IV. — LES GHILZAIS
Il serait intéressant de savoir au juste si les Ghilzais ont un prétendant national. Reste-t-il un héritier de Mir Véis et d'Abdoul Rahim?
Ou bien les Ghilzais ont-ils renoncé à toute hégémonie personnelle et sont-ils prêts à se rallier aux autres ennemis de l'émir? On dit qu'ils ont offert la couronne au fils de Mouchki Alam. Mouchki Alam ' est le mollah nonagénaire de Ghazni, qui prêcha la guerre sainte contre les Anglais en 1880, et dont la parole balança la fortune anglaise et amena les désastres qui la compromirent un instant; son nom est resté environné d'une auréole de sainteté, et il serait beau de voir un fils du Pierre l'Ermite afghan monter sur le trône. Le fils du mollah aurait refusé et reporté le choix des Ghilzais sur un neveu de Chir AH, Nur Mohammed Khan. Ceci simphfierait le problème en éliminant la donnée d'une dynastie ghilzaie, mais du même coup compliquerait dangereusement la situation de rÉmir.
Une autre donnée que Ton peut éliminer est la donnée sadouzaie. La famille sadouzaie n'est pas éteinte : il y a toute une collection de petitsneveux de Chah Choudja, petits-fils en droite ligne du grand Ahmed Chah, qui, depuis près
* Mohammed Dîn, dit Mouchki Alam, « le parfum de l'univers »,
d'un demi-siècle, vivent tranquillement à Loudhiana aux frais du gouvernement anglais. 11 est probable qu'ils ont oublié l'Afghanistan aussi profondément que l'Afghanistan les a oubliés; et, quoiqu'il soit toujours utile d'avoir sous la main une ménagerie de prétendants, ce ne serait pas le moment de les lâcher tant que l'Emir tient. Ce serait d'ailleurs, même si TEmir tombe et si un prince anti-anglais menace de le remplacer, une pauvre recommandation que de venir demander sa part à la curée avec le titre de pensionnaire des Anglais. Nous pouvons donc laisser de côté les Sadouzais. L'Emir n'aura en face de lui que des Baroukzais, des oncles, des neveux, des cousins.
Le véritable héritier du trône, s'il arrive malheur à l'Émir, c'est le petit Mousa Djan, fils de l'ancien Émir Yakoub Khan. Yakoub Khan, le fils de Chir Ali, avait été emmené prisonnier par les Anglais, à la suite du meurtre de Cavagnari; il est encore leur hôte forcé à la frontière du Népal, dans les forêts de Dehra-Doun. Mais son frère, le brave Ayoub Khan, avait réorganisé la résistance dans la province de Hérat, proclamé Mousa Djan, et, apparaissant subitement devant Candahar, il avait écrasé le général Primrose à Maivand et assiégé à Candahar les débris de son armée. Repoussé par le général Roberts