événements, ni l'explication de la conduite du giuiverncmcnt, mais une homélie Icuichante sur les déjilorables événements de In veille, et une paternelle exhortation ù la coneurdc. L'Eco drl Cummercio, journal de l'opposition , soumis, il est vrai , à In censure, raconta les événements et les déplora, ajoutant qu'après tout il n'y nvnit pas lieu de s'étonner si la |)iqnilalion, qui avait vu tant de nmrls subites et eflVayanles, s'était monlréi' crédule aux bruits ipie la malveillaïue avait semés. Du reste, personne ne |iarut ni Irès-surpris ni IrèH-fArhédr ré\éiuMnent ; <ui écrivit sur les moines égorgés qu<'lque<i phrases de coniloléanie assez lièdes. et puis ce fut une alTaire tcrmioéi'. (>llc lAcheté du pouvoir fut, on peut le dire, un nrl<> d'iibdinilion vriilnble ; h piirtir de ce moment . ce ne fut plu« le gouvernement qui gnuMTiia, chacun le sut, et le clnunp fui ouvert ii lotit ce qu'on n vu d«'p\iis et (|ui dure encore.

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Je n'écris point une histoire, je rapproche quelques faits pour les éclairer les uns par les autres; nous pourrons donc passer sou» silence les événements de toute une année, et nous transporter au mois de juillet 1835, après la démission de M. Martinez de la Rosa. sous le ministère de M. de Toreno. Nous allons voir ce dernier recueillir l'héritage agrandi de son prédécesseur. Sous M. de Toreno, comme sous 31. 3Iartinez de la Rosa, la guerre n'avait pas obtenu toute l'attention qu'elle méritait. Comptant plus qu'il n'aurait dû sans doute sur le succès de diverses négociations, M. de Toreno devait se trouver bientôt entraîné lui-raèmepar cet esprit de désordre qui trouvait, dans l'impuissance militaire du gouvernement et dans ses condescendances pour l'émeute, un prétexte et un encouragement. Déjà, au mois de janvier précédent, fliadrid avait eu le spectacle scandaleux d'une révolte à main armée dont l'audace avait forcé le gouvernement à capituler; le pouvoir s'annulait de plus en plus, la pente était devenue plus rapide, les sociétés secrètes s'étaient enhardies; aussi nous allons voir le mouvement de juillet 1835 dépasser de bien loin les agitations précédentes, et les malheureux moines payer cette fois encore les frais de la politique conciliante et condescendante du pouvoir.

Cette insurrection des juntes qui renversa M. de Toreno et qui sembla un moment devoir mettre l'Espagne en feu, cette insurrection qui se termina par la lassitude et l'impuissance des juntes insurgées, fut du moins terrible pour les moines. Les 5 et 0 juillet, Saragosse donna le signal. Sous prétexte que les moines étaient les alliés de D. Carlos, les exaltés de Saragosse suscitent une émeute contre les moines : les couvents sont pillés et brûlés et vingt moines sont égorgés, tandis que le capitaine-général se tient prudemment renfermé, gardé par ses troupes avec deux pièces de canon à la porte de son palais. Ce ne fut que le 7 que, Vayiintamienlo aj'ant fait appel aux honnêtes gens, la ville fut affranchie de la domination des cent et quelques misérables que la mollesse des autorités avait laissés deux jours maîtres de Saragosse. Partout, en Aragon, les moines furent chassés; ceux qui ne le furent point se sécularisèrent volontairement. Ils étaient dans cette province plus mal vus qu'ailleurs et durent y être victimes de la i)remière effervescence, bien que le but du mouvement fût surtout politique et dirigé contre la marche incertaine et molle du gouvernement. Le 24 juillet, les mêmes scènes

se répùtenl à Rcuss, et enfin, le 26, éclate à Barcelonne un mouvement terrible; la capitale de la Catalogne fut, dix jours durant, la proie de l'émeute ; nombre de moines périrent ; le générai Bassa, second de Llauder, qui avait voulu rétablir l'ordre, tut égorgé par la populace. A Valence, le mouvement avait eu lieu le lô; à Murcie, le 1 1 ; à Alicante, le '20 ; le 25 à Cadix ; il échoua à .Madrid, le 16. Vous savez l'histoire de cette insurrection des juntes, la cluile de M. de Toreno qui en fut la suite, et l'avéïuMuent de M. ^lendizabal (|ui le remiila(;a. .Mais une chose digne de remarque, c'est que, le 25 juillet, le gouvernement, qui jusque-là n'avait pris aucune mesure décisive sur les couvents, rendit un décret, qui, conformément aux bases établies i)ar la junte ecclésiasti(]ue. en abolissait neuf cents, c'est-à-dire qu'il avait attendu, pour agir, que l'insurrection lui forçAt la main. Le résultat de cette coupable faiblesse fut ipie personne ne put lui savoir gré d'une mesure que la force lui avait évidemment imposée, et que, d'autre part, chacun était en droit de l'accuser des odieux massacres qu'il avait été contraint de tolérer, et qu'il n'avait eu ni l'habileté de prévenirni la force de réprimer. Le gouvernement, pour tout dire, avait tenu la plume sous la dictée de l'émeute. Le décret du 25 juillet, en abolissant neuf cents couvents, s'appuyait sur les bases jjroposées par la junte ecclésiastitpie ; de sorte qu'en cédant aux violences du parti exalté, le gouvernement n'y (édait encore (ju'à moitié, et au lieu de la supiiression absolue et instantanée des couvents, qui était le vœu des hoiiunes tlu mouvement, il n'acrordait ipi'une su|)pressio[i partielle, antérieurenuMil proposée, coiume s il eût espéré jiar-là dissinuiler la conirainle tpi'ij subissait. .Mais la fausseté de sa positiiui était tro|) évidenle pour qu'il lui fût |i(issible de s(> faire la moindre illusion à cet égard. Le ■'{() juillet, la junte ecdésiastiqiuMivait ailressé augouvernenu'ut une note dans la(|uelle elle iiMli(|uail les mesures h suivre pour fuciliter l'eiérution du décret du 25. On eut égard à quelques-unes de M.'A indications, notamment en ro qui conceriuiit la conservation de quelques ordres, ronuiu*. par exemple, les missionnaires d'Asie, les religieux di' Sainl-Jean-di'-l)ieu, qui lont le service des li(\|)ilaux , Ion Hiiiiiliii>w», <|ui enseignent les enfants; mais, lorsipie la junte s'avisa, le 2 ••epleudire, ih- remettre une note (u'i elle réclamait •'■nergiipiemenl conlri' les incrndies et les a>sassiiials de Saragosse, de iteus» et de Uarceloiuie, il ne lui fut point répondu. A celte

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époque, en effet, le soulèvement général des juntes amenait la chute de M. de Toreno, et 31. Jlendizabal, nommé douze jours après ministre universel par inlcrtm, allait venir légaliser par décret les faits accomplis. En effet, plusieurs décrets furent rendus par lui. jusqu'au 19 janvier 183G, où les couvents furent solennellement abolis, quoique par le fait les moines les eussent, pour la plupart, depuis longtemps évacués. Rien de régulier , du reste, n'avait été combiné à cet égard. Dans les provinces où des émeutes avaient eu lieu, où des juntes s'étaient formées, les couvents avaient généralement été fermés au moment même. Ce premier exemple une fois donné fut sui\i par les diverses localités à des épo([ues différentes, jusqu'à ce qu'enfin le décret du mois de janvier vint mettre un terme au petit nombre d'exceptions qui subsistaient encore. On assigna à chaque moine cinq réaux * par jour (25 sous), on leur prescrivit à tous un lieu de résidence déterminé, et les biens des couvents durent être vendus au profit de la caisse d'amortissement.

Je compte examiner prochainement avec vous le système adopté à l'égard desbiens des couvents devenus biens nationaux ; mais avant d'aborder une question aussi délicate et d'un intérêt aussi grave, je voudrais ajouter quelques mots sur ces malheureux moines, qui de loin disparaissent trop vite derrière la question financière.

Quelque peu porté qu'on soit pour les ordres religieux en général , et quelque peu favorable que leur soit aujourd'hui le préjugé . il est impossible de ne pas déplorer la triste condition où les moines espagnols se trouvent aujourd'hui réduits. Indépendamment des odieuses violences exercées contre eux , et des périls qu'ils ont courus pour la plupart , qu'on songe à la brutalité des arrangements pris avec eux , et on ne pourra leur refuser une profonde pitié. On a vu de malheureux vieillards qui n'avaient plus d'asile dans le monde , plus d'amis , plus de relations , qui , après cinquante années passées dans la retraite, remplies par des études et des occupations paisibles, avaient dû, ce semble, espérer de mourir la où ils avaient vécu, au milieu de ceux qui étaient devenus leurs seuls amis, leur seule famille, on les a vus brutalement arrachés à toutes leurs habitudes, jetés violemment au milieu d'un monde qui leur était devenu complètement étranger , forcés de recom-

I Qui D(> leur furent jamais jiaytSs.

nicnciT une autre vie à l'âge où l'on ne songe plus qu'à mourir ; on a vu dos généraux d'ordre , des hommes considérables par leur mérite , par leur rang , habitués aux égards et à la déférence , tirés subitement de la splière de considération où ils avaient vécu , et mis par le gouvernement à la mince ration de 'l'y sous par jour , et traités sur le même pied que le dernier frère cuisinier, eux qui avaient commandé , dirigé , gouverné des milliers d'hommes et administré de vastes domaines. Il faut ajouter que , pour comble de misère , le gouvernement , qui s'est emparé de leurs biens , se trouve, malgré tout, dans un tel état de détresse, qu'il ne peut leur payer même la modeste allocation à laquelle il s'était engagé envers eux. l^e gouvernement est vis-à-vis deux , comme vis-à-vis de presque tous ses employés, en arrière de six à sept mois, de sorte que s'ils n'eussent trouvé quelque assistance, soit de la part de leurs familles, soit de la part de leurs amis, soit même dans la (ompassiiin des personnes bienfaisantes , tous ceux d'entre eux qui ne sont plus en Age de recommencer leur carrière se seraient vus condamnés à mourir de faim. In autre résultat de la triste situation des moines sécularisés, c'est que leurs familles, leurs amis, ceux enfin qui partagent avec eux leurs ressources , s'associent naturellement à leur mécontentement. Autrefois les moines, ceux des ordres mendiants siu tout , venaient d'ordinaire nu secours de leurs familles; aujourd'hui les rôles sont intervertis, et vous pouvez, croire tiiie la po|iularilédu gouvernement n'y a rien gagné, lue nuire cause île méconlcntcinenl, beauii>u|» moins générale, il est vrai, mais (pie je veux vous citer comme exiimple de l'imprévoyance avec laipielle toute cette nITaire a été conduite , c'est <|ue, dans beaucoup de couvents, des fondations pieuses avaient été innliluées, des renies perpétuelles allouées, >ons ( ondition, par e\<'m- |»le , de dire tant de messes pour la famille ou la per^onIu• du fondateur. Le couvent su|qiriiné, et la clause de la donation ne |)(iuvanl plus être ri'm|ili<; , les familles réilament In reslilulion du capital iiu'ellcs avaient consacré à cet usage. L'ivlat , ipii s'en e>t saisi , no veut pH^ lâcher prise; de là des procès sans lin. 11 ) a inijonrilhiii telle perM)nne qui dispute contre le lise les tombeaux et le» cendres de Hvs père». Tout cela irrite , tout cela est odieux en pure perle. I.n réforme et la HUp|)ression grnduelle des couvents étaient devrniicMii Kspagnc une nécessité. Mais il ne fallait pas oublier que.

si l'institution s'était dtpopularisée , les hommes n'étaient point odieux , et il eût été cligne d'un gouvernement viaiaient réformateur d'apporter, dans l'exécution de cette rigoureuse mesure, tous les adoucissements réclamés par la justice et par l'humanité. Malheureusement, n'est pas juste et humain qui veut; pour être humain et juste, il faut être fort, assez fort pour empêcher le mai. et pour rester soi-même à la tête des réformes qu'on veut accomplir. Or, c'est précisément la force qui a manqué au gouvernement espagnol. Il a voulu d'abord, par l'annonce d'une réforme, contenter tout le monde , et personne n'a été satisfait; les moines alarmés se sont prêtés de mauvaise grâce à la réforme ; les exaltés ont perdu patience et ont accompli par force ce qui devait être l'œuvre de la légalité ; et le gouvernement , trop faible pour empêcher , trop faible pour réprimer le mal , y a accédé par impuissance, et a compromis sa responsabilité dans une mesure qui , par la manière dont elle s'exécutait, ne devait lui proOter en rien. Or , quelle était donc la cause de cette faiblesse du gouvernement? Je vous l'ai déjà dit vingt fois, et je veux vous le répéter encore : ce fut la guerre civile. C'est pour n'avoir pas compris d'abord que la guerre civile était le nœud de toutes les autres questions , c'est pour l'avoir traitée d'abord comme chose secondaire, que le gouvernement, battu , déconsidéré , sans force physique, sans énergie morale , s'est trouvé entraîné à la suite d'un parti peu nombreux , mais hardi , qui , après lui avoir imposé l'approbation du massacre des moines, a fini par le renverser à la Granja , pour recueillir et porter à son tour l'héritage des mêmes embarras et de la même impuissance.

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