‹ Lettres sur l'Inde; à la frontière afghaneChapitre 135 sur 157 · XIV. DE LAHORE A PARIS · texte numérisé non relu

XIV. DE LAHORE A PARIS

des Anglais ne sont pas bonnes. Voilà donc les fruits de cette civilisation si vantée, et le Nawab se demande avec trouble s'il n'est pas entré dans la voie fausse et s'il na pas conduit les siens à la perdition en croyant les conduire au salut. Voilà pourquoi le Nawab est triste.

J'avais vu Delhi sous le soleil de mars, en route vers la frontière afghane; au retour, je ne pus résister à l'attraction de ses ruines, et m'arrêtai pour la voir au soleil d'octobre. La campagne était toujours aussi superbement désolée, et la mosquée-perle aussi blanche et aussi pure. Mais la ville était en l'air, car c'était le 24 octobre, la veille de la Divali, fête de Lakchmi, qui est la déesse de la fortune.

Ce jour-là tous les ménages renouvellent leur vaisselle, et l'on joue avec fureur, car, si l'on gagne, c'est bon signe pour toute l'année. Aussi les missionnaires de Delhi ont-ils l'œil ouvert sur leur unique converti, car ce jour-là il faut

que sa fidélité soit bien robuste pour résister au démon du jeu, le démon indien qu'exorcisaient déjà en vain les Richis védiques.

Le soir le bazar est en feu : les boutiques illuminées regorgent d'idoles; les pères de famille font leurs emplettes divines, pour le culte de l'année, achetant, l'un un Krichna amoureux au milieu des bergères, un autre le vénérable Ganech, à tête d'éléphant, qui est le dieu de la science; ou Yasodâ portant l'enfant divin dans ses bras, ou quelque Rama victorieux. La foule assiège les confiseurs, car c'est le jour où l'on s'envoie les zMithai ' ; et les vaisselles de cuivre, flambant neuf, fascinent le regard.

Il y a un mois, le sang a coulé. La vieille haine des Musulmans et des Hindous s'est réveillée, comme elle se réveille, à heure fixe, toutes les fois que la fête de Rama coïncide avec celle du Moharrem et que la procession joyeuse et triomphale rencontre, en Finsultant de sa gaieté, la sombre procession de deuil qui pleure les fils d'Ali assassinés. Les Musulmans ont égorgé des vaches sous l'œil des Indous: les Indous ont répondu en attachant de nuit un petit porc à la chaire trois fois sainte de la Grande mosquée

ï Sucreries, bonbons.

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