XIV. — DE LAHORE A PARIS
instruments du Radja sont encore là, et son 7anirasamanta regarde encore vers le pôle. L'on n'entend pas ici le beuglement des dieux et le murmure imbécile des hommes : on se sent seul avec la lumière et la brise du ciel, avec les étoiles invisibles, avec la pensée rêveuse d'une humanité plus haute. Et pourtant, qui sait si lui-même^ le noble Radja, ne descendait point de sa tour d'ivoire pour aller porter son offrande à Anna Pourna, et, en s'en retournant, ne se sentait pas plus près de Dieu?
Plus le dieu est impur, plus le prêtre est sublime.
y i^vembre. Calcutta. — Ancienne capitale de rinde anglaise. Un vieil usage veut que le vice-roi retourne y danser tous les hivers.
6 D^ovembre. — Pris le train pour la France : Chandernagor. — Pauvre spécimen de la France coloniale ! Quinze malheureux fonctionnaires se demandent pourquoi ils sont là à veiller sur quelques milliers d'indous, qui n'ont de commerce qu'avec l'Angleterre et apprennent l'anglais.
C'est grand fête aujourd'hui, la fête de Jagaddhatri. On vient de Calcutta, car la fête est plus belle ici. C'est la procession des idoles de la déesse guerrière Dourga. La déesse à quatre bras se tient debout sur le lion, qui repose luimême sur l'éléphant. Elle va et vient le long du quai, portée à bras de coulis^ dans une musique infernale de taq et de dol. Chaque quartier a son idole et sa parade ; il y a de grandes idoles et il y en a de petites; une grande idole coûte I lo roupies de parure (220 francs); l'idole ellemême n'en coûte que 1 1 5 car elle e^t vide à l'intérieur et empaillée, comme le pourrait être une