VIII. LA COUPE DE DJEMCHID
La caserne des djeiaîlchis est en face du fort. Le malik est dans son durbary assis à quatre genoux^ comme on dit là-bas^ c est-à-dire à la tailleuse^ avec un tas de paperasses devant lui et quatre ou cinq katibs\ la plume en main^ autour de lui 5 cest un gros homme obèse et qui ressemble plus à un pacha turc ou à un négociant Borah qu'à un prince des Afridis. Je lui présente la lettre de l'agent politique; un ami Parsi, qui m'a accompagné, le jeune Péchotanji Mihirjirana, qye vous connaissez déjà^, lui explique l'objet de ma visite et lui fait l'énumération de toutes les langues que je suis supposé connaître; le malik m'examine longuement avec attention, puis dit avec gravité : « Il a l'air très savant. » Cette constatation faite, il appelle un de ses lieutenants
» Katih, scribe, greffier.
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et nous partons, le Pir^ le Parsi et moi, escortés de huit alguazils.
Nous arrivons au fameux ralab : c'est un bassin carré dont on ne voit pas le fond, que hérisse une splendide moisson de blé : au miheu s'élève une plateforme carrée. — « Djezailchi, qu'est-ce que c'est que ce talab ? — C'est le talab -àQ Djemchid, Sâb. — Qu'est-ce que c'était que Djemchid? — C'était un roi, Sâb. — Quand vivait-il? — Je ne sais pas, Sâb. Mais voici le sifid rich du village, Nik Mohammed, qui est un grand savant. » Je m'approche du sifid rich *, qui m'apprend que le talab a été creusé exactement cinq siècles avant Mahomet; la chose est certaine, car on a trouvé au fond un couteau de fer qui portait une inscription de Djemchid, ainsi conçue : « Ce talab a été creusé par moi, Djemchid, cinq cents ans avant l'Hégire. » J'admire cette version imprévue du fameux « nous autres hommes du moyen âge. » « Vous avez vu vous-même ce couteau?
— Oui, Sâb. — Où est-il? — Chez Sékelgar qui Ta découvert. — Où demeure Sékelgar? — Il demeurait à Péchawer, mais à présent il est mort. — Qu'est devenu le couteau ? — Dieu le sait. »
I Sifid rich, barbe blanche, le Nestor du village.