XIV. — DE LAHORE A PARIS ^Of
rière la persienne à demi-soulevée, se voilent et se moiitrent à la lueur d'une lampe qui brûlera toute la nuit, pour d'autres vœux que ceux de la Vestale.
La TRISTESSE DU Nawab. — C'est le Nawab Abdoul Medjid Khan. Nous montons l'escalier de pierre, qui est encombré, comme toute la cour, de mendiants accroupis, car c'est le jour des aumônes du Nawab, Le Nawab est Pathan de race, c'est-à-dire qu'il descend des anciens conquérants afghans de l'Inde, haute noblesse musulmane, — Il est riche, il est savant, il est bon. Il a appris la médecine et l'exerce par charité pour les pauvres; sa médecine est un peu vieille, car c'est la Tounani ', c'est-à-dire la médecine d'Hippocrate et des Grecs; mais grecque ou anglaise, ni ses malades ni leurs maladies ne s'apercevraient d'une différence : ils
« Younani, la Ionienne.
en vivent ou ils en meurent, selon le bon plaisir de Dieu, et ils ont foi en lui.
Le Nawab est un homme grand et puissant, la face large, le nez gros, les yeux saillants, rêveurs et bons3 il porte un justaucorps de velours et une calotte de velours brodée d'or; il est assis, les mains et le menton solidement appuyés sur la pomme d'or d'un bambou épais. L'ameublement est européen : au mur, le Charles I^' de Van-Dyck, et de belles dames tirées des journaux de modes.
Le Nawab est triste, parce qu'il est déçu et troublé dans sa conscience. Il est homme de progrès, et il a cru que l'Europe pouvait apprendre quelque chose de bon à Tlnde. Il a prêché l'étude des choses de l'Occident. Il ne sait pas l'anglais, mais il a donné de l'argent pour fonder des collèges où on l'enseigne. Et maintenant, il doute. On lui traduit les journaux d'Europe, et il voit que les hommes d'Europe sont livrés au mal. Il voit que, dans le pays d'Allemagne, on chasse, par le froid et la faim, des milliers de pauvres gens, parce qu'ils ne sont pas Allemands 5 en France, les gens tuent ceux qui ne sont pas de leur avis, et les juges crient : « c'est bien fait, » à Londres, le peuple pille les rues, et un journal, appelé Tall <SMall Gaiette^ a publié des choses qui prouvent que les mœurs