XII. — LA CONFESSION DU MOUNCHI
dogme, et, étant satisfait de ses réponses, lui a dit : « Ta foi est parfaite. » La sueur a inondé son front, son teint a jauni et son nez était tourné à gauche du côté de la Qibla'. C'est à ces signes que Ton reconnaît qu'une âme est sauvée. On a beaucoup pleuré à son enterrement, car elle était aimée et respectée de tous; elle avait enseigné le Coran illustre à toutes les filles du pays. Tout le monde dit que c'est une sainte et Qu'Ibrahim est bien heureux et a lieu d'être fier d'avoir une mère qui est houiourg. On vient prier et faire des vœux à sa tombe, et il s'y fera bientôt des miracles. »
Quelques jours plus tard, Ibrahim entra tout rayonnant. Il me dit : « Vous rappelez- vous, Sâb, ce que je vous disais : il vaut mieux supporter sans rien dire, et Dieu fera justice. Eh
I La qihla de La Mecque où se dirige tout fidèle pendant sa prière.
bien! ce monstre, ce païen de Zebehr est en prison, sans que j'aie rien fait pour l'y faire mettre. De retour à Kaghan, il y a commis de nouveaux vols, on l'a arrêté et on vient de l'amener enchaîné à Abbottabad pour le juger. Tout le monde dit à la mosquée : Voyez-vous cet Ibrahim? il a supporté patiemment son injure, et c'est pour cela que Dieu le venge. »
Le lendemain, Ibrahim était sombre et tête basse. « Qu'y a-t-il, Ibrahim ? Est-ce qtie Zebehr est relâché ? — « Non, Sâb, mais il y a pis. Voici que mon beau-père, Nour Ahmed, le père de Zebehr, est venu de Kaghan avec ses fils, et ils me disent: « Ibrahim, "tu es l'ami des Sâbs; tu es influent auprès du commissaire et des juges : il faut que tu ailles les voir pour faire remettre Zebehr en liberté. » — « Moi, parler pour Zebehr 1 Pour Zebehr, qui m'a volé, qui a volé ma femme, qui a voulu tuer mon fils, qui a séduit sa fiancée ! Non, c'est Dieu qui le frappe. — Ibrahim, me dit sévèrement mon beau-père, un Afghan ne laisse pas juger un Afghan par les Firanghis. » Et ma femme me supplie et m'obsède à table, au lit, partout, etj comme elle voit que je suis inflexible, elle se met en prière et dit : « Allah, délivre mon frère ! » ou bien : « Allah, fais que le père de Piro Khan devienne bon et miséricordieux! » ou bien elle appelle mon autre fils, le