‹ Lettres sur l'inauguration du Chemin de Fer de Strasbourg à BâleChapitre 3 sur 19 · LETTRE UI · texte numérisé non relu

LETTRE UI

Le Chemin de fer et H. Hœehlln.

Fête de Strasbourg;- — Les Bâlois; rôle que joue Bêle visà-vis de Mulhouse. — Rapidité actuelle des travaux des ponts-et-cbaussées. — Retard depuis la recrudescence de l'esprit militaire en 1840 . — Promptitude d’exécution des chemins de ter de Mulhouse à Tbann et de Strasbourg à Bâle. — Le feu sacré dans l’industrie. — bétails sur le chemin de fer. — Solidité et excellente construction sous tous les rapports. — Habileté des ingénieurs. — Loyauté avec laquelle M. Nicolas Kœcb lin a exécuté son marché. Des objections qu’a soulevées le forfait .— Sens qu’il faut attacher, dans un régime de liberté et d’égalité , à des actes de l'ordre de celui de M. Nicolas Kœchlin; ce sont des faits comparables au gain d’unq bataille dans la ré-

gime guerrier, — Difficulté au sujet de l’entrée dans Bâle. — De l’influence que les chemins de ter doivent exercer sur les douanes et sur les relations générales des peuples ; c’est un irrésistible instrument de paix et d’unité.

Strasbourg, ÎO septembre 1841.

La fête tic Strasbourg vient de finir. Sans offrir au môme degré le cachet profond d’originalité qui a distingué celle de Mulhouse et l’a gravée pour toujours dans la mémoire de quiconque y a assisté; sans avoir été signalée par un égal déploiement de cet enthousiasme calme qui est particulier à l’Alsace , ce qui s’explique par cette circonstance que la population strasbourgeoise est moins adonnée à l'industrie , elle a été pourtant belle, imposante, digne de la haute renommée que possède Strasbourg sous ce rapport comme sous bien d’autres. Une affluence extraordinaire atlendait le cortège à l'entrée de la ville ; le défilé , depuis la station provisoire de Kœnigshoffen jusqu’au château, a eu lieu avec pompe. Le banquet a été somptueux et l’illumination brillante. La flèche de la cathédrale, illuminée et intérieurement éclairée de feux de Bengale, est une curiosité dont l’analogue n’existe nulle part. Le bal dans la salle de spectacle a été éblouissant. Les

discours pronoucés au banquet , et l’accueil qui leur a été fait, ont témoigné d’un dévouement sincère au Roi et à nos institutions , d’une vive reconnaissance pour M. Nicolas Kœchlin et pour ses collaborateurs ; ils ont montré qu’au sein de cette citadelle on apprécie les bienfaits de la paix, et que là comme partout on appelle des vœux les plus ardents l’union des puissances, cimentée par le commerce et rendue indissoluble par les chemins de fer européens. Après ce que je vous ai écrit sur Mulhouse, je ne vous retracerai pas cette fête en détail. Je préfère vous parler du chemin de fer lui-môme et de l’homme à qui on le doit.

Je tiens cependant à réparer d’abord au moins une des omissions que j’ai commises dans ma précédente lettre. La première journée, vous disais-je , a été pour Mulhouse. Bàle en a pourtant eu sa part. Le conseil d’administration de la compagnie , conduit par son président , est allé le matin chercher le bourgmestre de Bàle. C’est qu’il y a un lien étroit entre Bâle et Mulhouse. Ce sont comme les deux sœurs ; je devrais plutôt dire comme deux époux. Bàle tient les cordons de la bourse ; Mulhouse est l'active ménagère. Pour parler sans métaphore, ce sont les capitaux bàlois qui ont le plus contribué à développer l’industrie de Mulhouse. Sans Bàle , Mulhouse n’existe-

rait pas , ou du moins serait loin de cette grandeur , de cette force qui la signalent au milieu des centres manufacturiers de l’Europe.

Il faut noter cet hommage rendu aux Bàlois , parce que la renommée est injuste envers eux. Sous prétexte qu’ils se refusent inexorablement les joies de la consommation , la déesse aux cent voix qui parle trop pour parler toujours justo , les taxe d’avarice et répète contre eux mille quolibets. C’est à tort. Les Bâlois ne sont pas avares, ils sont économes. Ils le sont sans doute à un degré peu commun ; leur vie se passe à amasser comme celle de la fourmi , et, de même qu’elle , ils ne sont pas donnants ; mais , ce que ne fait pas la fourmi, ils prêtent volontiers, et à des conditions point usuraires. Ils sont un peu exigeants sur les sûretés, mais cela oblige l’emprunteur à plus de circonspection dans l’emploi des avances qui lui sont faites ; c’est donc pour le mieux. Le Bàlois n’entasse pas de l’or dans des tonneaux ; il ne va pas dans une cave compter ses ducats; ce qui est bien différent, il amasse des capitaux , il prépare des instruments de travail qu’il met en œuvre quand il trouve un bon travailleur à qui les confier, et c’est pour cela qu’il prête si volontiers à Mulhouse. Il est mal de déverser le ridicule sur les gens de la trempe

des Bâlois. Aimerait-on mieux des dissipateurs? Us se privent , à coup sûr , de jouissances qu’ils seraient en droit de se donner ; mais à qui cela porte-t-il dommage , sinon à eux-mêmes ? La société est leur obligée , car leur abstinence lui profite bien plus que ladépcnsc du prodigue. L’argent sort de la bourse de celui-ci pour être dévoré et s’anéantir ; l’homme économe qui entend l’épargne à la façon des Bâlois, ne garde pas plus que le dissipateur ses écus dans son coffre-fort * mais il les meten circulation sous une forme productive ; il les emploie à féconder des entreprises créatrices, et il augmente ainsi le travail, patrimoine du pauvre. Il les fait pulluler et enrichit ainsi la société. A cet effet, les Bâlois s’imposent des sacrifices de tous les instants. Ce n'est pas , j’en conviens , pour l’amour du prochain ni pour la gloire de Dieu ; c’est par un motif plus terrestre ; aussi ne demande-je pas qu’on les honore précisément à l’égal des saints et martyrs. Mais quand des hommes rendent un service signalé à l’ordre social, sachons en avoir de la reconnaissance, payons-les au moins par un peu de respect, sans trop scruter leur pensée intime, sans porter un scalpel impitoyable dans les replis de leur cœur. Ah! si l’on usait toujours de cette rigueur, que de mobiles humains on découvrirait à des actions

réputées divines ! Que de dévouements se métamorphoseraient en égoïsme! Que de statues seraient renversées de leur piédestal !

J'arrive au chemin de fer.

Nos ingénieurs des ponts-et-chaussées ont maintenant terminé leur éducation. Il y a long-temps qu’ils savent économiser les capitaux. Aujourd’hui ils font plus : ils économisent le temps , le temps , qui d’après le proverbe anglais est de l’argent, et qui , selon Franklin, vaut plus encore, car c'est l’étoffe dont la vie est faite. Vous savez avec quelle énergie ont été poussés jusqu’à présent les travaux extraordinaires votés depuis quatre ou cinq ans. 11 est déplorable qu'on ne puisse les continuer avec la môme activité ; mais on a jugé indispensable de leur retirer des fonds pour faire une offrande au démon de la guerre. Si on eût poursuivi l’œuvre du même train , les exploits des Américains , qui en huit ans ont creusé le canal Erié, eussent été dépassés; car, malgré ses «46 lieues , qu’est-ce que le canal Erié , en comparaison du grand canal de la Marne au Rhin , par exemple? L'étoiledu grand de Witt Clinton, patron des canaux de l’Amérique , eût pâli. Les ponts-et-chaussées , à qui l’on reproche leur lenteur, eussent été réhabilités pleinement. Le gouvernement aurait eu de puissants arguments raa-

tériels pour prouver qu'eu i83o un esprit nouveau, esprit régénérateur et fécond, s'était fait jour dans la gestion des intérêts du pays. Mais tout cela n'est plus qu’un rêve. Nos ingénieurs sont opprimés. On les oblige à rester l'arme au bras devant leurs ouvrages à demi maçonnés , et de désespoir ils vont jeter leurs niveaux et leurs équerres parmi les buissons, à l’entrée de leurs souterrains, ou devant les murailles ébauchées de leurs écluses , comme les Hébreux réduits en servitude suspendaient leurs harpes muettes aux saules qui bordaient le fleuve de Babylone.

Nulle part celte vigueur d’exécution des ingénieurs des ponts-et-chaussées ne s’est mieux révélée que sur les chemins d’Alsace; car c’est l'œuvre de deux jeunes ingénieurs détachés du corps. MM. Bazaine et Chaperon. Les travaux du chemin de fer de Mulhouse à Thann, établi par M. Bazaine seul, furent commencés en avril 1 838 ; mais l’expropriatiou des terrains rencontra tant d’obstacles, qu’on fut maître de ceux pour lesquels le jury dut intervenir, à la lin de juillet 1 83g seulement. La ligne cependant fut inaugurée le t er septembre de la même année; elle est de ao kilomètres , à une voie. La loi de concession du chemin de fer de Strasbourg à

Bâle, long de i 4 o kilomètres, est du 6 mars i 838 . On procéda immédiatement aux études définitives et à la confection des plans à livrer aux enquêtes. Au printemps de 1 83 g , cette minutieuse besogne était achevée , et l’on put mettre en jeu le pic et la brouette. Mais pendant près d’une année entière , les formalités de l'acquisition des terrains et les débats devant les jurys d’expropriation firent languir lo travail. Les ingénieurs rongeaient leur frein. Au mois de mai 1840, sur les deux tiers delà ligne, pas un coup de pioche n’avait été donné , et l’autre tiers était peu avancé. Cinq mois après, 70 kilomètres, formant la moitié de la ligne , étaient livrés à la circulation. Du mois de juin au mois d'aoùt 1840, la seconde moitié put être commencée; c’était la plus difficile des deux. Elle se composait principalement de l’intervalle de Colmar à' Mulhouse et à Saint-Louis , où la masse de terre à déplacer représentait 1,600,000 mètres cubes , et où l’on compte plus de iao ouvrages d'art, ponts ou ponceaux, dix stations ordinaires, et les deux stations principales de Saint-Louis et de Mulhouse. La dernièro est assez belle pour exciter l’admiration de ceux mêmes qui sont familiers avec la gare immense du chemin de fer de Saint- Germain , la plus spacieuse et la plus belle du

monde. Treize mois après, tout était achevé, et le public voyageait d’une extrémité à l’autre de la ligne.

Quelle dépense do zèle pour terminer ainsi le chemin de fer de Strasbourg à Bâle ! Qu’il fallait de volonté en M. Kœchlin et do feu sacré dans l’âme de ses ingénieurs pour animer leur armée de travailleurs à ce point ! Les travaux marchaient avec impétuosité. On eût dit d’un tourbillon j mais pour le conduire, ce tourbillon, avec régularité, qu’il fallait d’intelligence et de calme dans l'action , de calcul dans l’audace , de méthode dans l’emportement ! Quelle présence d’esprit pour parer à l’imprévu ! Que de patience pour ne pas désespérer au milieu des continuelles pluies de l’été dernier ! Un des traits les plus admirés de la révolution française est celui du général Championne! , qui , à la tête de 20,000 hommes , forcé d'évacuer Home devant une armée de 80,000 Napolitains, jura d'y rentrer vainqueur dans vingt jours , et tint parole. Le prompt achèvement du chemin de fer de Strasbourg à Bâle offre, dans la carrière pacifique des travaux publics , un exemple d’une confiante résolution de la même nature. Je serais même tenté de préférer la copie à l'original ; le sang n’y a pas coulé et il en reste au pays quelque chose. M. Kœchlin avait dit

dès l'origine que le chemin serait prêt d’une extrémités l'autre en 1 8/J i ,à l’anniversaire des journées de juillet. C’était moitié moins de temps qu’on ne lui en avait donné. Vainement les cataractes du ciel se sont ouvertes , vainement la pluie d’or qui , au moment de l’entreprise , tombait au seul nom des chemins de fer, s'est brusquement arrêtée ; il a rempli sa promesse. Les capitaux rebelles ont été fléchis. On a profité des moindres éclaircies pour travailler, et à l'heure dite tout était prêt. Mais aussi de toutes parts et pour toutes les parties de l’œuvre , quels collaborateurs ! quel esprit de ressources chez ceux-ci ! quelle ardeur, quelle science , quel esprit d'ordre chez ceux-là ! quel élan dans les employés , dans les moindres ouvriers! Et quelle joie ce fut dans cette multitude quand , le juillet, s’avança la locomotive annoncée! Distribués le long de leurs chantiers, où retentissait encore le dernier coup de marteau , brandissant leur pelle qui venait de jeter la dernière poignée de sable, leur truelle qui venait de sceller la dernière pierre d’un parapet, ces braves gens ébranlaient l’air de leurs acclamations, ils proclamaient les noms des deux ingénieurs qui leur avaient soufflé tant d'énergie ; ils étaient heureux et fiers ; c’était leur triomphe : le chemin leur semblait leur chose et

en même temps leur prouesse. Ah! croyez-le, ils s’abusent ceux qui croient que l’industrie ne peut avoir sa gloire , son point d’honneur, son enthousiasme ! Ils se trompent ceux qui prétendent que le Français n’a d’ardeur que pour détruire, et que, pour se manifester, la /uria francese a besoin de flairer la poudre à canon!

Je reviens au chemin de fer. Je ne vous en décrirai pas les ouvrages d’art ; la nature n’a pas fourni à MM. Bazaine et Chaperon l’occasion d’exécuter quelques unes de ces constructions qui frappent le spectateur , excitent ses applaudissements et font frissonner l’actionnaire. Point de ces grands souterrains si admirablement pratiqués sur le chemin de Versailles (rive droite). Point de gigantesques viaducs comme celui du val Fleury (rive gauche) , ni même de ponts de la taille de ceux de Saint-Germain. Il y a plusieurs centaines de ponts ou de ponceaux pour traverser les cours d’eau qui des Vosges descendent vers le Rhin , ou pour donner passage aux routes sur le chemin de fer. Quelques uns , tels que ceux jetés sur la Bruche , près de Strasbourg; sur le Giesen , près de Schelestadt , de Schelestadt au jury plein de rigueur ; sur le Fecht , à Colmar; sur laThur, non loin de Bolhviller ; sur la Dollerl , près de Lutterhach ; sur l’Ill , à

côté de Mulhouse, pourraient être signalés , si les difficultés semées sur le parcours des chemins de fer parisiens ne nous avaient accoutumés à des merveilles. Les remblais sont le plus souvent de moins de 3 mètres. Cependant , entre Mulhouso et Colmar, le chemin est assez souvent à une hauteur do 6 à 7 mètres. Les pentes sont habilement ménagées. Quoiqu’on ait dû se rapprocher du pied des collines qui forment l'avant-garde des Vosges , pour être à portée des villages , le maximum est de 3 millimètres par mètre, et, sauf un intervalle de i 3 kilomètres entre Rouffach et Bollwiller , au midi de Colmar , ce maximum est atteint en peu d’endroits. C’est donc parfait ; car heureux les chemins où l’on ne dépasse pas 5 millimètres ; et quand le terrain le commande, on va jusqu’à 7 ou 8 sans danger. Les courbes sont plus satisfaisantes encore , puisque les rayons de courbure sont de 2,000 mètres , 3 ,ooo mètres et plus encore; les ponts-et-chaussées croient être exigeants quand ils commandent des rayons de 800 mètres au moins. Tout sur le chemin de fer est soigné. Les stations ordinaires sont d’une simplicité commode et élégante , la voie est solide ; la maçonnerie excellente ; elle est de ce grès à la fois inaltérable et facile à tailler qu’on trouve dans les Vosges , et qui , de

toutes les pierres du monde , était la seule propre à l’érection d'un monument aussi dentelé, aussi svelte et pourtant aussi impérissable que le clocher de Strasbourg. Les guérites des cantonniers sont confortables et coquettes. Les talus offrent de jolis gazonnages qui déjà rapportent ; car les ingénieurs , bons calculateurs , ont toujours pensé au produit. Semés en luzerne, ces talus sont affermés à raison de 100 à aoo fr. le kilomètre. Je vous ai déjà nommé la belle station de Mulhouse ; celle de Strasbourg rivalisera avec elle , et celle de Bàle devra être digne de la cité la plus opulente de la Suisse.

Depuis que le public est devenu souverain , il se pique peu de reconnaissance pour les efforts qu’on prodigue afin de lui plaire. On est obséquieux envers lui comme jadis envers les potentats ; sur un signe de son sourcil on se hâte, comme les ouvriers qu’envoyait le calife Haroun-al-Raschid. Cet empressement et ces efforts, il les reçoit comme son dù. Il ne les récompense pas d’un sourire. Ingrat public , souverain inexpert , prince mal façonné ; les rois avaient au moins l 'eau bénite de cour! C’est parce que le public est ainsi oublieux que je voudrais l’entretenir de l’entrepreneur-général de la ligne. Cet entrepreneur est M. Nicolas Kœchlin, qui , après s’être

essayé par le chemin de Mulhouse à Thann , demanda la concession de la grande ligne de Bâle à Strasbourg, organisa la Compagnie et se chargea de la construction h forfait. M. Kœchlin a rempli son marché avec une loyauté digne d'étre signalée à l'estime générale. Comme entrepreneur, M. Kœchlin est un phénomène, rara avis. Jamais ingénieur exécutant en régie , la main pleine de millions, ne se montra plus soucieux d'une bonne exécution. Le choix des matériaux et leur mise en œuvre ont été parfaits. Il y a du luxe dans la maçonnerie; il y en a plus encore dans la qualité, la force et le nombre des traverses de chêne sur lesquelles posent les rails. Les rails sont massifs et d’un bon fer. Je vous ai déjà parlé des stations et du reste. Les cas douteux, M. Kœchlin les a résolus contre lui. Son cahier des charges , par exemple , ne l'obligeait pas absolument à bâtir un grand établissement de réparation pour les machines. Il pouvait s’en dispenser, ou se borner à élever à Mulhouse, comme il l'avait fait à Colmar, des hangars modestes où il eût disposé quelques forges. Il a construit de vastes et solides ateliers qui lui auront coûté 400,000 fr. Il a de même multiplié les stations avec leurs accessoires au-delà de ses engagements. Quelques personnes assurent que son marché à forfait lui donnera

des bénéfices, et , ce qui est curieux , elles insinuent ce fait à l'oreille , comme un grief contre lui. Ces puritains devraient nous dire si quand ils passent un marché ils entendent y perdre. Je fais des vœux pour que leur accusation soit fondée , et pour que M. Kœchlin réalise un fort profit , car il l’a mérité, et cela ferait germer en France la bonne graine d'entrepreneurs ; mais , tout compté, je crains qu'il n'en soit rien. Quant au forfait dont on a parlé comme d’une énormité , il y a deux raisons qui m’y réconcilient : sans le marché à forfait, le chemin eût péri , comme le défunt chemin des Plateaux dans la débâcle de 1 83g. Cet argument est un de ceux après lesquels, comme disait Henri IV, on est dispensé des autres. En voici pourtant un second : Ceux qui aujourd’hui critiquent ce/or/àirse fussent-ils engagés, eux , à construire pour 4o millions 35 lieues de chemin de fer à deux voies, en acceptant à la lettre les rigoureuses conditions qu'imposaient les ponts-et-chaussées en i838 , et en s'en traçant de plus sévères à eux-mèmes, et cela sur la foi d’un devis, à une époque où il était admis, d’après l’expérience des chemins de fer anglais, qu'en doublant les évaluations primitives, on n'était pas suffisamment à l’abri des déceptions ?

Puisque je suis sur ce point, permettez-moi de

vous dire ma pensée entière : en France , nous admirons le gouvernement belge , qui a couvert ce petit mais industrieux royaume d'un réseau de chemins de fer. Et rien de plus juste ; car il était d’excellente politique d'attacher étroitement le nom d’une royauté nouvelle à une grande œuvre , à une innovation éclatante- C’est ainsi que les dynasties se fondent. Ce réseau belge, placé à nos frontières comme un reproche permanent contre l’administration française , qui avait, elle aussi , à asseoir une dynastie au milieu de bien d'autres écueils, quelle en est l’étendue? Tout compris, avec les embranchements, elle est de 5/19 kilomètres , principalement à une voie. On y travaille depuis i 834 , et il en reste encore un tiers à ouvrir. Eh bien , voici chez nous un homme qui , dans son patriotisme audacieux , parvient, à force d’efforts et de fermeté, en y engageant sa fortune entière , acquise à la sueur de son front , et celle des siens , à donner à l’Alsace , en quarante mois , 1 60 kilomètres de chemin de fer , bien mieux exécutés sans contredit que les lignes belges, et presque en totalité à deux voies. Or, ceci se passe à une époque où la liberté se constitue. La liberté véritable , celle qui promet à tous les hommes le développement et l'emploi légitime de leurs facultés, a pour

compagne nécessaire la paix, la paix riante et radieuse , la grande et puissante paix. Elle exclut le système guerrier, excepté dans la limite où il le faut pour l'indépendance nationale. À la guerre, elle substitue, comme but de l’activité matérielle des populations , les labeurs productifs de l’industrie. Le régime de la liberté doit donc honorer l’industrie, lui donner rang parmi les grands pouvoirs de la terre. Sous le règne de la liberté , les grands actes industriels doivent être récompensés par une large part de considération publique. Quand ils ont été inspirés par une pensée patriotique et accomplis au travers de grands risques , ils deviennent des hauts faits , ni plus ni moins. Cette conclusion est mathématique, elle est impérieuse. A ceux à qui elle déplairait, la réponse est facile : c’est qu’apparemment les prémisses , c’est-à-dire la liberté véritable au profit du plus grand nombre , et la loi d’égalité organique ne leur plaisent guère. Des actes industriels de cette portée, et dans ces conditions, sont comparables à ce qu'est, chez un peuple voué à la guerre, le gain d’une bataille. A mes yeux donc, M. Kœchlin est ce qu’eût été il y a trente ans un général victorieux. Humble citoyen , je me félicite de pouvoir ici lui rendre cet hommage, et de signaler par une sorte d’ar-

gument ad hominem quelle doit être, dans le régime nouveau, une des sources principales d’illustration , si l’on prend ce régime au sérieux.

Au reste ce que j’exprime en ce moment , les populations l’ont senti et l’ont exprimé avec bien autrement de chaleur. M. Nicolas Kœchlin a été accueilli ici , dans cette cité guerrière, mais d’un patriotisme progressif, de même que dans sa ville natale de Mulhouse, qui est éminemment industrielle , avec la même explosion d’applaudissements qu’eût excitée sous l’Empire la présence d'un maréchal rentrant vainqueur dans sa province. Ici l’on avait inscrit son nom en lettres d’or dans la salle du banquet et dans la salle de bal ; ceux des deux ingénieurs y figuraient également , l’un à droite, l’autre à gauche. En avant de la salle de spectacle une inscription en lettres de feu, formée de petits jets de gaz, disait sa louange. Les toasts en son honneur ont été salués par des acclamations dans l’un et l’autre banquet , et la foule parlait de lui avec admiration et respect. M. levêque-coadjuteur avait donné l’exemple de ces hommages , lorsqu’à Mulhouse il avait dit à la foule de ses auditeurs :

• Daignent les bénédictions de Dieu descendre sur ces • rails , sur ccs \ oies , sur ces locomotives, sur ces chars,

» sur les voyageurs , sur les dignes chefs qui ont dirige » cette œuvre admirable, sur cet homme modeste et persé- » vérant qui a conçu ce grand ouvrage, et dont la fermeté,

» en dépit de l'esprit de spéculation, a triomphé dans les « mauvais jours de toutes les résistances et de tous lesobs- » tacles , sachant bien qu’il faisait un ouvrage utile au » pays I... »

Me voici encore hors de la voie du chemin de fer et lancé dans une digression de politique intérieure. Si cette lettre n’était déjà longue , je vous proposerais une excursion dans la politique extérieure , à propos des difficultés que rencontre le chemin de fer à la frontière. Les douaniers , dont le métier est de prévoir la contrebande et de la combattre , lui ont demandé ses passe-ports. Comme M. Grélerin est un administrateur aussi conciliant qu’habile, ilest évident qu’à moinsd’un entêtement excessif ou d'une susceptibilité puérile, que j’estime impossibles de la part desBàlois, tout se terminera par une transaction à la satisfaction universelle. La ville de Bàle restera un Etat libre et indépendant. Sa souveraineté ne sera pas violée, et notre ligne de douanes ne sera pas forcée. Les Bàlois veulent rester les maîtres chez eux , et par ce motif, jusqu’à présent, ils se sont refusés à ce que , en un petit coin de la station à établir dans leur ville , nos douaniers pussent remplir

leurs fonctions de surveillance. Mais les Bâlois n'y ont pas réfléchi. En gens sensés animés de ce patriotisme éclairé qu’a si convenablement exprimé leur bourgmestre , M. Burckhardt , dans le banquet de Mulhouse , ils comprendront que, si l’administration française supprimait la visite à la frontière sans avoir des garanties à Bâle , l’industrie française serait à la merci des Bâlois ; ou plutôt ce ne seraient plus les Bâlois , race estimable et exerçant son industrie avec honneur , qui seraient les maîtres et seigneurs à Bâle , ce seraient les contrebandiers.

Au surplus, il faut s’attendre à ce que dans un temps donné les chemins do fer abaisseront les lignes de douanes. Par les chemins de fer , la sphère des relations s’agrandit. L'échelle des empires ou des confédérations augmente dans un prodigieux rapport; car avec un transport cinq fois plus rapide (c’est à peu près la proportion comparativement aux diligences), les hommes passeront d'une extrémité à l’autre d’un empire vingt-cinq fois grand comme la France, dans le même délai nécessaire aujourd’hui pour traverser notre patrie du centre à la circonférence. Par les chemins de fer , une immense fusion des intérêts , des idées et des mœurs se prépare. Ce qui les rend chers au pen-

tseur comme au dernier citoyen perdu dans la foule ; ce qui concilie à ces voies de communication rapide le suffrage enthousiaste des belles âmes , en même temps que les instincts divinateurs du vulgaire , ce n'est pas seulement qu’elles fournissent un véhicule inimitable , des procédés perfectionnés d’échange et do transaction ; la profonde sympathie des masses populaires , tout comme celle des natures d’élite , ne se donnent pas pour si peu ; ce n’est pas simplement affaire de métier et de marchandise. C’est que les chemins de fer offrent à la civilisation un instrument supérieur de concert et d’unité; c’est qu’ils viennent à propos pour aider le genre humain à accomplir ses plus sublimes destinées. Par eux , le brassement des nations et des races, qui ne s’opérait jusqu’à présent que dans les dévorantes fournaises de la guerre , s’effectuera dans de douces étreintes. La sainte alliance des peuples se constituera, et l’humanité s'acheminera vers le sanctuaire de la fraternité universelle, rêve des philosophes, promesse des révélateurs. Le genre humain appelle maintenant de ses vœux la paix, non une paix paresseuse et babillardc, négative et égoïste , digne de peuples tombés dans une quinteuse décrépitude; mais une paix majestueuse qui présente aux nations civilisées , unies

en un faisceau, un but commun d’efforts digne de leur générosité et de leur puissance , à l’énergie des hommes d'action une perspective lointaine , entremêlée d’obstacles et de périls, à tous les membres de la famille humaine une carrière où leurs facultés puissent se développer et se féconder : car c’est dans ce développement et cette fécondation que consiste , répétons-le , la seule liberté dont le genre humain soit épris. Nos nations européennes, dont la vigueur et le savoir débordent , demandent à grands cris , de cette voix du peuple qui est la voix de Dieu , la noble et forte paix qui se donne pour tâche de répandre la civilisation sur la terre et d’embellir le globe, demeure des enfants des hommes , à leur profit à tous. Les chemins de fer apparaissent comme un agent prédestiné pour faciliter cette œuvre glorieuse. Voilà pourquoi les hommes se passionnent pour eux, et voilà pourquoi notre patrie manquerait à sa mission d'initiative et serait déchue de son rang , si elle ne s'empressait de donner le signal de l’entreprise du réseau européen.

Discours de M. de &bau , évêque de Khodiofiolii, coadjuteur de Strasbourg.

« Messieubs,

» Le roi-prophète se sentait saisi d'une sainte admiration à la vue des merveilles de la nature et de cet immense

(i) Nous avons cru à propos de Joindre à l'écrit de M. Michel Chevalier le discours prononcé é Mulhouse par M. l 'évêque coadjuteur de Strasbourg, et les toasts portés aui deux banquets de Mulhouse et de Strasbourg , tels qu’ils ont été reproduits par l'Indiuinel altaùtn.

univers qui peut être appelé le temple du Très-Haut Lu deux, s’écriait-il dans son magnifique langage, let deux célèbrent la gloire de Dieu , et le firmament annonce les ouvrages de ses mains; caeli enarrant gloriam Dei, et opéra manuumejus annuntiat firmamenlum. (Ps. 18.) Le livre des Psaumes n’est pour ainsi dire qu'un long poème où le prophète, empruntant les harmonieux accords des anges et des chérubins, chante sur sa harpe la grandeur, la sagesse et la puissance du Créateur. Ici, il nous représente le grand Jéhovah faisant sortir le monde du néant par la force de sa parole, lançant dans l'immensité de l'espace le soleil, la lune, les étoiles, comme des brins de poussière, et assignant à chaque astre l'orbite qu'il doit décrire; là, il nous le montre creusant d’immenses abîmes pour y renfermer les mers , leur opposant d'infranchissables barrières , et leur disant avec autorité : Vous n’irez pas plus loin, et ici viendra se briser l’orgueil de vos flots. — Dieu jette un regard sur la terre, et elle tremble; il touche les montagnes, et elles fument; il étend les deux comme une tente; les nuages lui servent de char, et il s'envole sur l’aile des vents. Les orages sont ses messagers , et les éclairs obéissent à sa voix. Il établit la terre sur une base solide , et rien ne pourra l’ébranler que le souffle du Tout-Puissant. Il se revêt de la mer comme d’une ceinture ; les eaux se meuvent au sommet des montagnes et s'enfuient au bruit de son tonnerre. Par lui les montagnes se couvrent d’arbres et de rochers, et les vallées de fruits et de verdure. Il peuple les airs d’innombrables oiseaux ; le passereau sur l'humble chaumière, et le lion qui rugit au désert , chantent egalement ses louanges. Le nom du Très-Haut est proclamé jusque dans les profondeurs de l'Océan, et les cétacés qui suivent les na-

vires annoncent aux humains qu’eux aussi sont les créature» de Dieu. Béni soit à jamais le Seigneur; il est aussi bonqu’il est magnifique , et il contemple avec amour ses créatures et l'ouvrage de ses mains.

» Ainsi s'exprimait le Prophète Royal. Mais comment nou» exprimerons-nous, messieurs, nous qui avons vu l'esprit investigateur de l'homme aller successivement dérober au sein de la nature la plus grande partie des secrets et des mystères que Dieu y avait déposés depuis roriginedessièclesîBerthold Schwarz trouve dans le salpêtre , le soufre et le charbon , (es éléments de cette formidable poudre à canon qui semble avoir rendu l’homme maître de la foudre et du tonnerre ; Franklin désarme le nuage destructeur ; la boussole trace au matelot une route certaine à travers les flots de la mer ; le gaz éclaire nos villes ; Guttenberg fuit parler le bois et le papier; Sennefelderet Malapeau donnent la vie à la pierre et au marbre ; le microscope nous fait admirer la puissance et la sagesse de Dieu jusque dans les plus petits insectes; et Herschell , avec son ingénieux télescope , nous apprend que les objets s’nmoiudrissent à mesure qu’ils s’éloignent du ciel et qu'ils se confondent avec la terre.

» Toutes ces découvertes ont été faites par le génie de l'homme; mais malheur à lui s'il ne savait pas y voir l’inspiration divine et les effets de la bonté de son Dieu ! Qu’il ne s’y trompe pas, toute grâce excellente et tout don viennent d'en haut et descendent du père des lumières; c'est lui qui éclaire tout homme venaut.cn ce monde, qui lui départit les dons de l'intelligence , qui dirige ses pas et qui daigne lui faire part de ces immenses trésors de science qu’il renferme dans son sein. Sans lui, sans sa lumière, nous serions condamnés à nous traîner misérablement sur

une terre de ténèbres , et nous serions dépourvus de tous les avantages précieux qui embellissent notre existence. C’est donc à Dieu que nous devons rapporter la gloire dé toutes ces inventions nouvelles qui nous transportent , nous enchantent , puisqu'elles ne sont que des manifestations de sn bonté dans l'ordre physique comme dans l'ordre moral { il les aconfléesà son Église, afln qu’elle les bénisse, qu'elle lessahclifle , et qu’elle s'en serve pour exciter notre reconnaissance et notre amour envers le souverain auteur de tout bien.

» Aussi voyons-nous l’Église de Jésus-Christ prendre sous son patronage toutes les découvertes Vraiment Utiles à l'humanité, et implorer sur elles et sur leurs auteurs, avec une touchante sollicitude, les grâces et les bénédictions du ciel.

e Sous ce rapport , notre siècle n’est pas resté en arrière , et il peut à juste titre revendiquer le droit d’être appelé celui des découvertes. Je dis même plus , et tna parole ne paraîtra pas suspecte à ceux qui, pour des raisohs quelconques, se plaisent peut-être encore è nouriirdes préjugés qui appartiennent Sun autre temps ; je ne crains pas , dis-je, d'affirmer que notre siècle n'a pas même à envier au passé le sentiment religieux, comme on a bien voulu le dire quelquefois en le calomniant. Car voyeï ces hommes dont les nobles efforts ont doté le pays d’établissements gigantesques, et nous font, comme par enchantement, traverser notre belle patrie par une force motrice presque inconnuejusqu'alors, et dérobée à ce qu’il y a de plus simple et de plus commun dans la nature; voyez ces hommes d'un si parfait dévouement et d’une si haute intelligence invoquer les prières de l'Église sur l'ouvrage de leurs mains,

rendre à Dieu ce qui est à Dieu , «t mettre lee créatures sous la protection et la sauvegarde du Créateur.

> Daignent ses bénédictions descendre sur ce s rails, sur ces voies, sur ces locomotives, sur ces chars, sur les voyageurs, sur les dignes chefs qui ont dirigé cette œuvre admirable , sur cet homme modeste et persévérant (1) qui a conçu ce grand ouvrage, et dont la fermeté, en dépit de l’esprit de spéculation, a triomphé dans les mauvais jours de toutes les résistances et de tous les obstacles , sachant bien qu'il faisait uu ouvrage utile au pays.

« Daignent les bénédictions du. ciel descendre sur cet illustre voyageur (2) dont la vie publique a toujours répondu a son éminente capacité et à sa haute réputation de probité et de vertu , sur cet homme de science et de bien qui visite et protège les monuments de la piété de nos pères, et vient, au milieu de nous, encourager les inventions nouvelles, et qui, par sa position antérieure, je le dis avec attendrissement et reconnaissance, a laissé dans le cœur du clergé de France de si nobles et de si touchants souvenirs !

» Enfin, daignent-elles descendre, ces abondantes bénédictions , sur le gouvernement du Roi que la Providence nous a donné et conservé, sur ce Roi qui préside avec tant de sagesse à nos destinées , et qui est devenu pour ainsi dire la providence de l'Europe tout entière.

< Que le rapprochement que les chemins de fer établissent entre les nations de la terre nous apprenne que , dans la même proportion, la terre elle-même doit se rapprocher

(1) H. .Nicolas Kœchlin.

(2) H. Teste, ministre des travaux publics, et ex-ministre de la Justice et des cultes.

du ciel , et qu’il nous encourage à marcher avec la même vitesse dans les voies de la vérité et de la vertu, pour nous réunir un jour dans le sein du créateur du ciel et de la terre. »

Toaata du banquet de fflulbouw.

PREMIKH TOAST.

Par M. Berger, président du conseil d’administration de la Compagnie du chemin de ter :

,4u Roi!

Nous regrettons de ne pouvoir donner que de souvenir le toast de M. Berger, conçu à peu près en ces termes :

» Messieurs,

» En 1830, lorsque la France se trouva définitivement en possession de ses libertés, elle voulut les affermir eu les

établissant sur les bases de l'ordre et du travail. Elle voulut les rendre chères à ses enfants , en les élevant tous graduellement aux jouissances de l’instruction et du bienêtre. Dans cette pensée , elle appela à présider à ses destinées un prince qui, par son passé, offrait à l'intérieur comme à l'extérieur de nobles garanties pour la liberté , pour l'ordre, pour la paix , mais pour une paix honorable, la seule qui convienne àla France. L’histoire, qui faitjustice des déclamations des partis , dira si le règne de Louis- Philippe n’a pas justifié les espérances qui l'accueillirent à son origine. Depuis 1830, l’enseignement primaire a reçu un développement extraordinaire; le haut enseignement a grandi encore ; des routes et des canaux se sont ouverts de toutes parts ; nos ports ont été creusés ou embellis , nos côtes se sontcouvertes de phares. De nombreux monuments commencés sous d'autres gouvernements se sont achevés. Puissent le spectacle des utiles travaux de son règne , les progrès de l'industrie, la grandeur de la nation française , le consoler des chagrins profonds dont un événement récent est venu l'accabler comme roi et comme père. »

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