‹ Lettres sur l'Inde; à la frontière afghaneChapitre 128 sur 157 · XIII. — LA FIN D UNE RACE IÇl · texte numérisé non relu

XIII. — LA FIN D UNE RACE IÇl

en chantant. L'homme était noir; c'étaient le nègre et la princesse. Et Khouchal s éloigna en soupirant et dit :

Nj Khouchal yi Na Khaîak vi Nj Khàni yi...

Plut à Dieu que je ne fusses ni Khouchal^ ni Khatak, ni prince I

Que je fusse un balayeur, la hotte au dos, mais avec ma jeunesse, avec ma jeunesse !

C'est ainsi que le montagnard afghan jetait deux siècles d'avance, avec plus de simplicité de cœur et de parole, la plainte romantique de G ornez :

... O mes tours crénelées, Mon vieux donjon ducal, que je vous donnerais, Oh I que je donnerais mes blés et mes forêts, Et les vastes troupeaux qui tondent mes collines, Mon vieux nom, mon vieux titre et toutes mes ruines Et tous mes vieux aïeux qui bientôt m'attendront. Pour sa chaumière neuve et pour son jeune front !

C était donc à la cour des Sessions à Péchawer. La séance manquait vraiment de majesté.

Sur l'estrade le juge, grand bel homme à longue barbe noire, luisante et soyeuse : je ne me rappelle pas avoir j'amais vu si belle barbe noire dans la magistrature assise; il est en jacquette; très calme, impassible et très doux. A droite, l'interprète, debout 3 et assis contre le mur et comme en pénitence, les deux muets qui représentent l'opinion publique indigène 3 à gauche, accroupi, le greffier paperassier ou Sirrichta dâr, dont le qalam grince activement en barbouillages irréguliers sur les papiers oblongs qui s'amoncellent.

Au pied de l'estrade, le procureur ou commissaire, un peu rageur, plus qu'on n'attendrait d'un magistrat anglais, mais c'est un magistrat d'occasion. En face du procureur, la boîte à témoins (witness box) . Devant l'estrade, les six accusés enchaînés, grands gaillards à mâchoire

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