‹ Lettres sur l'Inde; à la frontière afghaneChapitre 103 sur 157 · XI. ABBOTTABAD ET LA VIE DE GARNISON · texte numérisé non relu

XI. ABBOTTABAD ET LA VIE DE GARNISON

est revenu de Bharaich où il est aller recruter les Gourkhas, c'est la première histoire qu'on lui a servie. « Vous savez, la jument blanche du capitaine Martin. — Eh bien ? — Il l'avait vendue au Révérend John M.- 200 roupies, et le lendemain elle était tuée. — Pas possible, etc., etc. » Et je vous assure que l'histoire ne manque jamais son effet d'émotion: vous comprenez bien, les chevaux de nos amis sont nos amis. — On parlera de la jument blanche sous le mess bien longtempjS. Parfois, dans la nuit, votre poney effaré pousse un long hennissement : c'est qu'il a vu passer en rêve la jument blanche, la jument blanche du Révérend.

J'oubliais une des institutions les plus curieuses d'Abbottabad, la bibliothèque. Cette bibliothèque, organisée par un officier studieux, le Major Malloy, contient environ 2,000 volumes de romans, et 2,000 volumes de voyage et d'histoire, dont la plus grande partie se rapporte à rinde. Toutes les nouveautés de Londres y arrivent en retard seulement de six mois, envoyées à bas prix par Mudies, quand la vogue s'est ralentie dans la métropole. Mais ce qu'il y a de plus remarquable dans la bibliothèque, c'est son organisation. Elle fonctionne d'elle-même, sans employés. Elle esf ouverte du matin au soir.

Vous y entrez quand il vous plaît 5 vous prenez fe catalogue, y voyez les livres qui vous tentent; vous les prenez vous-même sur les rayons, cinq volumes, dix, quinze, vingt, comme il vous plaît; vous inscrivez sur un registre ad hoc votre nom, le titre des livres empruntés et le jour; vous les lisez chez vous à loisir, les rapportez, les remettez en place et écrivez en face du titre rapporté^ avec la date. Simplicité des moyens et confiance réciproque : je n'ai rien vu dans l'Inde qui fasse plus honneur à l'esprit et au caractère anglais.

L'automne venait, la plaine redevenait accessible : je quittai non sans regret l'abri montagneux où j'ai passé les cinq mois, sinon les plus heureux, du moins les plus tranquilles de ma vie. Je fis mes adieux à mes aimables hôtes qui m'avaient presque fait oublier que j'étais un étranger etf^descendis la route de Hasan Âbdal que j'avais montée si péniblement cinq mois auparavant. Arrivé à Hasan Abdal, mes yeux tombant sur le sol, je sentis une émotion dont je n'avais jamais eu l'idée, l'émotion des rails. J'avais dans la montagne oublié l'existence des railways ; et ces deux longues bandes de fer, je les voyais soudain se prolonger devant moi à l'infini jusqu'à Bombay et par-dessous la mer jusqu'à Brindisi, jusqu'à Paris, jusqu*aux portes du home.

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