‹ Lettres sur l'Inde; à la frontière afghaneChapitre 63 sur 157 · VII. — LES AFGHANS DE LA REINE I4I · texte numérisé non relu

VII. — LES AFGHANS DE LA REINE I4I

passer, comme vous le savez, tous les officiers et fonctionnaires de la frontière. Mais voici cinq heures qui sonnent; il est grand temps de se rendre à la prière du soir, le namâii châm^ ou le mâkhârriy comme nous prononçons, nous autres Afghans. Que dira-t-on à la mosquée si Tila Mohammed est en retard? Un ancien fonctionnaire du gouvernement est tenu plus que tout autre à ses devoirs envers Dieu. Mais il me promet de revenir me voir, car il a une brochure à m offrir, une brochure en langue anglaise où il expose des vues très neuves : il in en apportera cinq exemplaires pour les distribuer parmi le peuple français.

Le paysan ne laboure plus avec le fusil en bandoulière et ne quitte plus la charrue pour courir à son village au bruit du tambour d'alarme : il vend ses armes aux tribus du "Border, car il n en a plus besoin pour lui-même, et les armes se vendent toujours bien là-bas. De nombreux

émigrants du Border viennent chercher sur le territoire anglais la sécurité qu'ils ne trouvent point dans leur pays. Une chose nouvelle a fait son apparition d^ns le pays afghan^ une chose plus étrange que le railway même : la justice, la loi. Les villageois qui, autrefois, réglaient entre eux leurs querelles d'après les prescriptions du code d'honneur afghan ', vont maintenant en justicie :

Car les Sahibs ont la même loi et pour le faible et pour le fort. Ils exercent à la perfection et la justice et l'équité et ne font pas différence dans un procès entre le fort et le faible.

L'homme d'honneur, ils le traitent avec honneur, et ne couvrent point le bandit, le coquin, le joueur. Ils exercent la royauté comme il convient à des rois et se font payer le tribut par radjahs et nawabs*.

(( Cependant, dit un des hommes qui ont le mieux connu les Afghans et qui ont le plus contribué à ces changements, quoique sous notre règle la vie et la propriété soient sans aucun doute mieux assurées et que la justice soit accessible à tous, je crois que la masse du peuple aimerait mieux revenir à la barbarie et à l'anarchie d'autrefois 5 . » S'il n'y a plus de guerre de

» Voir la troisième lettre.

2 Chanson de Mahmoud, î Gaieiteer of tbe Peshawar district, 1883-1884.

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