PRÉFACE XI
un gouvernement étranger plus de conscience^ d honnêteté professionnelle^ de désir sincère de faire son devoir et de faire le bien que tien tnontre en général le fonctionnaire anglais dans F Inde. S'il j a eu un temps où des collecteurs avec des appointements Spartiates se retiraient millionnaires y « ayant secoué tarbre aux pagodes y » cest là de t histoire ancienne: et malgré les quelques scandales qui éclatent de temps en temps y il riy a jamais eu dans les provinces romaines y même sous les oAntoninSy tant de pouvoir et de tentations avec si peu d'abus, zMais à ces maîtres honnêtes manque le don suprême y le seul qui fasse pardonner les supériorités écrasantes : la sympaihie. cAu moment de la conquête et jusqiià la grande rébelliony Tabime était moins vaste entre cAnglais et indigènes, La grande rébellion coïncida avec t établissement des lignes de navigation rapide qui bientôt mirent Bombay à seije jours de Londres : le vieil c/fnglo-Indien, celui qui passait toute sa carrière dans F Inde sans Jamais toucher langue avec la terre natale y et qui souvent vivait à f orientale ^ avec son harem indigène y se trouva du même coup rejeté de Flnde et rapproché de T Europe : la race disparut. Voinglo-Indien d'aujourd'hui est un exilé dont tout le rêve est de rentrer aussitôt quil pourra auU, S. Club y qui compte les jours dans I attente des
trois mois de congé auxquels il a droit tous les trois ans y toujours à l'août d'un congé exceptionnel (leave on privilegej et qui y une fois achevée sa tâche journalière de Juge y d'officier y de collecteur y de chapelain y mourrait d'ennui s'il n avait le lawn tennis, le cricket et les courses, V entrer dans le cœur de ces vastes multitudes si douces y si faibles y et prêtes à s ouvrir et à se donner, pour peu quon sût leur parler^ nul riy songe. Ceux de qui on attendrait le plus y les padrés, sont les plus secs et les plus repoussants. Je nai nulle part rencontré en Inde d'intelligence plus dure et plus fermée que celle de ces fonctionnaires bien payés du Christ.
Et cependant Jamais la diffusion de f instruction européenne parmi les couches les plus profondes de rinde na été plus large ni plus rapide. Linde apprend [anglais. La moitié des Journaux indigènes
PRÉFACE Xlli
sont écrits en anglais. Un prophète comme Keshub Chunder Sen^ un poète comme éMiss Toru Vutty un, publiclste comme o^falabari^ auront leur nom dans un chapitre spécial de la littérature anglaise. Chaque année les Universités de "Bombay ^ de Calcutta^ de Lahorey de éMadras jettent dans la circulation des centaines de diplômés^ avec qui Von peut parler dix minutes littérature y philosophie y science y sans trop s'apercevoir quils ne sont pas Européens. zMais plus l Indien s^ européanise y plus tabime se creuse entre les deux raceSy parce que le rapprochement apparent ne fait qu accuser davantage V antipathie de nature y profonde et incurable.
Cette classe nouvelle qui se forme d'Indiens anglisés n est pas et ne peut pas être t élite de la population, éMalgré quelques nobles exceptions qui prouvent quà la longue il pourra se faire un mélange fécond des deux espritSy et quun Indien qui parle anglais n est point nécessairement un homme perdu y la masse qui coristitue cette classe nest pas allée vers la civilisation européenne attirée par une pure curiosité intellectuelle et par le sentiment de sa supériorité : elle y va en quête de places. Tour enirer comme Babou dans une quelconque des places inférieures que toAngleterre ouvre aux indigènes y il faut parler et écrire l anglais et tout ce qui veut
gagner trente roupies par mois au budget de tinde envahit les écoles du gouvernement et les universités. Trois cents candidats pour une place de soixante francs : que pourront faire les deux cent quatre-vingtdix-neuf candidats malheureux^ qui ne savent plus vivre de la vie modeste et sans besoin de leurs pères : mourir de faim, ou grossir les rangs des politiciens, Cest ce quils font. Infatués des connaissances superficielles quils ont prises à f Université; gonflés des formules européennes, déjà si vides en Europe quand f esprit nest pas là pour les remplir; nourris de ces fameuses biographies de Clive et de HastingSy oit leur maître de style, tMacaulajy leur apprend que f empire anglais a été fondé par le mensonge et la violence, ils forment une classe immense de déclassés, qui ressemble étrangement aux nôtres, aussi bruyants, aussi étroits, aussi nuls, quelques-uns même désintéressés, avec cette différence que les formules dont ils se gonflent sont empruntées à une civilisation et à des traditions exotiques, et quily a pour eux un double abime entre la lettre et lesprit.
Cette situation émeut plus d^un esprit parmi les conservateurs quelle afflige , parmi les radicaux