‹ Lettres sur l'Inde; à la frontière afghaneChapitre 138 sur 157 · XIV. — DE LAHORE A PARIS 3If · texte numérisé non relu

XIV. — DE LAHORE A PARIS 3If

il croit apercevoir trois sangliers et épaule 3 mais hélas ! ce n'est qu'un mirage, et la nuit venant il faut sonner la retraite ; pour ne pas revenir le fusil chargé, il abat une magnifique chouette et un pauvre petit pigeon, au cou azuré qui ne songeait pas à mal et ne demandait pas mieux que de vivre. Je ne puis dire que j aie fait connaissance intime avec les émotions du pig-sticking et tout s'est borné à une belle promenade, « à manger de l'air, » comme on dit là-bas.

Au moment de partir, un Rohilla, AbdouUah Khan, apprenant qu'il y a au Palais du Soleil un Firanghi qui s'intéresse aux chants du Rohilkhand, m'apporte un recueil introuvable, de poésies de Hafiz et des chefs Rohillas : il me le donne à la condition d écrire sur la couverture : Donné par (AbdouUah Khan de "R^mpor. Son vœu est doublement exaucé.

21 Octobre. Aligarh. — Il n'y a à voir à Aligarh ni paysage, ni monument : il y a un homme et un collège.

3l6 LETTRES SUR l'iNDE

L'homme, c'est Séid Ahmed, le fondateur du parti musulman libéral; le collège, c'est l'Institut Anglo-oriental, fondé par le Séid, pour instruire la jeunesse musulmane à la fois dans la tradition nationale et dans la civilisation européenne.

« Le Musulman, voilà l'ennemi ! » Telle est, depuis la grande rébellion, la pensée intime des Anglais. Traité en ennemi ou en suspect, le Musulman s est tenu à l'écart; et le résultat, c'est que partout r Hindou a pris le pas sur lui, à mesure que le gouvernement a ouvert aux indigènes l'accès des carrières publiques. La haine du Babou Bengali a dessillé l'œil des Musulmans; du moins des plus éclairés. Séid Ahmed a été leur guide. Il a prêché le !7^o rochnaiy la Lumière nouvelle ; il a concilié le Coran avec la science, il a annoncé que tout dans le monde se fait par voies naturelles : ses adversaires l'appellent le nétcheuriy parce qu'il fait sans cesse appel à nétcheur f nature J. Ses ennemis les plus ardents, il les a naturellement trouvés parmi les Musulmans dévots, pour lesquels, tout fils du prophète qu'il est, il n est qu'un athée : un bon Musulman, à qui je demandais ce qu'il pensait de Séid Ahmed, me dit : Je ne sais pas ce qu'il est, mais c'est un homme qui a fait beaucoup de mal à la religion.

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