‹ Lettres sur l'Inde; à la frontière afghaneChapitre 72 sur 157 · VIII. LA COUPE DE DJEMCHJD l6f · texte numérisé non relu

VIII. LA COUPE DE DJEMCHJD l6f

Je quitte le sifid richy en regrettant ma mauvaise chance : quelle gloire pour la science française, si j'avais rapporté au Louvre le couteau de cuisine de Djemchid! Du coup, j'égalais presque l'archéologue qui rapportait naguère en Angleterre la bibliothèque de Noé, que ce patriarche prévoyant avait enfouie, comme on sait, à Sippara, à la veille du déluge. Quant à la coupe, ni homme ni Dieu ne put me dire ce qu'elle était devenue. Le Pir pense que si on pouvait faire des fouilles dans le ralabj on la retrouverait sans peine; mais on ne peut pas, puisqu'on y plante du blé. — Et je vis Djemchid se lever de son trône d or, sur le pilier central du lac aux eaux pures : il tenait en main la coupe précieuse, où tant de fois il avait puisé le breuvage de science. Mais le sifflement du Serpent et de son armée sort de la passe noirâtre ; le roi se retourne, il voit la fumée du dragon qui monte au ciel, il jette un dernier regard sur la coupe où le soleil miroite, et la lance, en fermant les yeux, dans les eaux :

// était un roi de Thulé...

Elle n'a pas été retrouvée, la coupe de Djemchid, non plus que la coupe du roi de Thulé, et

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c'est pour cela qu'il n'y a plus parmi les hommes ni science ni amour.

Le talab esc à gauche de la route; à droite sont quelques dalles, débris de quelque vieil édifice, peut-être d'un de ces palais hindous qui aiment toujours à se baigner dans un étang sacré. C'était, me dit le sifid rich, la maison de bain de Djemchid, son hammam. Cependant, en homme consciencieux et qui a le sentiment de la critique scientifique, il observe que la chose n'est point certaine et que rien ne prouve que le hammam ait été construit en même temps que le talab; vous comprenez, on n'a pas trouvé de couteau.

Au delà du talab^ sur la colline noire, se détache un village rouge, le Surkhai, Cette maison que vous voyez là-haut est célèbre dans tout le pays; car c'est de là que, le 30 août 1837, à la bataille de Djemroud, Mohammed Khan, arbab du clan des Khalil, tira le fameux coup de fusil qui abattit Hari Singh, la terreur des Afghans, Hari Singh que Rundjet pleura si longtemps".

Le bienheureux fusil est gardé comme une relique dans la famille de larbab, au village de Teh-Kal.

^ Voir plushautj page 134.

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