XIV. DE LAHORE A PARIS
Le chemin de Sikândéra à Agra,
Comme une voie antique, est bordé de tombeaux.
Une de ces tombes est en ruine, mais c'est une ruine cyclopéenne 5 c'était une de ces tours, surmontées d'une voûte, telles qu'en élevaient les empereurs pathans : c'est la tombe d'une des femmes d'Akbar. La ruine n'est pas l'œuvre du temps, mais de l'homme. C'est le baron Bentinck, un des vice-rois les plus honnêtes et les plus intelligents que l'Inde ait jamais eus, qui la fit éclater avec la poudre, voulant utiliser les matériaux pour construire une caserne. La voûte croula, mais la masse tint bon et déjoua Bentinckj et la tombe de l'impératrice d'Akbar est encore là, mutilée, mais debout, pour attester à tout venant que le philanthrope Bentinck fut un Vandale. Imaginez dans trois siècles d'ici les vainqueurs de Dorking faisant sauter le mausolée de Timpératrice-reine Victoria !
2 U^vemhre. Bénarès. — La sainte et immonde Bénarès! Oh! si vous voulez garder intacte dans votre cœur la poésie de Tlnde, n'allez pas à Bénarès !
Au temple d'Anna Pourna, une vache aveugle erre autour du sanctuaire; un mendiant demi-nu^ des larmes de pitié dans les yeux, vous apitoie sur le malheur de son dieu. Un troupeau circule dans le cloître, au milieu des adorations des fidèles, et laisse tomber, comme le grand lama, au milieu de la cour infecte.
Ses excréments divins façonnés en reliques,.
Pour vous dérober à la bestialité des dieux et à la vermine de leurs prêtres, vous montez à Tobservatoire de Jay Singh, le Radja astronome qui fonda Jeipour : vous traversez une série de cloîtres, frais et calmes, et vous trouvez soudain au-dessus du Gange, au centre de la courbe merveilleuse que la rivière décrit à Bénarès. Les