TRADUCTION
cc Lecaractèrç et le caractère seul, dit Campbell ^ tient essentiellement au premier , (à l’humour) tandis que toutes les autres choses sont du ressort du second ( de l’esprit , Wix. ) En second lieu , I’Humour peint plus simplement par un trait direct^ /'esprit dune manière plus variée par les images et V expression. . . . Le caractère est toujours lié à l’humour , mais non pas tout ce qui compose le caractère , ses faiblesses, par exemple ; généralement parlant, » .
SUR u’iMAGINATIOlSr. IQl
dépendance et laisse échapper , avec un.
extrême plaisir , comme avec une extrême facilité, Texpression la plus sincère, la plus ingénue du sentiment ou de l’idée qui l’affecte , celle des nuances même les plus individuelles de la manière dont il est affecté. L^espèce de surprise qu’excite cette franchise , cet abandon , cette singularité n’en est point le moindre charme. ' Mais il n^estpas besoin d’ajouter que de tous les genres d’esprit c’est celui qui s’acquiert et qui s’imite le moins. On ne pardonne guères à l’étrange manie de faire de l’esprit. Une manie beaucoup plus étrange, beaucoup plus insupportable encore , est celle de faire du naturel ou de la naïveté. Le tour d’imagination que nous avons essayé de définir , ne sauroit être supporté , lorsqu’il n’est pas, non- seulement très - naturel , mais tout - à- fait original , tout - à - fait involontaire.
Nous serions bien étonnés, si les Anglois même ne trouvoient pas beaucoup de ce qu’ils appellent humour dans Rabelais, dans LaFontaine, dans plusieurs scènes de
Lettres
Molière , dans quelques scènes de Regnard et sur -tout dans son style , dans les chansons de Collé , dans différons morceaux de liC Sage , dans la plupart des romans philosophiques de M. de Voltaire. Cependant j’ose croire que ce caractère particulier de l’esprit et de l’imagination n’est pas aussi commun en France qu’il l’est en Angleterre 5 du moins dans nos productions écrites ; car il ne laisse pas de percer assez souvent dans les saillies de nos convet:sations.
L’influence de Fesprit de société se fait remarquer d'une manière beaucoup plus sensible dans les écrivains de la nation Françoise que dans ceux d’aucune autre.
Chez elle les gens de lettres vivent beaucoup plus dans le monde. Le frottement habituel de la société donne à Fesprit plus de grâce et de politesse , plus de sévérité de goût , qu’il n’en peut acquérir dans la retraite et dans la solitude. Mais tous ces avantages lui font perdre aussi quelque chose de son énergie et de sa liberté , lui imposent plus de ménagement, plus de ré-
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serve, plus de contrainte. Le désir et la nécessité de plaire à tout le monde l’empéclxent d’étre lui-méme, de se livrer à son propre essor. La crainte de blesser les affections particulières des autres , l’oblige souvent à cacher, à dissimuler les siennes. Il efface continuellement son amour - propre , de peur qu’il ne soit trop rudement heurté dans la foule de ceux qui l'entourent. De pareils soins , une pareille étude ne s’allient pas facilement à l’indulgence , que sollicite cette humeur de l'esprit dont nous parlons. Elle peut s’échapper quelquefois dans la saillie d'un mot heureux , parce que l’usage du monde en sait adoucir ou pré venir l’impression. Mais ce même usage du monde nous fait trop sentir le danger qu’il y auroit d’en laisser prendre l’habitude , au milieu d’une société dont les mœurs sont si susceptibles et la sensibilité si vive.
Il est encore assez évident , je pense , que le génie de la langue françoise n’est pas très -favorable à ce genre d’esprit ou d’imagination , pour lequel nous n'avons
pas meme de mot propre. C’est une langue essentiellement sage et raisonnable, jedirois volontiers prude et timide , quoiqu’on ait eu souvent le merveilleux secret de lui prêter un tout autre caractère , une toute autre physionomie. L’accent naturel de cette langue est grave et lent ; sa syntaxe , extrêmement méthodique et logicienne; ses tours £ont simples, d’une grande précision , d’une grande délicatesse , mais aussi d’une assez grande uniformité. Ce n’est qu'à force de talent et de génie qu’on parvientàluidonner plus ou moins de souplesse, plus ou moins de variété. humour ne doit pas trouver un pareil instrument très - flexible ou très - commode pour le caprice et la singularité de ses modulations.
vSi ce tour particulier de l’esprit dépend quelquefois d’un mouvement extraordinaire de gaîté , peut - être est - il plus souvent encore le produit d’une humeur chagrine ou de la secousse qui nous fait passer subitement d’une de ces dispositions à l’autre. Il est donc assez naturel que \ humour tii'e aussi sa véritable origine de la patrie
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du Spleen. Le pauvre Cahusac disoit :
cc Les vapeurs sont une chose bien fâcheuse , car elles font voir les choses comme elles sont, jd Ne seroient elles pas , par la même raison , une chose assez piquante , lorsqu’elles font dire aussi les choses comme elles sont , en dépit de la dissimulation habituelle , propre à nos mœurs , à nos usages , à nos préjugés ? Les indiscrétions de ce genre doivent^tre souvent des éclairs d’une philosophie profonde , d'une originalité de sentiment trèsplaisante ou très - remarquable.