‹ Lettres sur l'inauguration du Chemin de Fer de Strasbourg à BâleChapitre 6 sur 19 · QUATRIÈME TOAST · texte numérisé non relu

QUATRIÈME TOAST

Par M. SchwilguÉ, ingénieur en chef du departement du Bas-Bhin :

« A MM. Chaperon et Bazaine , ingénieur » des travaux du chemin de fer !

• Messieurs ,

• Nous venons d'assister a une grande expérience dont les résultats sont de nature à frapper vivement l'attention publique. Une compagnie s'est engagée à exécuter le chemin de fer de Strasbourg à Bâle en cinq années. A peine trente mois sont-ils écoulés que déjà cette compagnie livre au public deux sections importantes du chemin. Sept mois plus tard elle termine une nouvelle section ,etau bout d’un nouveau délai de quatre mois elle met en activité la ligne tout entière : ainsi, par ses efforts, le pays jouit , deux ans avant le terme lixé par la loi , d’une communication rapide sur la plus grande longueur qui ait encore été entreprise en France.

» Pour atteindre cet important résultat, il a fallu toute l’énergique volonté de M. Nicolas Kœchlin ; mais, messieurs , il a fallu en même temps que cette volonté fût puissamment secondée par le talent et l'activité des ingénieurs qui ont été chargés des travaux. Sous ce rapport , MM. Bazaine et Chaperon ont prouvé qu'ils étaient à la hauteur de leur mission : ni l'inspiration qu’exige la conception d'un vaste projet, ni l’aptitude qu’il faut pour en diriger l'exécution avec sûreté et rapidité, ui la persévérance nécessaire pour vaiucre les nombreux obstacles qui se rencontrent dans une grande entreprise, ne leur ont manqué. Ils ont dignement représenté dans cette circonstance le corps auquel ils appartiennent : la présence des nombreux ingénieurs qu’ils ont vus accourir ici doit être pour eux une preuve éclatante de l'estime qu’ils ont inspirée à tous leurs collègues.

» Aussi chacun de nous a-t-il applaudi à la distinction récente dont ils ont été l'objet de la part d’une administration qui honore tous les mérites. Enfin, messieurs, ils peuvent compter sur une autre récompense encore , je veux parler de la reconnaissance publique. Oui, messieurs, la reconuaissauce publique leur est acquise pour les grandes et utiles choses qu'ils ont faites , et si mou pressentiment, comme enfant du pays, ne me trompe pas, le nom de M. Nicolas Kœchlin, qui est désormais compté parmi les bienfaiteurs de l'Alsace , ne sera jamais prononcé sans qu’on se rappelle en même temps les noms des ingénieurs habiles qui lui ont prêté l'appui de leur talent.

» A la santé de MM. Bazaine et Chaperon ! »

CINQEIÈME TOAST.

Par M. Camule'Boubcabt, capitaine de la garde nationale , l'un des commissaires du banquet :

« A nos invités, aux autorités et fonctionnaires de tout ordre dont la présence est venue ajouter à l'éclat de cette solennité l

* Au prélat qui s’est si noblement associé à la grande fête d’attjourdïhui en lui donnant une si touchante consécration religieuse !

» La présence, au milieu de nous, de monseigneur le coadjuteur de Strasbourg nous donne l'assurance que , loin de répudier les progrès de l'esprit humain, la religion, dont il est un des plus digues représentants , se réjouit de ces glorieux efforts du génie, de ces victoires paciliques remportées par l'intelligence sur la matière.

» Sublimes trophées que chaque siècle ajoute aux trophées des siècles passés, et que la religion recueille pour en faire hommage à cette intelligence suprême dont la uôtre u’est qu’une faible émanation.

« L'Alsace entière vous remercie, monseigneur. Elle a salué avec enthousiasme votre avènement a l'épiscopat, parce qu'elle se rappelle avec orgueil que vous êtes né au milieu de ses riantes campagnes; parce qu’elle sait que vous êtes savant, charitable, conciliant; parce qu’elle sait enfin que vuus connaissez les besoins de notre époque et que vous saurez les satisfaire; et c'est avec bonheur qu'elle se confie à vous.

» A vous aussi, représentants de l'armée 1 En voyant vos éclatants insignes se mêler a notre paisible cortège, nos souvenirs se reportent à ces jours glorieux où vous avez si vaillamment combattu , et vous nous apparaissez entourés de la noble auréole de vos fatigues , de vos souffrances et de votre héroïque dévouement.

> Est-il besoin de vous dire que dans le calme de la paix , comme aux jours du danger, nous serons toujours heureux de nous retrouver sous le même drapeau?

» A vous tous eufin , messieurs , étrangers à notre cité , qui êtes venus nous donner une preuve de votre sympathie ; à vous surtout nos voisins de Bêle , auxquels notre ville est unie depuis longues années par tant de liens sympathiques I Mulhouse apprécie l'honneur que vous lui faites et l'intérêt que vous lui portez : vous avez compris que l’inauguration de notre chemin de fer était un pas solennel fait dans la voie du progrès industriel et de la civilisation. Aussi est-ce de grand cœur que nous vous remercions du concours que vous nous avez prêté, et que nous nous écrions encore une fois : Honneur à nos invités ! »

M. Bi'ückhabdt, bourgmestre de Bêle , a répliqué ainsi à ce toast :

« A l'union des peuples J » Mbssiecbs,

» En vous remerciant de tout mon cœur de la manière amicale dont Bâle a été mentionnée, je me permets de vous présenter quelques considérations.Quand ou a vu, comme aujourd’hui , dans la construction de ce chemin de fer ,

dans l’exposition industrielle, ce que l'industrie peut atteindre , on est naturellement conduit au désir qu’une paix durable lui soit accordée, pour qu'elle puisse se développer de plus en plus. Eh bien , messieurs , les chemins de fer ne pourraient-ils pas être un des moyens que la Providence nous a donnés pour que nous nous en servions à affermir la paix générale? Ces nombreux essaimsde voyageursqui vontvisiter les pays voisins ou même plus lointains, ne reviendraient-ils pas avec de la bienveillance et de la sympathie pour ceux-ci? Ne seseraient-ils pas aperçus que chaque nation a quelques qualités estimables; chacune, des institutions et des moeurs qui ont quelque valeur; chacune , sa route dans laquelle elle peut tendre vers le perfectionnement; chacune encore, une part de bonhomie et d’amitié pour les autres ; que toutes enfin sont les enfants d'uD père commun ?

» A Injustice réciproque, à l'amitié des nations ! »

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