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des méthodistes ‘relativement ‘aux sympathies. C'est pourtant un des objets sur lesquels leur observation s'est le plus arrêtée , et que leur doctrine leur a fait envisager de la manière la-plus judicieuse. Il ne sera donc pas mu— tile d'y revenir, etic'est par là que je commence.
Une portion de matière, quelle qu'ellesoit, possède , au nombre de ses propriétés essentielles, celle d'agir sur “les objets qui l’environnent. Cette action s'exerce à des degrés d'énergie très divers ; sur tel ou tel de ces objets, suivant des circonstances complexes, dont toutes les conditions ne sont pas bien connues, mais dont la proximité est une des plus:importantes. k | Je
Cette loi générale est surtout très remarquable dans les corps organisés. Chacune des parties dont ils se com posent est. à la fois le terme et le point de départ d’influences réciproques qui s'y exercent incessamment. Les distances n’y sont pas un obstacle, parce que toutes ces parties. sont renfermées dans un même système. Les relations de chaque organe sont donc universelles, :-mats beaucoup plus étroites avec un autre organe en parti culier qu'avec tout le reste du corps. Gette faculté de chaque partie, ne lui étant pas moins propre, moins ‘e$— sentielle que l'action directe que nous appelons sa fonction, doit subir aussi nécessairement des modifications dans les états divers de maladie. eu
Si toutes les conditions de l’exereice des sympathies étaient connues; on pourrait déterminer à priori les effets qu’elles doivent produire dans tous les cas imaginables ; mais comme nous sommes loin dé cette connaissance , nous sommes réduits à attendre les leçons de l'observation. Ïl faut donc noter avec exactitude les sÿmpathies qui se développent dans l'affection. de chaque organé.
Voilà quelles étaient les vues théoriques des métho-
distes sur les sympathies. Je -vais énumérer quelques unes de celles qu'ils ont le mieux observées. On peut compter parmi les plus importantes les relations qui s’exercent entre l’estomac et l'encéphale.
= L'inflammation de ce dernier viscère, lorsqu'elle: est violente, détermine nécessairement celle de l'estomac (1). Mais rien n’est plus commun que les àri itations cérébrales, suite d'irritation du tube digestif. Lei je n'ai d'autre em barras pour appuyer de preuves ce que je viens de dire que celui de choisir entre plus’ de cent passages que je pourrais alléguer ; je prends le parti de renvoyer le lec= teur à l'ouvrage de Cælius Aurelianus, en lui indiquant ceux qui me then les premiers sous les yeux (2).
Les méthodistes ont connu l'influence exercée sur le foie par l’estomacirrité. Ainsi, d'après eux, l’ictère est tantôt le résultat d’une hépatite sdio pattes tantôt celui d’une inflammation de l'estomac: Jecoris tumentis inflatio, sive saxea durities, vel etiam RE consensus (3). | |
Enfin , ils ont su apprécier le rôle important que joue l'estomac dans la plupart des maladies. Le passage sui. vant rendrait superflus tous ceux que je pourrais ÿ ajouter. « Si plusieurs organes sont malades en même temps, il faut diriger le traitement sur les plus affectés , dans l’ordre de leur importance , ‘én commençant-par- CEUX : qui peuvent mettre le malade en danger, ou par ceux qui
(1) Voyez le passage déjà cité : Hæc enim regio (de l'esto mac) necessario in phreneticis passiont coansentit. |
(2) Voyez les pages 33, 36, 76, 245, 278, du tom. L; et les pag. 9, r 17, 22, 32, 40, 46, 54, 56! 64, 78, 87, 99, du tom. de
(3) Cœl. es , tom. i, p. 236. 344019
transmettent facilement à tous les autres les bienfaits des moyens curatifs, auf ex quibus cœæteris partibus. facile possit curationis beneficium dari. Et après l'énoncé de ce principe général Cœlius ajoute : Sic stomacho laxato plurima certe conlaxantur. Au contraire, l'irritation de ce viscère se répète nécessairement dans le reste de l’économie (1)... | “ai
C'était le méthodisme qui parlait par la nt de Hecquet, quand ce médeein disait : « Îl. semblerait que lesressorts des autres partiesseraient montés sur celui de l’estomac, et que du ton ou de la tension de ses fibres dépendrait celur de toutes celles du corps; de sorte que celles-ei suivraient la disposition de celles-là , ‘et qu'elles se banderaïent ou se débanderaient avec elles. Ce serait un concert ou une harmonie qui établirait entre elles une sorte d'intelligence ;. ainsi les impressions faites sur l'es tomac passeraient aux autres viscères qui prendraient les mêmes situations que lui, et retarderaient ainsi ou hâteraient le cours des liqueurs qu'ils préparent. » Ce n’est * là que la paraphrase de cètte proposition de Cœlius Aurehanus : Sfomachus graviter ie el Prapierea omnes consentiunt nervt.
Je. crois avoir prouvé jusqu'à \énidaice que ; loin de dédaigner la connaissance du siège des maladies, comme l'ont prétendu les historiens de la médecine, les méthodistes mettaient au contraire tous leurs soins à le découvrir. Je veux ajouter ici qu'aucune secte, avant eux, n'a— vait su tirer le même parti de cette connaissance. Peutêtre même n'est-ce que depuis la doctrine physiologique qu'on a.senti, comme ils le faisaient, l'immense avantage
(1) Cœl. Aur., tom. IL, p.104.
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qu'offre dans bien des cas, sur la saignée générale, celle qu'on fait le plus près possible. de l'endroit affecté. Je renoncé ‘encore uné fois à à rapporter lés prenves, parce que j'aurais trop à faire (Ge renvoie le lecteur à l'article précédent, où il peut voir les .citations qui suivént là sixième proposition de pathologie); en voici une qui dit à elle senle plus que ne feraient toutes celles dont je pourrais l'accompagner. Les méthodistes ont ‘été les premiers médecins qui aient fait usage des sangsnes ; ils ont connu la plupart des cas où hé émissions sanguines loéales, et en particulier l'application des sangsues, doivent être préférées à tout autre moyen. On trouverait. peutêtre difficilement dans la moitié des ouvrages écrits sur la médecine ‘avant le dix-septième siècle des’ vérités pratiques de cette importance. : en: 4 Un des points sur lesquels les opinions de méthodistes et des physiologistes se rapprochent le plus, c’est l’aversion qu'ils ont les uns et les autres pour Pemploi des émétiqués, des purgatifs violens , ‘des stomachiques , en un mot, des excitans énergiques pris à Pimtérieur. C'est sur les reines raisons qu'ils se fondent pour les rejetér ; soit qu’ils attaquent les partisans de ces rémèdes, “soit qu’ils développent les inconvéniens qui résultent de leur administration. Lei il est tout à fait inutile de citer : comme il n’est presque pas de maladie où les empiriques ne trouvent à placer des purgatifs ou des toniques , iln'est pas de éhapitré-où Cœlius perde l’occasion de les combattre avec force ,; où de les tourner en ridicule. | La doctrine nouvelle n’a guère allégué contre les remèdes empiriques d’autres argumens que ceux dont les méthodistes s'étaient servis pour les rejeter. II ya peu de chapitres dans Coœlius qui ne soient terminés
par la réfutation des méthodes de traitement d'Héraclide de Tarente et de ses sectateurs; aussi je renvoie àson ou— vrage sans autre indication ; mais je veux rapporter ici un passage doublement curieux. On y voit les méthodistes rejeter les moyensempiriques dans un des cas qui serprêteraient le plus facilement à leur admission, et avancer une opinion tout à fait semblable à celle que professe aujourd'hui M. Broussais sur la même matière. Il s’agit des vers intestinaux, qu'on ne doit chercher à détruire qu’en attaquant la maladie à laquelle il faut attribuer leur présence dans les voies digestives. Passione enim convictà, etiam animalia irrfotaisen (4). Comme ils sont dis le plus souvent à l'irritation de ces parties, voici le traitement qu'il convient ordinairement de leur opposer : Fomentations, cataplasmes émolliens, saignée, ventouses scarifiées sur l’épigastre. Quand ces moyens ont mis les viscères abdominaux dans le relâchement; sans avoir recours aux spécifiques, 1 suit d'une: boisson huileuse pour expulser les vers.
Fomentatio competens est uisbende aigue cataplasma laxativum, et siralio coegerit phlebotomia quæ singula suis temporibus aptanda: probamus ; tum cucurbita adjunctà scarificatione medianis partibus admovenda : his enim laxatis ; sine ull& medicaminum (anthelminticorum) virtute atque facile, aniinalia decedunt oleo poto, aut ie NE et oleo, etc. (2). |
Les méthodistes ont parfiterent connu les inéonvé niens de l'opium et des préparations naréotiques dans la
(1) Cœl. Aur., tom. If, p. 340.
(2) Tom. Il, p. 340.
| ja plupart des inflammations, et surtout dans celles de l’encéphale et de l'estomac ;:ils ont indiqué. d'une manière judicieuse les circonstances où leur emploi peut être avantageux.
On trouverait là matière de remarques nombreuses et intéressantes dans l’examen des idées des méthodistes sur chaque maladie en particulier ; on pourrait ÿ étudier partout l'heureuse influence d’une méthode vraiment philo— -sophique sur l'observation , et d’une physiologie éclairée et dégagée de vaines suppositions sur Île traitement des maladies. Pour le moment, je me renferme dans les hmites que je me suis prescrites au commencement de ce travail, et je cite seulement, sur quelques affections, des opinions méthodiques qui sont encore toutes neuves au jourd’hui.
« Toutes les hydropisies sont des maladies irritatives, ou plutôt toutes les collections séreuses ou purulentes sont le résultat de l'irritation idiopathique des membranes qui les contiennent ou de l'inflammation chronique des organes que ces membranes recouvrent (1). »
« Dans la goutte l'estomac est toujours-irrité, et ré— clame, de la part du médecin, une attention toute particulière, Il faut éviter avec le plus grand soin tout ce qui pourrait aggraver son état, et c’est par la diète absolue qu'il faut commencer le traitement de la maladie. dique initium-ex abstinentiäciborumsumendum curationis (2). Rien n’est plus propre qu'une indigestion à détermmer une récidive ou à décider un nouvel accès. »
-« Toutes les affections cérébrales , décrites sous des
(1) Cœl. Aur., cap. De Hydrope, tom. IF, p. 250. 2) Tom. I, p. 310.
noms divers : la céphalalgie, le délire, la léthargie, la frénésie, l’apoplexie , ete. , sont des maladies de même nature, des degrés , des nuances de l'irritation ; elles peuvent, en s’affaiblissant, ou en faisant des progrès, se convertir les unes en les autres. »
Il est bien peu de médecins qui aient senti, comme le faisaient les méthodistes, de quelle nécessité il est de soumettre à la diète absolue les sujets affectés d’une maladie assez grave pour causer un peu de fièvre, et de ne se relâcher de cette sévérité que quand l'estomac n’a plus aucune tendance à sympathiser avec l'organe qu’on s’efforce de rappeler à la santé. Si Thessalus reprochait à Hippocrate de tuer quelquefois les malades en leur donnant trop d’alimens, ce n’est pont, quoi qu'en dise Galien, parce qu'il ignorait les règles diététiques prescrites par le père de la médecine, mais parce qu'il avait très bien vu que, dans certains cas, il faut en prescrire de plus rigoureuses encore.
« Les inflammations sont continues ou intermittentes. L’intermittence est un caractère purement accidentel des * maladies, et ne touche pas à leur essence. »
Après tout ce que nous avons dit des méthodistes, on peut juger de la supériorité de leur doctrine sur toutes celles qui l’avaient précédée. On s'étonne que pendant la longue série de siècles qui s’est écoulée depuis Cælius Aurelianus jusqu'à Prosper Alpino elle ait été presque complètement oubliée. Mais si l’on réfléchit qu'elle était trop philosophique pour être comprise dans les temps de barbarie, et trop simple pour qu'on daignât s'y arrêter sous le règne des subtilités scolastiques, on voit qu'elle
n’a fait que partager le sort de tout ce que l'antiquité avait produit de raisonnable.
Doué d'un esprit indépendant, et formé par un long exercice de son art, Prosper Alpino sentit la supériorité du méthodisme sur les théories accréditées de son temps. 1 s'en constitua le défensèur, et conçut l'espoir de le rétablir. Nous. devons à ses efforts un ouvrage important (1), travaillé comme tous ceux qu'il a publiés, et curieux sous plusieurs rapports. Mais, dans bien des endroits, on peut lui reprocher de n’avoir pas saisi. l’esprit de la doctrine qu'il avait voulu faire connaître. On ne saurait s’en étonner, puisqu'à l’époque où 1l écrivait c’eût été presque une hérésie d'admettre les principes philosophiques sur lesquels elle est fondée, et qui sont d’ailleurs si éloignés de ceux qui régnaient universellement alors. Prosper Alpino s'était trôp nourri des écrits d'Hippocrate pour ne pas attribuer à la nature une puissance presque sans bornes , et aux maladies une marche et une durée nécessaires et à peu près détermmées ; ainsi, quand il n'aurait pas cru à l’humorisme, on ne pouvait attendre de lui la doctrine méthodique dans toute sa pureté. Néanmoins son ouvrage est supérieur à ceux de son époque, sous le rapport des descriptions Jes maladies, et des traitemens qu'il prescrit de leur opposer. Cet où— vrage aurait pu exercer quelque influence sur les progrès de la médecine, si les doctrines de Van Helmont et des chimiâtres n'étaient venues faire diversion et s'emparer de tous les esprits.
Baglivi aurait été le restaurateur du méthodisme si la mort ne l’eût enlevé presque au commencement de ses travaux. Esprit observateur, Jugement vaste et profond,
(+) Le traité De Medecinà methodicé est le dernier ouvrage qu'ait publié Prosper Alpino.
il posséda toutes les qualités qui promettent un grand médecin; il ne lui manqua que du temps. On trouve Îes fondemens de toute une doctrine dans un de ses ouvrages, que les erreurs et les suppositions qui le déparent ont fait tomber en discrédit dans l'opinion de certaines personnes toujours prêtes à fermer les voies à toute vérité nouvelle, sous prétexte de rejeter les vaines hypothèses; je veux parler du traité De fibr& motrice et morbosé, celui de tous les ouvräges de Baglivi où l’on trouve le plus de grandes vérités.
Dégoüûté de ne trouver dans la plupart des auteurs anciéns et modernes que d'innombrables rêveries sur l’état des humeurs, il forme le projet de se dépouiller de toutes les idées qu'il ÿ a puisées, et de recommencer son éducation médicale, sans autre secours qu'Hlippocrate et Pobservation ( Præf. ad opus. citat.). Le dernier de ces maitres en fit un solidiste, et la première vérité qu'il proclame est celle-ci : Duobus præcipuis affectionibus fibra laborat, aut nimid tensione, aut nimid laxitate. Et plus loin : Licet solidum progressu temporis in consentionem trahat fluidum, in curatione lumen semper major habenda ratio solidi quäm fluidi(\).
Baglivi eut des idées fort justes sur les sympathies , et il en étudia plusieurs avec beaucoup plus de soin qu’on ne l'avait fait avant lui.
Mais celui de tous les médecins dont la doctrine a le plus approché du méthodisme et de la doctrine physiologique , c'est Frédéric Hoffmann. Honoré de son vivant d'une admiration universelle, mais souvent peu raisonnée, malheureusement trop négligé de nos jours , il est temps
(1) De fibr& mot. et morb., lib. 1, cap. 6.
qu'il trouve des juges disposés à l'apprécier comme il le mérite. On aurait à faire un long extrait de ses œuvres, si lon. voulait rapporter tous les principes vraiment physiologiques qui s’y trouvent, et les heureuses applications qu'il en a su faire. Mais je suis obligé de renvoyer cet examen à un autre temps, et je me borne ici à indiquer quelques uns des principaux endroits de ses ouvrages que l’on doit consulter sur l'objet qui nous occupe.
Sur l’activité de la matière, principe essentiel, fondamental, voyez les Prolegomena ad medicinamrationalem (tom. T, cap. 8, p.18, de l’édit. in-fol.), et l'excellente dissertation qui a pour titre : De differentiä doctrinæ. Stahlianæ et Hoffmanniane (37, p.437, du 1° vol. du Supplément).
On peut voir la justesse des idées qu'il avait sur la vie et sur les causes qui l’entretiennent, dans deux chapitres de sa Médecine raisonnée, qu'il a consacrés à ce sujet(1). Dans le dernier, après avoir dit combien sont msignifiantes et futiles toutes les doctrines fondées sur l’admission d'un principe vital, d'une archée, d’une nature animée, d’un principe immatériel , en un mot, il ajoute :, Erga quod cor et solidas partes movet iisque vires ac vigorem addit, materialis indols est, et forinsecus ex alimentis et aere accedit.
Après avoir lu la deuxième proposition physiologique de M. Broussais(2) : « Le calorique est le premier et le plus important des stimulans; et s'il cesse d'animer l’économie , les autres perdent leur action sur elle » ; et la
(1) Hoffmann n’a fait que reproduire dans cet endroit des. idées, qu'il avait développées auparavant dans plusieurs thèses fort remarquables. (Lib. e. sect. 1, cap. el 5, p. 30 etsuiv.)
(2) Examen, etc.
cinquième proposition : « Le calorique met en jeu la puissance qui compose les organes » ; on voit combien Hoffmann était près de la vérité lorsqu'iFdisait : Caloris ad vitam, nutritionem , propagationem et motus vitales producendos et conservandos, maxima necessitas et potentia est. |
Après les essais de doctrine dont j'ai parlé jusqu'ici, après les progrès des sciences physiques et naturelles, de l'observation médicale et de l'anatomie pathologique , durant le cours du dix-huitième siècle, il ne fallait plus qu'une philosophie à la fois sage et hardie pour élever l'édifice de la science médicale. On pourra voir dans les passages suivans , extraits d’un ouvrage purement philosophique, écrit par un homme étranger à notre art, à quel point l'esprit humain était préparé à cette révolution. |
« Nous appelons spontanés les mouvemens excités dans un corps qui renferme en lui-même la cause des chan— gemens que nous voyons s’opérer en lui; alors nous disons que ce corps agit el se meut par sa propre énergie. De cette espèce sont les mouvemens de l’homme qui marche , qui parle, qui pense ; et cependant, si nous regardons la chose de plus près, nous serons convaincus qu'à parler strictement il n'y a point de mouvemens spontanés dans les différens corps de Ta nature, vu qu'ils agissent continuellement les uns sur les autres, et que tous leurs changemens sont dus à des causes, soit visibles , soit cachées, qui les remuent, etc. __» Les animaux , après avoir été développés dans la matrice qui convient aux élémens de leur machine, s’accroissent, se fortifient, acquièrent de nouvelles propriétés, une nouvelle énergie , de nouvelles facultés, soit en se
nourrissant de plantes analogues à leur être, soit en dé vorant d’autres animaux , dont la substance se trouve propre à les conserver, c'est à dire à réparer la déperdiion. continuelle de quelques portions de leur propre. substance qui s’en dégagent à chaque instant. Ces animaux se nourrissent , sé conservent , s’accroissent et se fortifient à l’aide de l'air, de l’eau , de la terre et du feu. Privés de l'air ou de ce fluide qui les environne, qui les présse, qui les pénètre , qui leur donne du ressort, ils cesseraient bientôt de vivre. L’eau combinée avec cet air entre dans tout leur mécanisme, dont elle faciite le jeu... Enfin, le feu lui-même, déguisé sous une infinité de formes et d’enveloppes, est continuellement reçu dans l'animal, lui procure la chaleur et la vie, et le rend propre à exercer ses fonctions, etc. |
» Les mêmes élémens qui servent à nourrir, à forufier, à conserver l'animal , deviennent, dans certaines circon— stances, les principes et les instrumens de ses altérations, de son affaiblissement, de sa mort, etc. »
La véritable doctrine devait donc enfin s'élever, et renverser ce vieux trône de l’erreur, dont les bases, cent fois renouvelées, mais toujours informes ou mcohérentes, l'avaient soutenu pendant une longue série de siècles.
AnImIsmME:
On doit entendre par animisme toute doctrine physiologique qui, pour expliquer les phénomènes de la vie, fait intervenir dans les corps organisés, considérés comme inertes, un principe d'action, existant par lui-même, et
chargé de les animer. C'est à tort qu’on a cru ce mot réservé pour désigner la doctrine de Stahl. On est tombé en cela dans une double erreur; car d'une part le stahlianisme, considéré dans son hypothèse des causes premères de la vie, n'est qu'une forme particulière de l’animisme, et l’animisme, d’une autre: part, est bien loin de constituer tout entière la vaste et profonde doctrine du professeur de Halle.
L'animisme n’est point un système spécial et restreint, particuher à une école et renfermé dans une époque de notre histoire, dont le règne ait passé, et qu'il soit permis d'oublier comme n'ayant plus de rapport avec les idées sous l'empire desquelles nous vivons; non : il est de tous les temps ; plus d’une fois il envahit le domaine entier de notre science; il n’en fut jamais entièrement dépossédé; et chaque jour, à chaque. instant, soit habitude, soit irréflexion, nous entendons invoquer ses lois par des hommes qui rougiraient de se dire ses sujets.
Ce ne serait pas une ne moindres singularités de son, histoire de montrer les argumens les plus forts qui aient jamais été émis en sa faveur dans les œuvres du matérialiste Cabanis (Œuvres complètes, 1..NV, p.66), et de faire voir qu’on ne trouve nulle part mieux. déduits les principes qui le ruinent de fond en comble que dans un livre dont l'objet était de l'asseoir triomphant sur les débris des doctrines organiques renversées, dans le traité de Bérard sur les rapports du physique et du moral de l’homme. Deux dispositions naturelles à notre esprit, ou plutôt deux travers dont ilne se corrigera jamais, sont la source et la base de l’animisme et lui promettent un long avenir; le désir de tout expliquer, et la facilité avec la quelle on se paie d’un mot vide de sens, pour s’épargner
cet aveu si cruel à l’orgueil du dogmatisme : Je ne sans. Si l'on ajoute à ces dispositions, communes à la plupart des hommes, une sorte d’exagération de l'instinct de causalité, et une certaine prédominance des facultés de limagination pour les créations métaphysiques, qui paraissent tenir, chez un certain nombre de personnes, à quelque particularité de l’organisation, et que, par conséquent, nul raisonnement ne saurait vaincre, on comprendra facilement combien peu il est permis d’espérer d'obtenir par des discussions l'abandon d’un système dans lequel on se complaît, dans lequel on s'admire, dans lequel on se - sent fier de posséder un génie capable de pénétrer les mystères de notre existence et d'expliquer les merveilles “de l'univers. ù
Mais s'il faut renoncer à l'espoir de faire descendre l’animiste des hauteurs de son point de vue, d'où il conçoit et explique tout, au niveau du simple observateur, qui apprend, et qui n’explique rien, on peut du moins prémunir Ceux qui n’ont pris encore aucun parti, contre les séductions d’un système qui n’est pas plus sobre de fastueuses promesses que réservé dans l'expression de ses superbes dédains pour toutes les doctrines.
Pour cette classe de lecteurs qui n’ont encore juré sur la parole d'aucun maître , il ne saurait être sans utilité de soumettre l’animisme à un examen sérieux et impartial; ou plutôt il est mdispensable de leur indiquer toutes les questions que celle-ci soulève, et qu'il faut vider avant d'avoir une opinion arrêtée sur ce sujet.
Pour juger l’animisme, il faut le considérer successivement sous plusieurs points de vue distincts. D'abord en lui-même, et sous les diverses formes qu'il a alternativement revêtues, afin de le connaître dans tous les dé-
guisemens qu'ila pris. C’est là une question d'histoire.
Il faut l'envisager ensuite à titre de système d’explication; comme un système qui, non content de connaître les phénomènes et leurs conditions, veut en donner les raisons dernières. Cette intention est-elle légitime , ou n'est-ce qu'une prétention vaine et chimérique? Il y a là à débattre la première et la plus importante question de la logique médicale tout entière.
Enfin, dans la plus haute généralisation des faits que nous présente l'observation de l'homme sain ou malade, dans la constitution scientifique de la médecme, la notion des causes expérimentales de la vie nous fournit-elle le principe le plus élevé auquel il nous soit donné d’atteindre, et devons-nous nôus renfermer dans un scepticisme imvincible sur tout ce qu'on pourrait prétendre voir au-delà ;. ou bien devons-nous donner carrière à notre imagination et lui laisser faire un pas de plus? Devons-nous nous ar— rêter à la vie considérée comme phénomène ou modalité, ou devons-nous la concevoir comme principe substantiel et cause première ? Voilà une des questions les plus controversées de la physiologie générale.
Ainsi, pour être vu dans toute sa portée, et pour être jugé comme a droit de l’être toute opinion qui a joué un rôle considérable dans la science, l’animisme doit être envisagé au point de vue, 4° de l’histoire, 2° de la physiologie générale, et 3° de la logique médicale. C’est bien ainsi que nous entendons le considérer ; et pour le faire d'une manière convenable, nous ne le séparerons pas, quant à ces deux derniers rapports généraux, des sujets avec lesquels il se trouve en liaison naturelle. (Voy. Dogmatisme, Logique médicale, Systèmes, Organisme,
Vie.)
L'histoire seule. de l'animisme est susceptible d’être présentée d’une manière isolée, et c'est à cela qu'est consacré le présent article. Mêlé à presque toutes les doctrmes qui aient jamais régné en médecine, l'animisme pourrait faire l'objet d'une très longue histoire. Nous espérons en traiter ailleurs avec développement; mais ce n'est pas ici le lieu de le faire. Nous ne voulons en donner qu'une idée très générale; quelques pages nous suffiront pour cela.
L'idée sous laquelle les médecins se représentèreat leur principe animateur n’a pas moins varié que les dénominations par lesquelles ils le désignèrent ; création pure de leur esprit, 1l dut porter l'empreinte du moule dans lequel il avait été jeté. Comme les somnambules de nos modernés Mesmer, dont la lucidité reproduit, sans la dépasserjamais, toute la science de celui dont la volonté lesi inspire , lame, le principe vital , la nature des médecins, montrèrent dans le gouvernement. des affaires organiques les mêmes fa- Cullés que ceux qui les en avaient chargés, le même savoir où la même ignorance , la même profondeur de vue ou la même légèreté. Les archées de Van Helmont ont bien plus d'imagination que l'air igné des anciens pneumatistes : l'ame de Stahl connaît bien mieux les lois générales de l'organisme que la nature d'Hippocrate, dont elle se dit la fille; le principe vital de Barthez est bien plus raisonnable que l'esprit de vie et les démons de Paracelse ; les forces substantielles de Grimaud , existant isolément dans lame sans rompre son unité, ont une touraure bien plus métaphysique que les propriétés vitales sans cesse réalisées par Bichat. Dans les procédés combinés pour amener la solution d’une maladie, pour résoudre une tumeur, par exemple, la nature des chimiâtres
sait opposer un acide à un alcali; celle des mécaniciens; atténuer , broyer par des secousses réitérées la matière de l’engorgement, on délayer les humeurs épaissies, en apportant dans, le lieu malade une quantité surabondante des fluides subtils qu'elle tient sous ses ordres. Partout on vante sa prévoyance; mais chacun l'entend à sa facon.’ Indiquons les formes principales sous lesquelles elle s'est successivement présentée depuis l'origine de la science jusqu’à ce jour , et les attributs les plus essentiels dont on l’a revêtue. |
L’ame oule principe de vie fut d’abord un être semblable au corps qu'il devait animer , mais composé d'une matière subtile , insaisissable ; et comme une ombre de ce corps. La vie résultait de leur union, où plutôt cette ombre était la vie: même. Ce fut la doctrine de toute l'antiquité , avant l'époque des philosophes. Ceux-ci la trouvèrent trop peu subtile; ils enlevèrent à l'ame les qualités qui en faisaient une image de l'être vivant. Pour les disciples de Parmenides, et pour l’auteur du traité hippocratique Deccarnibus, ce fut le feu, mais un feu d’une nature particulière, un feu immortel, qui comprend tout, entend tout , sait le présent et l'avenir.
La nature , dont il est tant parlé dans les œuvres au thentiques du père, de la'médécine, quoique douée de facultés moins merveilleuses, n’en à pas moins mérité lé culte des siècles qui ont suivi, « La nature, dit Hippo= crate, suffit seule aux animaux pour toutes choses; elle sait ce qui leur est nécessaire sans l'avoir appris de personne. La nature est le premier médecin des maladies et cen’est qu’en fayorisant:ses efforts que nous obtenons quelque succès. » Et.ailleurs : « Dans l'intérieuriestun agent inconnu , qui travaille pour le tout et pour les par-
ties, quelquefois pour certaines et non pour d’autres, etc. La nature est à la fois une et infiniment variée. »
Au lieu d'une nature ou d’une ame , il en faut trois à Platon et à Aristote; mais avec trois ames, ou une ame triple ; il n'y a plus pour eux ‘d’obscurité en physiologie. Ils vous diront pourquoi une plante végète : c'est qu’elle a une ame yégétative ; pourquoi un animal végète et sent : c’est qu'il en a deux; pourquoi enfin l’homme est, de plus, intelligent et raisonnable : c’est à une troisième ame, plus pure que les deux autres, qu'il doit ce privilège. Et qu’on ne s'imagime point qu'ils n’entendent désigner par là qu’une cause inconnue des phénomènes que nous observons chez les plantes, les animaux et l'homme, sans prétendre aller au delà. Tant s’en faut qu'ils montrent une telle modestie, que non seulement ils expliquenten détail la raison de tous les phénomènes de la vie, mais encore que Platon, avec le secours de quelques mventions de même genre, et en donnant à la cause première des anges ou démons pour auxiliaires, nous apprend de point en point comment fut créé l’homme, les motifs pour lesquels il fut. organisé tel qu'il est et non autre— ment , en un mot, les raisons premières et dermières de son existence:
On ne trouve guère dans l'antiquité qu'Asclépiade et les méthodistes qui aient pris tout cela pour des rêveries. Les médecins pneumatistes abandonnèrent les hautes contemplations téléologiques pour étudier , dans tous ses détails, le rôle que joue l'air ou pneuma des stoiciens dans les êtres organisés qu'il fait vivre. Du reste, ils procèdent dans cette étude comme Platon, par la méthode des hypothèses ou 4 priori; aussi sont-ils moins poètes, mais non pas plus exacts.
Les Arabes furent pour la multiplicité des ames, et pour la médecine qui explique tout. Les scolastiques du moyen—âge les surpassèrent encore sous ce rapport. C’est entre les mains de ces derniers que l’animisme d’Aristote atteignit le plus haut degré de perfection dont il fût susceptible. Il faut bien nier qu'alors toute doctrine médicale raisonnable avait disparu.
Il serait difficile, chez Paracelse, de séparer ce qu'il y a d’animisme dans sa doctrine, des autres extray agances dont elle fourmille. Ce n’est point par le système absurde qu'il imagina fi} l eut sur la renaissance de notre science l'influence qu'on ne peut lui contester.
Ce que les hippocratistes des seizième et dix-septième siècles reproduisirent avec le plus de fidélité de la doctime du médecin de Cos, ce fut son hypothèse de la nature et de sa puissance. La nature opère la coction des matières introduites dans le corps, les prépare et les as— simile ; elle met obstacle à l'introduction de tout agent nuisible dans l’économie, ou si sa vigilance a été mise en défaut , elle enveloppe l’hétérogène, l'altère, prépare les Voies à sa sortie, puis tout à coup, mais à jour fixe , sus— cite contre lui le soulèvement de toutes ses puissances , et l’expulse ou l’anéantit, au risque de briser dans ce grand combat la frêle machine qui en est le théâtre. … Que d'immenses volumes n’a point remplis l'apologie de cette sage, prévoyante et puissante nature ! Sydenham trouvait dans la fièvre elle-même la preuve de son habileté; 1l admirait un effort conservateur dans ce trouble de l'économie, qui tue si souvent un homme en cherchant à le débarrasser de. quelque humeur altérée qui pourrait peut-être finir par le rendre malade. Sydenham est bien près de nous ! et combien d'écrivains, plus modernes en-
eore, n'ont rien trouvé dans ses œuvres , Si riches en observations précieuses, d'aussi digne de leur admiration que cette singulière doctrine !
Laissons pour un instant les hippocratistes modernes , etrévenons sur nos pas pour signaler une autre école, qui ne se bornait pas comme eux à confier à un principe Im—
“matériel le gouvernement de l'organisme dans l'état de g
santé et de maladie, mais qui avait la prétention de connaître ce principe en lui-même, et qui en savait assez là-dessus pour pouvoir faire d'immenses volumes de psychologie. Nous nommerons les cabalistes ; mais nous nous garderons bien de chercher à faire connaître leurs idées, , laissant la liberté d'y choisir ce qu'il y a de raisonnable à ceux qui pensent que tout système renferme on chose de raisonnable.
- Nous ne nous arrêterons pas davantage aux nouveaux platoniciens, qui ne firent qu'embellir à leur façon la doc— trine de leur maître, d’ornemens pris dans d’autres doc trines plus ou moins analogues. Van Helmont sera le seul auquel nous consacrerons quelques lignes, parce qu'il est plus original. Tant d'autres avaient parlé de Pame sans ia connaître! Van Helmont eut seul le merveilleux privilège d'être animiste et pourtant de ne parler que de ce qu'il avait vu. Son ame lui était apparue.« F’idi enimanimam méam, dit-il,satis eviguam, specie human, sexus tantüm discrimine liberam.‘» Ce qu’il y avait de singulier,
et ce qui l’étonna beaucoup, c’est qu'au dedans de lui
subsistait encore son mot, qui contemplait son mtelligence placée au dehors. « Confestim in spectacu lo ad— miratus hœst, nesciens quænam 1n me esset egottas , que animam a se distinctam cerneret, intelligeretque intellectum extra se.» Nous ne copiérons pas le portrait
Jort curieux qu'il én trace; mais nous ferons remarquer l'expression par laquelle il caractérise la situation d'esprit dans laquelle on se trouve quand on dogmatise à sa manière et à la manière des animistes en général : c'est, comme il le dit fort judicieusement, un somnèum intellectuale. Convenons néanmoins qu'il avait trop d'esprit, et trop d'esprit d'observation, pour rêver toujours. Si c’est au somnium tntellectualequenous devons l'anima spiritualis, comme il l'entend, l'egoitas ou l'ame sensitive, la grande archée, premier lieutenant de celle-ci, dont la résidence est vers le pylore , et les archées secondaires, dispersées dans les viscères pour obéir aux ordres du chef, seconder ses vues, ou quelquefois lui susciter des embarras, c'est sans contredit à un profond esprit d'observation que l’on doit les grandes vues mêlées à toutes ces rêveries , sur la vie propre de chaque organe et sur les liens réciproques qui les unissent dans un but général et une commune dépendance. Regrettons que le mysticisme et les préjugés du siècle aïent fait tomber dans de telles extravagances un homme doué d'autant de perspicacité que Van Helmont.
À la perspicacité près, beaucoup de ses contemporains et de ses successeurs lui ressemblèrent. On adopta de lui autant d’ames ou d’archées qu'il en voulut imaginer. C’était le goût du temps. |
Descartes porta les premiers coups à cette manie ontologique. Ennemi des causes occultes, il expulsa les esprits, les ames , les archées des domaines de la vie. Malheureusement il ne renversait les hypothèses vieillies que pour y substituer les hypothèses qu’il créait. Il réduisit les phénomènes des êtres organisés à un grossier mécanisme ; tant s’en faut qu'il ait fourni à Stahl, comme
on s’est plu à le répéter d'après Sprengel, les bases de la
doctrine la plus opposée au mécanisme qu'il soit possible d'imaginer. Stahl n'eut pas même d'emprunt à lui faire relativement à l'inertie de la matière, opinion qui, toute fausse qu'elle est, et peut-être parce qu'elle est fausse , n'avait jamais cessé d’être dans le domaine philosophique depuis Anaxagore, et très probablement depuis une époque encore plus reculée. Du reste, ce n'est point la seule inexactitude contre laquelle aurait à réclamer Pillustre professeur de Halle. Combien de fois ses doctrines n’ontelles point été travesties où défigurées ! C'est les défigurer que de les enfermer dans une théorie des facultés, des déterminations et des influences de l’ame, de les identifier avec un système hypothétique d’animisme. Il ya de l'animisme dans ces doctrines, cela n’est pas douteux, quoi qu’en ait pu dire Cabanis ; mais il y a bien autre chose encore.
La première chose qu'on aurait dû y voir, et la dernière qu'on y ait remarquée, c’est que, tout au contraire des systèmes d’animisme fabriqués jusque-là, l'auteur de celui-ci ne parle point de l'ame comme d’un principe général et dont il faille d’abord convenx pour deviner ou en déduire par une série de conséquences tous les phénomènes de l'organisme ; mais il part de ces phénomènes, les étudie en eux-mêmes, dans leurs rapports réciproques, dans les conditions de leur production ; 1l les rapproche , il y saisit les caractères spécifiques qui les distinguent de eeux que les corps inorganiques présentent au chimiste ou au physicien; enfin, il les rattache par induction à une cause substantielle, différente de la ma tière morganique.
Nous ne dirons point que, trouvant l'ame intellectuelle admise de son temps à peu près par tout le monde, il
était assez naturel qu'il trouvât en elle ce principe substantiel dont il croyait avoir besoin pour couronner le faite de sa doctrme; nous ne le dirons pas, parce que nous ne prétendons point faire ici l'apologie de Stahl, mais seulement donner une idée de sa manière de philosopher. Elle consiste, non à procéder par hypothèse d’un principe général que l’on pose aux faits particuliers que l’on déduit, comme avaient fait jusque alors les animistes, mais à partir des faits d'observation pour s'élever, par des rap prochemens et des abstractions , à un principe général qui les domine tous.
On nous dira que lmduction de Stahl est illégitime. Sans doute; l'esprit général de cet article dit assez que nous en jugeons ainsi, ou même que nous la qualifierions plus sévèrement encore. Stahl s’est trompé par lanimisme, avec les ammistes ; mais 1l ne s’est point trompé comme eux. Qu'on ôte aux pneumatistes leur air igné, leur doctrine croule de fond en comble, et on n'y trouve pas même de débris à recueillir ; qu’on enlève son ame à Stahl, le plan et le couronnement de son édifice sont mutilés, mais celui-ci reste élevé sur les fondemens les plus solides. C’est ce que nous espérons pouvoir mettre hors de contestation quand nous aurons à traiter de la doctrme de Stahl. Il serait déplacé de s'étendre iei plus longuement sur cette matière, car c’est l’animisme seul qui doit nous occuper. Pour revenir done à notre sujet, et pour caractériser en peu de mots l’animisme de Stahl, nous dirons que, se croyant obligé, pour faire une doetrine générale, de remonter jusqu'à la cause première de la vie, il n’a rien vu de mieux à faire que de prendre l’ame pour cette cause. S'il faut une ame pour expliquer les fonctions mtellectuelles, comme on ladmettait alors gé-
néralement, certainement il en faut une aussi pour expliquer des phénomènes dans lesquels tout se passe autrement que dansles corps inorganiques, dans lesquels toutest lié et tout conspire pour un but déterminé, où tout proclame linfluence d'une raison supérieure qui en dirige le mécanisme etquisaits’accommoder aux circonstances, tant pour résister aux causes de destruction que pour réparer les désordres introduits par la maladie. La vie organique exige une ame tout aussi impérieusement que la vie intellectuelle ; mais il serait absurde d'introduire pour cela deux ames distinctes dans l'économie, quand une seule peut suffire pour rendre raison de toutes les merveilles que l’on y observe. On tenterait vainement d’ailleurs, si l’on en admettait deux, de marquer la limite des domaines respectifs de chacune d'elles. L'empire de la volonté sur les fonctions s'étend plus loin que l'on ne pense, et celui des passions n’a pas de bornes. Ainsi, fonctions organiques, in tellectuelles et affectives, tout se rattache à une même cause primitive, à une ame, mais à une ame qui agit tantôt avec réflexion et volonté, tantôt imstinctivement , et par l'effet de dispositions primordiales qu’elle possède et qui agissent sans qu'elle ait besoin d’en délibérer.
Nous ne pousserons pas plus loin l'exposé de ces hypothèses, que nous retrouverons en traitant de la doctrme vitaliste dont elles font malheureusement partie.
Si cette doctrine n’eût été exploitée que par des hommes de la trempe de Stahl ; si les dévots successeursde ce grand maître ne s'étaient attachés avec prédilection et presque exclusivement à développer les idées hypothétiques qui pouvaient en faire un système orthodoxe, plutôt qu'à confirmer et à agrandir les principes qu’elle avaitrigoureu-
sement déduits de l'observation, la science aurait marché
plus vite, et l’on serait probablement arrivé un demi-siècle plus tôt aux principes les mieux établis de nos doctimes modernes, dont J'origme n’est point ailleurs que dans celle du professeur de Halle.
Après tant de variations dans les formes d’une docwine au fond si peu susceptible de varier que l’animisme , il ne serait guère possible de trouver, dans les temps plus rapprochés de nous, que des changemens dans les dénominations qu'on lui à imposées , et nous aurons assez fait quand nous aurons dénoncé sa présence sous les déguisemens qui le cachent. ?
Lorsque, refusant avec Bordeu d'étudier la physiologie de l’homme ailleurs que dans l'observation de l’homme lui-même, on repousse, par un principe de logique incontestable et par mépris des hypothèses, les prétendus secours , les principes tout faits que viennent offrir des sciences étrangères à la nôtre; lorsque attaché, avec cet ingénieux auteur, à l'étude de l’organisation, on déclare ne vouloir mêler à l’idée qu’on se fera de la vie, d’après la considération des êtres qui la possèdent , aucune idée tirée d’une autre source ; lorsque, rapprochant avec lui un nombre imposant de phénomènes bien observés, on remarque dans tous, pour caractère commun, un fait qui ne se retrouve point dans la nature inorganique , un acte quelconque de sensation; quand on a proclamé avec Bordeu l'existence dans les êtres animés, et dans chacune de leurs parties , d’une faculté qui les distingue des êtres inorganiques, l’existence d’une propriété vitale, la sensibilité ; qu'on ÿ prenne garde, il est temps d’abandonner l'excellent guide qu'on a suivi dans ces invesügations et dans ces déductions logiques ; on ne saurait faire avec Jui un seul pas de plus sans s’égarer. Si l’on
cède à l'attrait de ses spirituelles provocations ; si l’on se laisse éblouir par le feu de son imagination méridionale, on sera bientôt entrainé loin des limites de la vérité positive, dans le domaine sans fin des illusions et des hypothèses. La sensibilité deviendra une puissance indépen— dante, un principe substantiel, doué d'intelligence, procédant par des lois qu'on peut et qu'il faut étudier en elles-mêmes, sujet à des irrégularités de conduite, à des caprices, une ame enfin , pour tout dire en un seul mot sur les bizarreries de cet être imaginaire.
La sensibilité de Fouquet, celle de Desèze, ne sont pas autre chose.
Autant en peut-on dire du principe vital de Barthez; et ceci est d'autant plus extraordinaire , que personne n’a pénétré aussi profondément que l'illustre professeur de Montpellier, ni développé avec plus de précision et de justesse d'esprit la seule méthode logique qui puisse mettre à l'abri de semblables écarts.
Malgré les efforts de nos Platons modernes pour res-— taurer le spiritualisme sur le trône de l’opmion, un système d’animisme médical, lié dans toutes ses parties, ct présenté avec ces formules qui le font reconnaître aux plus inattentifs, ne serait aujourd'hui aceueilh que par des sifflets; et pourtant, admirez linconséquence ! On laisse passer tous les jours , dans une foule d’écrits, des idées qui n'auraient pas de sens si elles ne se rattachatent pas à un système de cette espèce. Vous surprendrez donnant des éloges à l'opinion qui fait consister la fièvre dans un système de réaction concerté pour annihiler des causes de maladie, qui y voit distinctement une série d'efforts habilement dirigés vers ce but, tel médecin qui hausserait les épaules à la lecture d’une dissertation sur
les procédés de la sage nature, où seraient sérieusement déduites des facultés qu'une telle opinion suppose à cette bonne mère. Partout l’animisme se glisse et corrompt la pureté des doctrines expérimentales.
Quand cessera cette funésté aberration de l'esprit ? Il serait bien difficile de le prévoir; car sur quoi compter pour la détruire? Sur une étude approfondie des principes de la méthode expérimentale? Mais comment faire comprendre la nécessité de l'étude approfondie de cette mé thode, discréditée en quelque sorte par l'emphase avec laquelle en ont parlé tant d'écrivains qui n’en connaissaient que le nom, ét par les applications que prétendent en avoir faites tant d’autres qui l'ont étudiée sans la comprendre ? PRETUN
Mais d’ailleurs combien peu doit-on compter sur lin— fluence de principes abstraits, qu’oublient si facilement les esprits même les mieux faits pour les comprendre. Com— pterons-nous davantage sur l'exemple ? Son influence est incomparablement plus étendue et plus constante ; mais jusqu'ici c’est le mauvais exemple qui est partout sous les yeux; et nous aurions quelque embarras à citer un seul auteur qui soit resté constamment fidèle aux prin— cipes de la bonne méthode.
Sans avoir l'espoir ni les moyens d'y ramener les esprits, nous ne laisserons pas d'exposer ces principes dans ce dictionnaire avec les développemens nécessaires; car nos paroles ne sont pas celles à l'égard desquelles on puisse regretter que ce soient des paroles perdues.
(Dictionnaire de médecine, ow Répertoire, etc.
Be
Eclectisme.
Éclectisme , d'exAsyo, je choisis, je recueille. Si ce mot avait réellement l’acception qu'indique son origime , il n’y aurait, ni en médecine, ni dans aucune autre science, pasun seul homme qui ne fût éclectique, hors celui qui se croirait capable de la créer avec sa seule expérience et ses seules idées; et celui-là encore serait un fou ; car c’est une des conditions de notre nature, destinés que nous sommes à vivre en société et pour la société, de ne rien pouvoir qu'avec l'appui de nos semblables et le secours de nos prédécesseurs. La faiblesse des facultés individuelles de chaque homme, les bornes de son entendement lui font une loi de recueillir non seulement les observations, mais encore les expériences et les idées des autres; l’indépendance qui fait le caractère essentiel de la raison ne consent à subir cette nécessité qu’à la condition de choisir ce qui lui plait, de rejeter ce qui lui répugne. Ainsi, recueilbr et choisir sont deux actes de notre esprit qui se retrouvent dans tous ses travaux, qui se lient presque inséparable-— ment à tout exercice de ses facultés, à tel point qu'on pourrait presque dire que l'homme est un animal éclectique, comme on dit qu'il est un animal raisonnable. Mais en ce sens, ce nom, qui conviendrait à tout le monde, est un mot parfaitement inutile. Aussi cette acception n’est elle point celle que les éclectiques ont prétendu lui donner et celle par laquelle il entre dans le domaine de l’histoire de l’esprit humain. Et si l'on considère le caractère des hommes qui, à diverses époques, se sont arrogé le droit exclusif de le porter, il est facile de reconnaître que ce qui les choquerait le plus dans ce nom, serait d'imagr-
LS
ner que le vulgaire, ou seulement le peuple des savans , püt le partager avec eux. Ne consultons donc point le bon sens qui nous dirait qu'être éclectique, étudier avec élecüsme, est et a dû être en tout temps le bon esprit de prendre le bon, le vrai partout où onle trouve; mais consultons l'histoire pour qu’elle nous dise ce que fu l'éclectisme entre les mains de ceux qui se qualifièrent d’éclectiques, quand personne ne songeait à se décorer d'un pareil titre.
Ce n’est guère que dans l’histoire de la philosophie, où l’on voit si souvent la vanité humaine élever. les prétentions les plusgigantesques sur les bases les plus futiles, que l’on voit figurer le nom d’éclectique avec des titres suffisans pour autoriser une dénomination propre à ceux qui le portèrent ; et c'est là qu’il faut d’abord étudier l'éclectisme, quoiqu’en réalité il commence déjà un peu auparavant à se montrer dans l’histoire de la médecine. Comme le pédantisme de la première coterie médicale éclectique ne fit d’ailleurs que copier le pédantisme des philosophes, il convient de dire quelques mots de ces derniers, de produire aux yeux de nos éelectiques d’à présent les hommes qu'ils doivent reconnaître comme leurs patrons et leurs guides.
Nous nous bornerons à citer le jugement que porte sur cette école en général un historien de la philosophie, dont nous adoptons ici pleinement l’opinon. « Telle fut, dit-il, l’origine de l’éclectisme; mais par quel travers inconcevable arriva-t-il qu'en partant d'un principe aussi sage que celui de recueillir de tous les philosophes, Tros Rutulusve fuat, ce qu'on y trouve de plus conforme à la raison, on négligea tout ce qu'il fallait choisir, on choisit tout ce qu'il fallait négliger, et l’on forma le système d’ex-
travagances le plus monstrueux qu'on puisse imaginer, système qui dura plus de quatre cents ans, qui acheva d'inonder toute la surface de la terre de pratiques superstitieuses, ét dont il est resté des traces qu'on remarquera peut-être éternellement dans les préjugés populaires de presque toutes les nations. z
» Il s’en faut bien que les idéalistes de nos jours aient poussé l’extravagance aussi loin que les éclectiques du troisième et du quatrième siècle ; ceux-ci en étaient venus à admettre exactement l'existence de tout ce qui n’est pas, et à nier l'existence de tout ce qui est. »
Ce n’est pas ici le lieu de faire connaître d’une manière plus particulière la doctrine de Potamon, d’Ammonius Saccas, de Plotin, Porphyre, Jamblique, etc.; qu'il nous suffise de dire que, dans leur prétendu choix entre tous les dogmes des philosophes leurs prédécesseurs, ils n'avaient trouvé autre chose à recueillir que les idées les plus exagérées de spiritualisme. Et nous citons ce résultat parce que c’est exactement ce qui eut lieu de la part des éclectiques en médecine. Il y avait eu une école qui, pour s’épargner le déplaisir d’avouer que la cause pre— mière des phénomènes de la vie lui était inconnue, avait imaginé un principe substantiel, différant, par son activité spontanée, de la matière, que cette école supposait inerte, principe qu'elle gratifiait d’ailleurs de toutes les propriétés, de toutes les vertus nécessaires pour produire tous les phénomènes qui se passent dans le monde animé, et pour donner de tout, par conséquent, une explication fa- eile. Ce principe était le pneuma, cette école celle des pneumatistes. En fait de théories médicales, le pneuma et ses vertus furent tout ce que les éclectiques trouvèrent à recueillir. Ils enrichirent cette doctrine de subtilités
qu'eux-mèmes étaient hors d'état de comprendre, et, dans la pratique, ils adoptèrent sans examen toutes Îles recettes de l’empirisme le plus aveugle.
On peut affirmer hardiment que l’éclectisme des anciens ne fit rien, absolument rien pour la science médicale, et que l'art de guérir n’en reçut que du dommage. |
Les prétentions de l’éclectisme moderne sont-elles mieux fondées que celles de l'ancien? Il n’a fait jusqu'ici que disserter magistralement pour prouver sa possibilité et son excellence; mais en réalité il n’a rien produit. Îl a dit, il a répété sur tous les tons, que chaque système médical, ancien ou moderne, quel qu'il soit, contient une parcelle du système parfait et définitif que l’on recherche, un côté de la vérité dont il faut connaître toutes les faces ; mais il n’a point encore tenté d’allier entre eux et de combiner ces élémens contradictoires. Or, s’il l’eût tenté, il serait mort à la peine, où il se serait aperçu qu'un pa reil alliage est impossible, et que par conséquent le principe fondamental qui lui sert de base est radicalement faux. Il eût été forcé de reconnaître que la médecine n'a qu'une base, l'observation ; qu'une voie d’être érigée au rang de science, l'induction; qu'une seule méthode, en un mot, par laquelle elle a été constituée ce qu’elle est, ét qui a suffi et suffira toujours à ses progrès, la méthode expérimentale. Il se serait vu contraint d’avouer que jamais une hypothèse né proeura la moindre découverte à la médécine, ne lui fit faire un progrès quelconque; que cette science ne trouva jamais que dommage et que ruine dans les systèmes à priori, et que, bien loin qu'il ÿ ait dans chacun dé ces systèmes une parcelle de vérité qu’on doive s'attacher à recueillir pour la combiner éclectiquement avec les parcelles fournies’ par tous les autres, on ne
saurait, au contraire, les répudier avec trop de force; on ne saurait secouer avec trop de soin la rouille qu'ils
ont déposée sur la médecine, et dont elle portera longtemps les traces.