‹ Lettres sur l'imaginationChapitre 20 sur 24 · DIX-HUITIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

DIX-HUITIÈME LETTRE

Je terminerai cet essai parla discussion la plus épineuse , mais aussi la plus importante , celle de l'influence de l'imagination sur les idées religieuses, ou de l'influence des idées religieuses sur l'imagination. Il faut me pardonner d'avance de ne considérer cette grande question que

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sous un rapport purement philosophique , puisque ce n’est que sous ce rapport qu’elle peut appartenir au sujet dont ‘je m’occupe.

Je trouve dans les dogmes essentiels de la religion quelque chose de si sublime et de si consolant , quelque chose qui con^ vient si parfaitement aux besoins d’un cœur pur et sensible , d’une imagination vive et tendre , que la même puissance , à qui nous devons ces heureux besoins , ne pouvoit se dispenser , ce me semble , de nous accorder aussi la faveur d’une ressource à - la - fois si céleste et si nécessaire. En respectant, comme je le dois , toutes les révélations positives d’une autorité bien prouvée , il m'est impossible de ne pas croire qu’il en est de plus générales ou de plus communes , qui , pour être fort naturelles , n’en sont pas moins divines. Les vrais élans du cœur ou de l’imagination ne nous viennent -ils pas du ciel, comme les inspirations les plus extraordinaires , les plus miraculeuses ?

La partie de la religion , qui paroît avoir

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le plus de rapports avec rimagination , est celle du culte. Et c"est peut -être aussi cette partie de la religion que la sagesse de TEtre suprême semble avoir laissé diriger le plus arbitrairement, tantôt aux convenances , tantôt aux fantaisies de l’esprit humain.

Il eût été fort à désirer que la philosophie de nos législateurs n’eùt jamais oublié combien les formes du culte , sans lequeliln’yapointde religion pour le peuple , pouvoient servir tout - à - la - fois et la morale publique et la morale particulière , premiers principes de toute législation heureuse et raisonnable. Le malheur de s’étre trompé dans le choix de ces institutions religieuses est d’autant plus grand , c]ue tout ce qui tient au culte de la divinité devant frapper l’imagination de quelque chose d’éternel , de nouveaux usages , de nouvelles cérémonies manquent presque toujours de ce caractère solennel qu’inspire naturellement l’empreinte vénérable d’une haute antiquité. C’est ce c]ui détermina sans doute les pères de la doctrine

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la plus sainte et la plus spirituelle qu’on ait jamais enseignée aux hommes , à lier les rites de leur nouveau culte à ceux des religions dont l’origine véritable ou fabuleuse remontoit aux premiers âges du monde.

Certes , ce fut une grande et belle idée que celle de consacrer, par des actes religieux , toutes les époques importantes de la vie , l’époque de notre naissance , l’époque de nos premiers engagemens avec la société , les principaux labeurs de Tannée, leurs plus riches récompenses, la dignité du lien conjugal , le dernier terme de notre existence actuelle. Il n’est aucune maxime essentielle au bonheur des hommes, qu’il n’eùt été facile d’attacher à quelqu’un de ces actes religieux , de manière qu’elle eut produit, sur Timagination, l’impression la plus vive et la plus profonde. Je n’examinerai point si cet effet existe, comme il pourroit exister dans le culte des religions dominantes de l’Europe. Je me permettrai seulement d’observer , combien il seroit à desirer que ,

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sons ce rapport du moins , nos grands théologiens eussent encore été tout à la - fois de bons philosophes et d’excellens poètes

Ccetera clesunt.

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