‹ Lettres sur l'Inde; à la frontière afghaneChapitre 47 sur 157 · V. — LES AFGHANS DU YAGHISTAN lOI · texte numérisé non relu

V. — LES AFGHANS DU YAGHISTAN lOI

Il fit cinq kros^^ mes amis; la salive se desséchait dans la bouche de Pirmamai.

Goudjar Khan l'atteignit du bout de sa lance; les côtes de Pirmamai furent transpercées de part en part.

Il fit rouler Pirmamai de cheval à terre : Pirmamai pleurait et suppliait Goudjar Khan,

Pirmamai disait : « O Goudjar Khan ! je suis ton père. J'ai fait cette action par folie, »

Goudjar Khan répondit : « Je le jure, je ne te laisserai pas là. Tu as couvert du rouge de la honte des générations de Pouchtouns*. »

Il tira son épée persane et Tabattit; les os de Pirmamai furent réduits en fine poussière.

Goudjar Khan galopa sur son cheval blanc et disparut : les chairs de Pirmamai furent dévorées aux chacals.

Bourhan ' dit : « Goudjar Khan a fait acte de Pouchtoun. »

Le badal est la vendetta : elle est chez les Afghans ce qu elle est chez les Corses, chez les Albanais, héréditaire et imprescriptible :

Morts sont les pères, mais lesjîls sont vivants,

dit notre Chanson des Lorrains. Sur le territoire

ï Dix milles.

^ D'Afghans. Ses ancêtres et ses descendants,

J Nom du poète, encore vivant ; il m'a lui-même récité son poème à Abbottabad. C'est l'habitude que le poète introduise son nom dans le dernier vers de la pièce.

britannique, la justice fait la guerre au badal^ mais sans succès : c'est là un des crimes pour lesquels nul témoin ne parlera. Il est peu d'Afghans dans la montagne qui n ait un ennemi héréditaire dont il vise la tête ou qui vise la sienne. Il n'est pas rare qu'un sipaye afghan du Yaghistan demande un congé « afin d'aller au pays pour affaire : » c'est qu'il y a là-bas quelque tête de loup qui lui appartient ' .

Le mailmastai est la grande vertu afghane :

c'est l'hospitalité au sens le plus large du mot. L'Afghan doit l'abri et la nourriture à tout voyageur, à tout étranger qui frappe à sa porte. Cest un devoir de la commune aussi bien que de l'individu : la houdjra ou maison commune est l'asile de ceux qui n'en ont pas. Même dans les districts anglais, le maire de village, le malik ou lamhardary perçoit un revenu spécial, le revenu de malba ou d'hospitalité, pour traiter les voyageurs qui passent. Le délit de vagabondage est impossible chez les Afghans. Pauvre ou riche, le devoir est le même pour tous ; le pauvre reçoit en pauvre, le riche reçoit en riche. Il arrive souvent que le pauvre veut recevoir en riche et le

ï Le contingent afghan comprend beaucoup d'hommes d*au delà de la frontière, Afridis, Gadouns, etc.

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