‹ Lettres sur l'Inde; à la frontière afghaneChapitre 56 sur 157 · VI. — LE COBLENTZ MUSULMAN I I · texte numérisé non relu

VI. — LE COBLENTZ MUSULMAN I I

logien et un orthodoxe, non pas un homme d action et un réformateur; il aimait peu le politique et haïssait le Wahabite. Séid Ahmed était alors tout puissant : Abdoul Ghafar fut forcé de s'enfuir et se réfugia dans le pays de Svat, à Sédou; sa réputation de sainteté l'y avait précédé et il devint lé Pape du pays; quand le « Maître de Svat», le Sahib Svat, avait parlé, il n'y avait plus à discuter.

Durant les vingt années qui suivirent la mort de Séid Ahmed, le prestige du Sahib Svat ne fît que grandir : il était l'autorité suprême pour tout rislam du Nord et de l'Asie centrale. A Sédou, il recevait des milliers de visiteurs, qui venaient de tous les coins du monde musulman prendre ses oracles et demander sa bénédiction. Ses fetvas sur les cérémonies religieuses et les observances séculaires faisaient loi et font encore loi chez tous les Sunnis du Nord-Ouest : le tabac est le seul pouvoir contre lequel ait échoué leur autorité. C était plus qu'un grand fakir, c'était un GhauSy c'est-à-dire un de ces saints merveilleux que, d'âge en âge, le ciel envoie à la terre, pour lui rappeler qu'il veille toujours sur elle.

Si détaché qu'il fût de la politique militante, le Sahib de Svat ne put voir sans inquiétude les Anglais devenir les voisins de Svat. 11 engagea

les Svacis à nommer un chef, un roi, à qui ils payeraient la dîme de leur moisson pour entretenir un corps d'armée défensif. Il fit nommer Séid Akbar, frère de Séid Omar, de celui-là même qui avait appelé à Sitana les Hindoustanis fugitifs. C'était un pas en avant vers la politique daction et une avance aux Hindoustanis. Si Séid Akbar avait encore été là au moment de la grande rébellion, la position des Anglais devenait critique; mais, par un de ces coups merveilleux de bonne fortune dont les Anglais ont été coutumiers fiqhaljy il mourut le 1 1 mai iSfv, le jour même où éclatait la rébellion. La mort du Séid Akbar fut le signal de la guerre civile : le fils d'Akbar, Mobarak Chah, réclamait son héritage; mais les Svatis étaient déjà las de la dime et de la royauté: Sur ces entrefaites arrivèrent cinq cents cipayes, déserteurs de larmée anglaise : Mobarak Chah les prit à son service; mais après la première bataille, ils demandèrent mille roupies de solde, ce qui rompit la bonne intelligence. Le Sahib de Svat, tranquillisé pour l'instant du côté des Anglais, sa rallia au parti populaire; le roi Mobarak fut chassé, et les cipayes congédiés allèrent périr de faim et de misère dans les ravins et les montagnes. C'était un grand coup porté indirectement aux intransigeants de Sitana; un coup plus

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