‹ Lettres sur l'Inde; à la frontière afghaneChapitre 120 sur 157 · XIII. LA FIN D UNE RACE 27J · texte numérisé non relu

XIII. LA FIN D UNE RACE 27J

compagnait, reçut une flèche à la jambe. Khouchal se fit extraire la flfthe avec des tenailles et vint au lit de son père. Il lui demanda de quelle blessure il souffrait le plus. Le chef répondit : « De ma blessure à la tête. » Khouchal comprit que son père était perdu. Mais Châbâz, étant très brave, ne fit pas attention à son mal, fit ses ablutions pour la prière, se découvrit la tête et prit froid. Il resta deux jours sans parole et mourut.

Il laissait quatre fils dont Khouchal Khan, âgé de vingt-sept ans, était Taîné. Il fut nommé Khan par acclamation 5 au bout de quarante jours, sa blessure étant guérie, il alla à la retraite du saint Cheikh, Rahamkâr, et lui demanda sa bénédiction. Le jour suivant, il alla en plein jour faire une razzia chez les Akâ Kheil, malgré les conseils de son oncle Behâdour Khan, qui lui disait qu'on n'avait jamais vu faire de razzia en plein jour. Il mit à feu leur village, et, comme il avait dit : « Égorgez tout ce que vous trouverez, hommes et chiens, » le sang des chiens et des hommes se mêla à flots et inonda les maisons. Sur ces entrefaites vint de la cour de Delhi le brevet de l'empereur Chah Djehân, qui le confirmait dans le fief de son père comme Khan des Khataks. Il lui confiait de plus la charge de protéger la route royale d'Attock à Péchawer.

Khouchal Khan fut fidèle. Il accompagna même le fils de lempereur, Mourad, dans une expédition au pays de Badakbchan, d'où viennent les rubis balais, et quand le grand Aurengzeb renversa et emprisonna son père, tua ses frères et monta sur le trône du paon, le chef des Khataks continua imperturbablement ses services à la cour suzeraine de Delhi. Si Aurengzeb s'était contenté de les accepter, il est probable que le nom de Khouchal serait oublié et que l'Orient aurait un héros et un poète de moins. Heureusement Aurengzeb fut ingrat.

L'on a souvent comparé Aurengzeb à son grand contemporain de France, parce que, comme lui, il vit lapogée de son empire et comme lui en prépara la chute par son ambition et sa bigoterie. Mais il avait en plus les vices de l'usurpateur. Arrivé au pouvoir à force de perfidies et de crimes, il avait trop mauvaise conscience pour croire à la loyauté d'autrui. Le gouverneur de Caboul, ennemi mortel de Khouchal, le dénonça comme suspect à l'empereur, qui l'envoya en prisonnier, bien loin de ses montagnes natives, au cœur de l'Indoustan, dans le donjon de Gwalior. Il s'y rongea le cœur pendant sept ans. Que faire en prison, quand Fon est poète, que d'envoyer aux brises lointaines l'éternel message de l'exilé :

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