TRADUCTION
Tout ce qu''unhomme peut oser , je l'ose. Viens , ahorde-moi sou,s la jorme de l'ours féroce de la Sibérie , du Rhinocéros armé , ou du tigre d’Hyrcanie, sous toute autre forme enfin que celle que tn m’ offres-là } et tu ne verras point mes nerfs agités trembler à ton aspect; ou bien reparois vivant, et viens me défier dans un désert , le fer à la main. Si tu me vois reculer et craindre de te combattre , alors donne-moi le nom de foible et timide enfant. Loin d'ici, ombre terrible! vain» vision, loin d’ici!
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anéantir ou de les diriger vers un but raisonnable. C’est donc le secret le plus important de la grande science du bonheur et de la vertu.
Pour calmer , pour adoucir une impression qui nous agite trop vivement, il suffît quelquefois de nous éloigner de l’objet qui Ta fait naître , de réduire ainsi son influence à celle d’qn simple souvenir , et d'essayer alors d'opposer au pouvoir qu'elle conserve celui d’autres souvenirs ou celui d'autres impressions plus vives , plus nouvelles , plus touchantes. Pour donner à des idées propres à régler sagement notre conduite une influence plus énergique^ plus active , c'est encore le secours de notre imagination qu’il faut implorer. Elle seule peut élever nos idées à la vérité d'un souvenir , leur prêter la forme et les couleurs d'un objet sensible , en porter l’illusion jusqu'à la vivacité d'un sentiment ou d’une sensation réelle.
C'est ce qui m'a fait dire souvent, mon cher Hypolite , que nos vertus et notre morale dépendoient moins de la sagesse
de nos principes , que de l’intensité de notre mémoire ou de la mobilité de notre imagination. Je suis convaincu que les neuf dixiémes des hommes dont la vie fut souillée de grands crimes , étoientdes hommes chez qui ces facultés n’avoient été développées ni par la nature , ni par l’éducation , et qui , par conséquent , n'avoient aucun moyen de résister à rentrainement des premières impressions auxquelles ils se trou voient livrés. La compassion , la sympathie , ces premières sources de tout sentiment moral , ne supposent- elles pas toujours une imagination plus ou moins susceptible ? Les idées d’un avenir, soit très -prochain , soit très -éloigné, soit très -sensuel, soit très -métaphysique , la crainte d’un châtiment inévitable , Lespoir d’une rétribution quelconque, tous ces puissans soutiens de nos fragiles vertus , quel effet produiront - ils sur une imagination frappée d’inertie ou d’engourdissement ?
Concluons de tout ceci , qu’il est d’une extrême importance que les premières
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idées de justice, de sagesse, de raison, nous saisissent de manière à laisser dans notre souvenir des traits assez sensibles pour occuper vivement notre imagination, pour lui donner la facilité de nous les retracer promptement, et de les associer , avec succès, à toutes lesimpressions qu’elle est disposée à recevoir. Il n’est aucun progrès de notre entendement , et de notre sensibilité , qui ne dépende du bonheur de ces associations. Il seroit à desirer qu'elles fussent toujours justes et naturelles; il en est pourtant quelquefois de bisarres ou d'arbitraires qui n'en ont pas moins de force , et que l'utilité de Tintention peut rendre respectables. Le moyen c[ui réussit le mieux, n’est pas le moins sage. Je crains bien , mon cher Hypolite , que votre goût n'accuse ma comparaison de marivaudage.
Mais je suis tenté de vous dire qu'il y a dans les alliances de nos idées , si multipliées et si diverses , des mariages de convenance , et des mariages de fantaisie ; des mariages extrêmement raisonnables , êt des mariages extrêmement romanes-
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ques; que tous cependant sont assez heureux , si l’objet qu’il falloit se proposer se trouve parfaitement rempli.