‹ Lettres sur l'imaginationChapitre 12 sur 24 · ONZIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

ONZIÈME LETTRE

U NE idée, une passion, ces deux mots ne présentent assurément pas le même sens J mais en y voyant deux modifications très - distinctes , on a trop oublié qu’elles appartiennent à la même faculté , qu'elles dépendent de l’exercice du même pouvoir. Il sembleroit que ce sont deux puissances différentes qui n'ont ni la même origine , ni le même but, ni les mêmes intérêts. En

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conséquence , la politique de nos moralistes a cherché plus d’une fois le secretdeles mettre aux prisés , de les combattre Time par l’autre , et d’affoiblir ainsi Tin fluence qui pourroit rendre Tune des deux trop prédominante ou trop redoutable. Ce que l’on est convenu dans le monde d’appeler passion ,auxyeux d’un observateur éclairé., ne sera souvent qu’une idée , et même une idée assez légère , assez fugitive. Par la même raison , ce qui passe pour une simple idée , sera fort souvent à ses yeux une véritable passion, une passion très -vive et très- forte. Toute impression profonde qui détermine nos vœux , nos pensées , nos efforts à se porter vers le même objet , quel qu’il soit , est une passion. Ce seroit la plus belle femme , le plus riche trésor , le poste le plus brillant dont on auroit un moment la fantaisie pour n’y plus songer l’instant d’après , que cette fantaisie ne seroit bien véritablement qu’une idée , encore à peine une idée , tout au plus l’apperçu d’un vain songe. Dans tous les désirs , dans tous les goûts réunis de nos jeunes libertins , vous

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