PRÉFACE VII
Le gouvernement de llnde est une des belles choses qui soient dans le monde d'aujourd'hui.
J'ai vu un petit jeune homme de vingt et un ans administrant sans embarras et sans effort une ville de cent mille âmes; et fai admiré, *fai été en quarante-huit heures de 'Bombay à Delhi; il aurait fallu deux mois au Grand-zMogoly et fai remercié.
H y a dans la conquête de t Inde par tcAngleterre deux merveilles, une merveille apparente et une maveille réelle.
La merveille apparente, cest le fait même de la conquête : se rappeler les phrases hystériques de zMacaulay sur ces marchands plus grands quoilexandre, etCy etc, q4u milieu du siècle dernier, F Inde,
chaos de nations et de religions hostiles y nulle asse^ forte pour réduire les autres ^ saignée à blanc par cinq invasions persanes et afghanes y était d'avance la proie désignée du premier Européen qui en voudrait. En pleine splendeur d'oiurengieby le médecin dernier écrivait: « zM, de C onde ou tM, de Turenne avec vingt mille hommes conquerraient finde » . Soixante ans plus tard y trois mille hommes suffisaient, Dupleix trouva les deux armes de la conquête : intervenir dans les querelles des princes et se créer une armée indigène dressée à C européenne : autrement dit y conquérir tltide par llnde. Trahi par la France y Vupleix succomba: tcAngleterre ri eut quà appliquer sa politique. Elle lui devrait une statue à TEast India Office'.
La méthode trouvée, conquérir flnde était aisé : c était T affaire de quelques escarmouches ; « les marchands de fromage de Leadenhall-street » y mirent près d'un siècle y poussés de t avant par les Couver- . neurs et forcés par les circonstances. Vupleix y soutenuy eût fait la chose en vingt ans-, LInde est le pays des conquêtes rapides, qui rien sont pas moins durables y si la force qui les a faites reste là. Trois batailles ont suffi à 'Baber pour fonder f empire mogol qui a duré trois siècles.
' Voir l'admirable livre de M. Seeley, The Expansion of En gland.
PRÊfACE IX
La merveille réelle est ailleurs: elle est dans le gouvernement de t Inde y dans la simplicité étonnante des voies et moyens. Le principe du gouvernement anglais est dans le prestige ; non pas le prestige du décor y la pompe extérieure et orientale y mais dans le prestige de t homme sur [homme, Linde est administrée par deux cents propréteurs y appelés Collecteurs (?« Députés Commissaires * j rfc?/ir les pouvoirs varient considérablement suivant les provinces y mais partout comportent une part suffisante d'arbitraire pour parer à toutes les nécessités de (imprévu. Ces hommes ne sont pas tous des grands hommes ni des génies y loin de là; mais ils ont tous le don impérial y par nature et par tradition; par nature y étant oAnglaiSy cest-à-dire (Tune race qui y en généraly aime mieux donner des ordres qiien recevoir; et par traditiony étant entraînés pour cette tâche spéciale de gouverner un peuple.
Vo4ngleterre a donné à [Inde le bien quelle n avait Jamais connuy la paix. Elle a mis fin à [anarchie permanentCy à [invasion étrangèrCy aux luttes civiles et religieuses; à la guerre de tous contre tous; elle a supprimé [infanticide des filles y elle a éteint le bûcher des veuves. Elle a enrayé la
' Voir page 214.
famine. Elle a couvert llnde Sun admirable réseau de canaux et de chemins de fer.
Tout celay llnde le sait ou le sent. Linde pourtant ri aime pas F cinglais; et cela est Juste ^ parce que toAnglais naime pas tlnde.
Voinglaifiy le Sâb, est redouté, et il est respecté: cest beaucoup et cest peu. VInde le redoute parce quelle le sait fort; une série d expériences écrasantes lui ont appris qu entre elle et son maitre la partie ri est pas égale. Elle le respecte^ parce quelle croit à sa parole. Elle croit peu à la loyauté politique du Serkar^ , mais elle croit à la loyauté et à rhonnêteté personnelle de toAnglais. Quand il a à choisir entre un juge anglais et un juge indigène ^ t indigène n hésite jamais et va droit au juge anglais.
Je ne crois pas quHl soit possible de trouver dans
» Serkar, le gouvernement.