XIV. DE LAHORE A PARIS 33I
idole humaine. Quand elle a bien paradé lé long du quai de haut en bas et de bas en haut, on la jette à la rivière, après lavoir dépouillée de ses robes d or et d'argent et battue à coups de bâton. O Français, n est-ce pas la fin de toutes les idoles?
Les indigènes, je dois pourtant le dire, seraient désolés de devenir Anglais. Force des principes de 89? des grandes vérités révolutionnaires : liberté, égalité, fi^ternité? Hélas non! L'Hindou, électeur et citoyen, avec tous ses droits à la présidence de la République , se moque bien de 89. Mais il paie 10 francs d'impôts à Chandernagor, au lieu de 30 à Calcutta.
Étonnement nouveau! Avec tous nos fonctionnaires et sans commerce, dépensant sans produire, nous arrivons à ce résultat prodigieux de faire le bonheur de nos sujets à un tiers des frais du bonheur britannique, si économique pourtant. On le sait dans l'Inde, croyez-moi. A Péchawer, un Afghan instruit me disait que le gouvernement français doit être un bon gouvernement, car un Babou Bengali lui a dit qu'à Chandernagor on paie moins d'impôts qu'à Calcutta. La chose m'étonnait, mais elle est vraie : j'ignorais, et le Babou aussi ignorait, que les fi-ais de nos colonies indiennes sont payés par
r Angleterre 5 en i8iy, en nous rétrocédant nos établissement» de l'Inde, l'Angleterre s'engageait généreusement à nous payer quelques centaines de mille francs par an ; c'était la valeur moyenne de 300 boîtes d'opium, consommation normale de nos établissements; en échange, la France s'interdisait la culture de la drogue qui fait rêver et renonçait à menacer le monopole anglais, sur lequel repose tout le budget de rinde. — Malgré ce plat de lentilles, nous trouvons encore moyen de faire payer 10 francs par tête aux indigènes.
Il n'y a que deux choses à voir à Chandernagor : la courbe de la rivière, qui rappelle celle de Bénarès, et le lit de Dupleix. C'est un lit immense, en bois de bhit inaltérable 5 les pieds reposent dans des cuvettes anti-formicaires ; on monte par deux degrés sur ce monument; le grand éventail manœuvre sous le moustiquaire. Quels grands rêves on doit rêver sous cette gaze!