‹ Lettres sur l'inauguration du Chemin de Fer de Strasbourg à BâleChapitre 7 sur 19 · SIXIÈME TOAST · texte numérisé non relu

SIXIÈME TOAST

Par M. Charles Boebscb , membre du conseil municipal de Strasbourg :

« A l’union des villes de l'Alsaee situées sur le chemin de fer!

» Il fut un temps où les liens d'une fraternité intime unissaient les cités de l'Alsace; un temps où leur alliance était pour elles un gage réciproque d'indépendance et de sécurité ; où leurs bannières étaient honorées par les princes et par les empereurs; où elles se glorifiaient du titre de villes libres; où, liguées pour la défense de leurs droits et de leurs intérêts communs, elles battaient en brèche la

féodalité dont les châteaux-forts, comme autant de nids de vautours, les menaçaient du haut de nos montagnes.

» C'était pour elles une époque de gloire et de grandeur, mais d’une gloire sans éclat, d'une grandeur sans écho, et qu’il faut laisser reléguée désormais dans les traditions de notre histoire.

» L’avenir, un avenir nouveau se déroule devant elles aujourd'hui ; les libertés pour lesquelles combattaient nos ancêtres n’étaient elles-mêmes que des privilèges ; les droits qu'ils revendiquaient n'étaient que des monopoles ; la liberté réelle, cette fille de la civilisation moderne, ne s’est levée sur nos vieilles cités impériales que dans la nuit du 4 août 1789 , lorsqu’elles sont venues faire sur l’autel de la patrie le sacrifice de leurs constitutions surannées , et se confondre sans restriction et sans regret dans la vaste unité de la nationalité française. C'est là le lien puissant, le lien indissoluble , qui les enchaîne désormais. Elles étaient unies jadis par une haine commune de la noblesse féodale ; elles sont unies aujourd’hui par un commun attachement à notre belle France; elles sont heureuses et Hères d'être sur les bords du Rhin comme les sentinelles avancées de la nation française, comme les boulevards de sa sécurité et de sa grandeur. L'Alsace bénit le chemin de fer, dont le courage et la persévérance d’un de ses enfants viennent de la doter, non seulement parce qu’il fécondera sa prospérité matérielle. mais aussi parce qu’en reliant les villes assises sur ses rails, il multiplie leurs forces, associe leurs sympathies , accroît leur confiance réciproque et leur puissance au moment du danger, et offre ainsi une garantie nouvelle à la sûreté du pays.

* Ah I je ne crains pas de le proclamer au milieu de cette

assemblée où siègent des représentants de toutes les parties de l’Alsace, si nous sommes les derniers venus dans cette grande et belle famille qui se presse autour du drapeau tricolore , nous ne serons cependant jamais les derniers lorsque la patrie aura besoin du courage et du dévouement de ses enfants; et si, comme naguère, les échos de la ForêUNoire devaient nous apporter encore dans des chants provocateurs les souvenirs de notre passé germanique, et appeler vers un retour à l’Allemagne les voeux et les espérances de l'Alsace, les échos des Vosges leur répondraient par nos oris d’amour et de dévouement pour la Frauce :

» A l’union des villes de l’Alsace, à leur union avec la France / »

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