XIII. LA FIN D UNE RACE
impuissante. Un seul homme était capable de rétablir Tordre : cétait le prisonnier de Gwalior. Aurengzeb lui ouvrit les portes du donjon, l'appela à la cour de Delhi, et enfin le renvoya dans son fief avec son ancien titre et le mandat de rétablir Tordre. Mais une justice tardive, arrachée par la crainte, ne pouvait effacer Tangoisse et la fureur de ces sept années retranchées de sa vie « et qu'il avait passées, à crier <5^on Vieuy éMon Vieu!... » Khouchal, aussi exilé à la cour que dans le donjon, assista en silence aux levers de Tempereur et revint aux bords de Tlndus, la révolte et la vengeance au cœur.
Voilà le récit des historiens. La tradition populaire conte Thistoire autrement. Je vous la dirai comme elle me fut contée, et vous reconnaîtrez qu'entre la version pâle et prosaïque des livres et celle de mon maître et ami, le mounchi Mohammed Ismaïl Khan, d'Abbottabad, il n'y a pas à hésiter.
Je vous ai parlé plus haut du cheikh Rahamkâr, dont Khouchal Khan, à son avènement, était
allé demander la bénédiction. C'était un grand saint, très puissant encore aujourd'hui sous le nom de Kaka Sahib; ses nombreux descendants, les Kaka Kheil, forment une confrérie dont tous les membres sont inviolables. Ce fut un des étonnements de la frontière, il y a quelques années, quand le colonel Waterfield, le commissaire de Péchaver, en fit pendre deux, condamnés pour meurtre, en grand apparat, sans que la foudre tombât ' .
Khouchal Khan, plein de respect pour son suzerain religieux, avait donné sa fille en mariage au fils du saint. Il l'envoya de son palais d'Akora à la retraite de Termite, sur la montagne voisine de Nauchéhra, avec un douaire splendide de vêtements et de bijoux.
Le soir, le cheikh rentrant de la nîosquée, la belle-mère dit à la nouvelle mariée de servir son beau-père : la princesse se lève, fait le salam, apporte la cruche et le bassin et verse l'eau sur les mains du cheikh. Le cheikh, levant les yeux, voit la soie et les bijoux de la jeune femme et lui dit : « Ma fille, nous sommes dés faqirs; ôte bien vite ces vêtements et ces parures et revêts les haillons des pauvres, »
Trois jours plus tard, la mère envoie une
* Voir plus haut, page i$ii