‹ Lettres sur l'histoire de la médecineChapitre 5 sur 20 · POLÉMIQUE AVEC LA PRESSE MÉDICALE · texte numérisé non relu

POLÉMIQUE AVEC LA PRESSE MÉDICALE

Je n’espérais point un assentiment aussi complet de la part de tous les journaux. Ainsi je ne comptais point sur celui. de la Presse médicale. Malgré le caractère d'indépendance et la loyauté bien connue du directeur de ce journal, 11 était évident que le rédacteur, chargé de parler de tout ce qui était relatif à la Faculté de médecme de Paris, allait puiser ses SDIaUQR dans le cabinet du doyen, et j'avaisde graves mail qu'on pourra connaître plus tard , pour penser qu il n'en pouvait rien sortir qui me fût favorable.

Le directeur du journal, lui-même, parla le premier de ma démarche près du ministre; il en parla d'après ses propres opinions et en ne consultant que l'intérêt de la science et des études; aussi en parla-t-il de la manière la plus favorable, et avec les expressions d’un homme qui en désirait sincèrement le succès. Les restrictions ne vinrent qu'après, et elles vinrent d’une autre main que la sienne.

J'aurais presque autant aimé des phpfrons faites avec franchise, et une discussion sérieuse , qu'un assentiment pur et simple, qui laisse toujours douter s'il est ou n ‘est

pas suffisamment raisonné. Cette discussion fut annoncée et s’ouvrit même; on admettait comme mcontestable lu tilité de l’histoire de la médecine et de la bibliographie médicale (et comment la contester en effet?), mais on laissait apercevoir des doutes sur Putilité d'un enseignement qui leur fût consacré. Je m’empressai d'entrer dans cette discussion et de me placer sur le terrain qu'on avait choisi. Mais mon adversaire fit défaut, et je ne pus le ramener dans la lice.

À défaut d’un antagoniste direct, je profitai de loccasion qui m'étaitofferte pour réfuter les argumens connus de ceux qui repoussent l’enseignement historique de la médecine; je leur prêtai même en outre les plus spécieux qu'il me fut possible d'imaginer, en attendant qu'ils fassent connaître les motifs de leur opposition, sices motifs sont de nature à être avoués.

Premier article de la PRESSE MÉDICALE. (3 juin 1837 6

« Tout l'intérêt du moment se concentre sur la discussion de philosophie médicale qui s’agite à l'Académie. C'est à peme sil nous reste assez de temps'et d'espace pour dire quelques mots des faits qui surgissent’ en déhors de cette discussion, à laquelle, il est vrai, nous prenons un bien vif intérêt, et que nous nous efforçons de reproduire avec exactitude. Il importe cependant que rien de ce qui peut intéresser le monde médical ne soit passé sous’ silence dans ce journals et, sous ce rapport, nous de vons attention à la pétition de M. Dezeimeris pour le rétablissement de la chaire d'histoire de lamédecine:et de bibliographie. Cette pétition a été généralement bien ac-

cueillie. On à vu avec plaisir que le pétitionnaire ait fait abnégation de tout intérêt personnel par la demande loyale du concours. Sa résolution de se démettre de sa place de bibliothécaire , si le concours est accordé, est noble et généreuse ; elle a été unanimement approuvée. Quel sera le résultat de cette demande ? Il est très problématique. Si la Faculté est consultée sur cette affaire , et elle doit l'être, nous croyons savoir que, malgré les vingt et une signatures obtenues par M. Dezeimeris, tout en adoptant comme bon et utile le rétablissement de la chaire d'histoire, elle demandera la priorité-pour la création de chaires nouvelles qui lui paraissent plus utiles, telles, par exemple, que de nouvelles chaires de clinique, Dans ce conflit d’opmions, il pourrait bien se faire que la pétition de M. Dezeimeris fût ajournée indéfiniment , et qu'il en fût de même de la création de chaires nou velles.

» Pour nous, nous verrions avec peine que l’état actuel de l’enseignement dans la Faculté de Paris empêchât , pour quelque temps encore, le rétablissement de la chaire d'histoire de la médecine. Nous sommes partisans en principe de toutes les mesures qui ont pour but de multiplier les moyens d'instruction. Les études historiques, convenablement faites , avec sagacité, un jugement droit et une complète mdépendance , ont pour nousune grande valeur. Nous exprimons cette opinion avec d'autant plus de plaisir, que les partisans de la statistique ont été accusés de rejeter comme mutile l'étude historique et litté— raire; qu'aux yeux de certaines personnes ils passent pour des sortes d’iconoelastes et de brüleurs de livres, professant un souverain mépris pour tout ce qui ne porte pasle cachet de leur école. Il serait puéril de les défendre contre

une accusation si inconsidérément portée. Il vaut mieux que , par notre organe , ils témoignent de tout l'intérêt qu'ils prennent au sort de la pétition de M. Dezeimeris et des vœux qu'ils forment pour son succès. »

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Deuxième article.—Lettre à M. le rédacteur dela PRESSE MÉDICALE:

« MONSIEUR LE RÉDACTEUR

» Jai lu avec beaucoup d'intérêt la pétition de M. De— zeimeris pour le rétablissement de la chaire d'histoire de la médecine, et les réflexions qu’elle vous a suggérées dans votre dernier numéro. Comme vous, J'applaudis à toutes les mesures qui ont pour but la propagation d’une solide instruction, et le euë bono que vous demandiez dans une autre circonstance est ici incontestable. À tort ou à raison, cependant, la pétition de M. Dezemeris rencontrera plus d’un obstacle, et sa candidature surtout plus d'une prévention. Je crois, monsieur le rédacteur (et il me serait bien agréable que mon opinion reçût votre assentiment), que M. Dezeimeris aurait un excellent moyen de surmonter les obstacles et de dissiper les préventions en ouvrant dans ce moment même un cours public d’histoire de la médecine et de bibliographie. En agissant ainsi, M. Dezeimeris donnerait la mesure, non pas de ses talens, qui. ne sont contestés par personne, mais du degré d'utilité qui résulterait de son enseignement, utilité qui est mise en doute par quelques bons esprits. Rien sans doute ne serait plus facile à M. Dezeimeris, et, Je le ré-— pète, rien ne lui serait plus profitable.

» Veuillez avoir l’obligeance, monsieur le rédacteur, de

donner insertion à cette lettre , qui ne m'est inspirée que par l'intérêt que je porte au suceès de la pétition de M. Dezeimeris. Veuillez en outre agréer, etc. : XParis, 4 juin 1837.

» Un de vos abonnés. »

Note du rédacteur. « Nous donnons volontiers notre assentiment à l’opimion de notre correspondant. Nous croyons, en effet, que l'utilité de la chaire d'histoire ne peut être bien appréciée par ceux qui la contestent que par expérience, et cette expérience, c'est à M. Dezeimeris qu'il appartient de la tenter. »

Réponse à l’article précédent.

MONSIEUR LE RÉDACTEUR

Je regrette de ne pas connaître cet abonné de LA PRESSE MÉDICALE dont la lettre insérée au numéro de mercredi prouve qu'il s'intéresse vivement au succès de mes démarches pour le rétablissement de la chaire dhistoire et de bibliographie. Jaimerais à le remercier de cet intérêt et de la sollieitude que lui inspire ma candidature. Cette sollicitude lui fera facilement comprendre pourquoi je ne puis profiter, quant à présent, du conseil qu'elle lui a dicté. Le moment serait mal choisi pour ouvrir un cours d’histoire et de bibliographie, quand une partie des élèves se dispose à aller en vacances, tandis que les autres s’occupent exclusivement de leur thèse ou de leurs examens.

Je ne saurais d’ailleurs admettre, quoique vous sembliez la partager, l'opinion de votre abonné sur l’importance de l'épreuve qu'il propose. S'agit-il de savoir le jugement

que porteraient sur un cours d'histoire les hommes qui seront appelés à prononcer sur Puulité de la chaire en question? Mais ces hommes ne se donneront assurément pas la peine de l'entendre. Veut-on seulement savoir le degré d'empressement que les élèves mettraient à le suivre? Mais ignore-t-on que leur assiduité ne se mesure guère que sur l'obligation qui leur est imposée de suivre tel ou tel cours, pour subir les examens qui terminent leurs études ?

Je ne saurais non plus admettre que de bons esprits puissent élever des doutes sur la haute importance, je dirai même sur la nécessité de l’enseignement dePhistoire, dans la culture des sciences d'observation. Bâcon, qui était, je crois, un bon esprit, n’eut pas besoin de l'épreuve d’un cours public pour comprendre qu’une science d’observation n'étant elle-même, au fond , que de l'histoire, en négliger le passé, c’est tout bonnement la recommencer tous les jours.

La nécessité de l’histoire de la médecine une fois reconnue, qu'importent les préventions que pourra rencontrer ma candidature? Et pourquoi s’en préoccuper ? Je n'ai pomt demandé que la chaire me soit donnée, mais qu’elle soit mise au concours. Or, quand le concours viendra, ce sera le moment de voir sur quoi ces préventions se fondent. Gardons-nous, monsieur le rédacteur, de réduire aux proportions d’une affaire personnelle et d'intérêt individuel une question de principes et d'intérêt public.

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