XIV. DE LAHORE A PARIS ^If
que TEmpereur Chah Jehan avait fait élever le Taj et il mourut sur la terrasse du fort, les yeux fixés sur le dôme. On dit qu'il voulait se faire cojistruire un mausolée pour lui-même de Tautre côté de la Jamouna, qui coule au pied du mo* nument. Par bonheur, il mourut trop tôt; le hasard, ayant plus de cœur que lui et plus de poésie, le réunit à celle qui l'avait aimé et ici dorment les deux ombres, bercées de toutes les tendresses de l amour et de la mort.
A vingt-trois milles d* Agra est Fatehpur Sikri, la capitale que s'était construite Akbar et qui tomba en ruines après lui. C'est d'une grandeur et d'une désolation comme celle d'une des Delhis. Toute la cité impériale est en pierre rouge, la pierre chère aux derniers Afghans et aux premiers Mogols. Elle s'effrite de jour en jour. De temps en temps le gardien de la cité morte entend un grand bruit sourd : c'est un mur qui s'effondre. Le palais de la princesse Miriam,
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femme de l'Empereur, dont les murs portent encore les fresques du Chah Nameh, est converti en Dak Bengalow : le bearer fait la cuisine dans le Chatai mahal. Les chambres du palais de la Reine Jat sont toutes noircies de la fumée de la cuisine : sur les dalles un tcharpai^y un chaudron, un tas de fumier, où fument les débris du tchilam^y et auprès, un misérable Hindou, accroupi au milieu des splendeurs de ses anciens maîtres.
Le maître lui-même repose à Sikandéra, à sept milles d'Agra. Cinq étages colossaux conduisent à une terrasse de marbre, d'où la vue tombe sur la Jamouna et s'arrête au lointain sur la bulle blanche du Taj. Au milieu de la terrasse est la tombe de marbre de l'Empereur^ en plein soleil. Mais ce n'est qu'un cénotaphe : la vraie tombe, avec la cendre du mort, est enfouie sous terre, sous le poids des cinq étages, mais exactement au-dessous de la tombe fausse, dans la même forme et les mêmes dimensions, de sorte que l'Empereur repose dans la nuit sous la terre et jouit en même temps de l'apothéose dans la lumière du ciel.
ï Bois de lit où l'Hindou fait sa sieste.
* Le narghilé indien.