‹ Lettres sur l'Inde; à la frontière afghaneChapitre 101 sur 157 · XI. — ABBOTTABAD ET LA VIE DE GARNISON · texte numérisé non relu

XI. — ABBOTTABAD ET LA VIE DE GARNISON

bach ou du Beethoven. Mais on n'a jamais entendu un de ces musiciens carrares fredonner en dehors du service le moindre des airs qu'il exécute si bien : ils font l'exercice sur le trombone et la grosse caisse comme ils le feraient sur le fusil.

Il est rare que le mess soit au complet, surtout en été. Le régiment a trop peu d'officiers en temps de guerre, parce qu'il faut qu'ils donnent de leur personne pour enlever leurs mercenaires; ils tombent dans la bataille comme des capucins de carte : dans aucune armée la proportion d'officiers tués n'est si grande. En revanche, en temps de paix, il y a pléthore et par suite ce sont des congés continuels. Cachemire est proche et l'on s'en va à la première occasion y faire les deux seujes choses qu'un Sâb se soucie d'y faire, me dit lin grommeleur indigène, chikar ou ichq^ c'està-dire la chasse ou l'amour. Il faut savoir que Cachemire est célèbre sur toute la frontière pour ses cerfs à douze cornes dans la montagne et pour ses belles gondolières sur la rivière.

La conversation est peu variée. L'Inde et les Indiens en font rarement les frais. Les incidents du àtmxQV polo et du dernier gymkhana^ les faits et gestes du Chah Zadeh de Boukhara, les aventures du dernier bal de Murree et, quand l'heure approche, les angoisses du prochain examen de pouchtou. Le Chah Zadeh de Boukhara est le

représentant à Abbortabad de la question de l'Asie Centrale : c'est un ancien héros qui a eu son heure et qui à présent, bien qu'il n'ait que trentecinq ans, prend du ventre à l'abri de l'hospitalité anglaise, comme une véritable majesté bien entripaillée. Quand les Russes marchaient sur Samarcand en 1867, l'Émir de Boukharane les attendit pas et fit la paix. Son fils, l'héritier présomptif, le Kaié toura, se révolta et se mit à la tête du parti national. Il lutta à toute outrance : M. Vambéry le fit périr dans les sables du désert. Il reparut soudain en fugitif à la cour de l'Émir d'Afghanistan, Chir Ali, dont il épousa la fille; puis, enfin, ayant une vague idée qu'un héritier présomptif de Boukhara doit être une chose précieuse pour les Anglais, il se rendit dans l'Inde. On lui fit une pension de 1,5*00 roupies qu'il dépense à Abbottabad, en criant misère et réclamant sans cesse une pension plus royale. Voilà pas mal de temps qu'il attend le moment de monter à cheval, en route pour Boukhara : pour l'instant il n'y monte que pour le polo dont il est enragé. Samedi dernier, en entrant au mess, après un polo où il avait fait rage, quoique exténué, — car c'était le Ramazan et le ventre royal était à vide de toute la journée, nous avons été fort étonnés d'apprendre par un télégramme de Vienne, reproduit dans le Journal de Lahore,

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