CHAPITRE PREMIER
Pétition adressée au Ministre de l’Enstruction publique, au mois d’avril 1837.
MonsIEUR LE MINISTRE,
Entre toutes les universités de l'Europe les plus célèbres, la Faculté de médecine de Paris brille par la richesse de son enseignement. Nulle autre n’a l’avantage de posséder comme elle un ou plusieurs professeurs pour chaque branche particulière de la science; nulle autre ne présente aux élèves tant de moyens d'instruction réunis, nulle autre aussi ne voit affluer autour d'elle une aussi grande multitude de disciples.
Mais une lacune existe au milieu de ce vaste enseignement, et, en un point, la Faculté de médecine de Paris
reste au dessous de toutes les universités de l’Allemagne : l’histoire de la médecine et la bibliographie médicale : ne sont point enseignées en France.
L'existence de cette lacune a lieu d’étonner dans la disposition actuelle des esprits, car jamais on ne sentit mieux l'importance des études historiques pour l’avancement de toutes les parties des connaissances humaines , et leur indispensable nécessité dans la culture des sciences d'observation. En effet, la condition fondamentale de ces sciences est de n’exister et de ne pouvoir s'agrandir que par une attention égale à acquérir des notions nouvelles par l'étude de la nature , et à recueillir, rapprocher et féconder les notions déjà acquises, par l'étude des livres.
La Faculté de médecime de Paris ne fut point toujours privée de cet enseignement ; il y exista dès l’origine même de cette École en 1796. Il y exista double pendant plus de quinze années, partagé en chaire d'histoire de la médecine et chaire de bibliographie, unique plus tard sous cette dernière dénomination. Il avait continué sans interruption, et il existait en 1822, confié au professeur et bibliothécaire Moreau (de la Sarthe), quand les ordonnancesillégales du 24 novembre 1822 et du 5 février 1823 abolirent la Faculté, et évincèrent ce professeur en même temps que les Dubois, les Desgenettes, les Pinel, les Chaussier, les Vauquelin, les de Jussieu, etc.
L'ordonnance réparatrice du 5 Btobto 1830, qui réintégra à la Faculté les professeurs évincés en 1823, l'appelait, s’il eût vécu, à reprendre sa place de bibliothécaire et professeur d'histoire et de bibliographie médicales. Comme plusieurs de ses illustres collègues, il avait survécu peu de temps à la proscription. Mais la mort d’un homme n'entraîne point celle d’une institution.
Quoique veuve de son titulaire , la chaire d'histoire et de bibliographie ne cessa donc point de subsister légalement, et, comme telle, c'est par concours qu'elle doit être pourvue d’un professeur.
La commission nommée le 2 août 1830 par le ministre de l'Instruction publique exprima le vœu de la voir rétablir.
En 1831 , la Faculté de médecine, en adressant au ministre une pétition de M. C. Broussais, réitéra la même demande.
Le 27 octobre 1834, dans une séance solennelle de l'association des médecins de la capitale , où l’on diseutait les bases d’un projet d'organisation de la médecine , M. le doyen de la Faculté de Paris déclarait qu'il regardait comme une honte pour cette École, que l'histoire et la bibliographie de la science n’y fussent point enseignées.
En 1835, vingt et un professeurs de la Faculté de médecine exprimaient, dans une pétition adressée par moi à M. le ministre de l'instruction publique , leur conviction sur la nécessité de cet enseignement , et manifestaient vivement le vœu de voir rétablir et mettre au concours la
chaire de Moreau (de la Sarthe).
Un obstacle s’y opposait alors. Une portion de la place de Moreau (de la Sarthe), la place de bibliothécaire, était occupée par un homme qui méritait, à tous égards, qu'on respectàt sa position; et à moins de l'en déposséder, il aurait fallu charger le trésor de deux traitemens au lieu d'un; il aurait fallu partager entre deux personnes des attributions auxquelles une seule peut suffire, des attri— butions qu'il y à de grands avantages à réunir, qui avaient été réunies jusqu'en 1822 dans la Faculté de médecine.
de Paris, « et qui ne sont point séparées dans les universités d'Allemagne les mieux organisées.
Mais aujourd’hui , que le rétablissement d’un ordre de choses si regrettable ne blesserait d'autre intérêt que le mien , puisque c’est moi qui suis bibliothécaire, je déclare être prêt à offrir ma démission, si l’on veut rétablir et mettre au concours la place occupée autrefois par Moreau (de la Sarthe). |
Je viens donc, monsieur le ministre, solliciter de votre amour pour la science et de votre zèle pour le perfectionnement des études , qu'il vous plaise d’ordonner le réta— blissement et la mise au concours de la place de biblio thécaire professeur d'histoire de la médecine ét de bibliographie médicale, à la Faculté de médecine de Paris. |
Je suis , etc.
Dezermeris, Bibliothécaire de la Faculté.
Première réponse du Ministre de l’Enstruction publique.
J'ai le regret, Monsieur, d’avoir à vous dire que l'avis du Conseil royal et célui de la Faculté m'interdisent les moyens de créer une chaire de l'histoire des sciences médicales (1) : j'ai voulu vous dire moi-même le chagrin
(1) L’avis de la Faculté, dont parle M. Salvandy, n’était que celui du membre du Conseil royal de l’Instruction publique qui est en même temps doyen de la Faculté, et l’avis du Conseil royal n’était que celui du doyen de l’école, qui est en même temps membre de ce Conseil. Ni la Faculté ni le Conseil n’avaient été consultés. Un seul homme, à la faveur de son double titre de représentant de la Faculté et de membre du Conseil, avait pris
qté jen éprouve, et vous offrir l'assurance dé mes sentimens les plus distingués.