‹ Lettres sur l'Inde; à la frontière afghaneChapitre 6 sur 157 · PRÉFACE XV · texte numérisé non relu

PRÉFACE XV

quelle réjouit. Que deviendra la domination anglaise quand TInde instruite par foingleterre se sera élevée à son niveau : ne sera-t-elle pas tentée de dire y ne commence-t-elle pas à dire l'Inde aux Indiens? Ces craintes et ces espérances me semblent également chimériques, L instruction que toAngleterre donne à ses sujets est trop superficielle et trop vide pour les rendre forts et dangereux. Elle est superficielle et vide^ non par dessein politique ^ mais parce que ï enseignement européen en général ^ anglais en particulier^ est vide et superficiel; seulement y la force morale et l instinct d action suppléent en général chei [Européen aux lacunes du développement Intellectuel. Cette instruction est d'ailleurs la dose exacte que pourrait supporter t intelligence d'un Indien; mais comme il ri y a pas che\ lui le contre-poids du caractère et de î énergie pratique ^ [éducation européenne, a pour tout effet d énerver en lui les énergies et les vertus héréditaires ^ et de créer des ambitions nouvelles sans la for ce qui les justifie ou les satisfait. Leurs confrères S Europe y nos agitateurs de club et de presse y sont dangereux parce quil y a en eux une force d'appétit qui s'ajoute au détraquement cérébral^ et nous sommes forcés de compter avec euxy parce que nous savons qu'ils peuvent ^ au premier instant , laisser la plume pour le fusil et passer du club à la

LETTAtS SUR L INDE

barricade, oivec [Indien rien de pareil à craindre. La classe des politiciens se recrute surtout parmi les "BengaliSy dont la timidité est proverbiale.

L'Inde nouvelle ne sortira pas des Universités indiennes. Le danger est ailleurs : il consiste dans la création d'une classe intermédiaire^ moralement inférieure et aux sujets et aux maîtres et qui sera maitresse de ll/ide par l'ignorance et l insouciance des maîtres. L avenir que prépare le mouvement moderne^ cest [exploitation de [Inde par le "Babouy sous la protection de [zAngleterre.

Un fait qui montre combien [action éducatrice de [^Angleterre est superficielle et ri a pas touché ta fibre morale., cest que le mouvement quelle a produit est tout politique^ nullement social, 'Beaucoup de politiciens et point de réformateurs. L*Inde nouvelle

PRÉFACE XVIi

demande un parlement indien y elle demande t accès aux hautes fonctions du Civil Service, toutes réformes qui intéressent une petite clique ou une petite élite y comme vous voudrei^ et lui livreraient pieds et poings liés les grandes masses muettes. Il y a des réformes plus profondes et d'un intérêt plus général, mais moins attractives, car elles ne promettent à ceux qui les prêchent que la haine des masses, la calomnie, r insulte, et quelque Jour le martyre. Ce sont les réformes sociales; cest entre autres T abolition de ces deux coutumes monstrueuses qui sont la plaie et la honte de F Inde : les mariages d'enfants et le veuvage éternel des veuves. Le gouvernement anglais a aboli la suctee ', mais la sutcee était une délivrance y comparée au sort de la veuve qui survit. Le malheur de la veuve lui devient crime et honte; les cheveux rasés, toujours en deuil, condamnée à des jeûnes sans fin, souffre-douleur et jouet de la famille, crainte et évitée de tous — car elle a le mauvais œil, — incapable de retrouver dans une autre union F appui quelle a perdu, elle na de recours que dans le suicide ou la prostitution. Souvent cet enfer commence avec la vie et elle est veuve au berceau : les familles indoues marient leurs enfants à quatre ans, à trois ans, et si ïun des

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époux fictifs meurt avant le mariage réel y la petite veuve appartiendra à tout jamais à l ombre de ce mort quelle na Jamais connu. Il j a dans F Inde cinq millions de ces malheureuses qui se demandent y comme la fille de toArabe avant Sfahomet^ « pour quel crime elles ont été enterrées vivantes, » Un homme ^ un apôtre, zMalabariy s est levé contre cette horreur séculaire : seul, pauvre et malade y il a entrepris la lutte contre légoïsme et la superstition de toute une race, et a porté d'un bout de tinde à l'autre la protestation indignée de la conscience et de la pitié: pas un politicien ne s est joint à lui; le supplice de cinq millions de femmes ^ qu importe? La femme ri est-elle pas faite pour le plaisir de thomme? Et les gens modérés ont dit: « tN^ touche^ pas à la famille! » Et les gens profonds ont dit : ce C/^e tarisse^ pas les sources du sacrifice » ; et avec tout son anglais y toute sa presse y tous ses faiseurs de constitutions radicales, rinde nouvelle reste enfoncée aussi profondément que r ancienne dans l'apothéose de f animalité mâle.

Le gouvernement est impuissant : il est lié par le respect Juré des coutumes et de la religion nationales et se soucie peu d'ailleurs de mettre le doigt dans ce guêpier. La suctee et ïinfanticide des filles tombaient sous la qualification de meurtre et par suite sous les coups du code: le meurtre lent ri y tombe pas.

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