VIII. — LA COUPE DE DJEMCHID lÔÇ
contient les cendres de Hari Singh : un sadhou^, nommé Fatteh Singh, entretient la tombe du vieux chef^ il reçoit pour cela du gouvernement anglais trente roupies : il est là depuis dix-huit ans, seul avec les mouches, avec l'ombre de Hari Singh et avec le livre saint, YcAdi Granth^ qui repose sur une sorte de prie-Dieu, enveloppé d'autant de mouchoirs de soie que jamais Mascarille eut de gilets. Pour faire honneur aux touristes, le sadhou développe le livre et récite quelques vers en agitant le chasse-mouches en plume de paon^, afin d'empêcher les mouches d'importuner le livre sacré, qui est vivant.
La légende est un fleuve qui jamais ne tarit. Un sergent anglais, fier de montrer sa connaissance des choses du pays, me dit : « Non, le fort na pas été construit par Hari Singh, mais par un autre Sikh célèbre, nommé Djemroud, du temps où les Sikhs dominaient tout le Pendjab. »
C'est demain départ de caravane : nous rencontrons les anneaux de la chaîne qui se rejoignent au caravansérail de Djemroud, où Ion passera la nuit, pour partir le lendemain avant le
< Sadhou y religieux sikh.
* Le mor.
jour. Çà et là passe un chameau avec toute une famille, et les petites filles portent aux tresses de leur chevelure des moukours^ dor qui pendillent sur leur front. Un périt garçon, malade, pâle comme la mort, passe solitaire, solidement attaché sur la bosse d'un chameau qui connaît bien le chemin de Caboul, car il marche seul et sans guide": lenfant dort, les cheveux rabattus sur son front blême et, à la marche saccadée de l'animal, sa pauvre petite tête oscille effroyablement de droite à gauche, comme une chose mal attachée.
Près du borj^ de Hari Singh, des amas de pierres, avec des haillons de drapeaux aux arbustes. C'est la liârat des Sharmakh, c'est-à-dire « la liârat des loups », médit le Pir. Deux frères, voyageant dans le pays, furent assassinés là par les Afridis : tous les vendredis, les loups y viennent le soir en pèlerinage et on les entend hurler leurs prières. Un petit garçon, fils du gardien de la lidraty qui vient près de nous, me répète la même histoire. « As-tu vu toi-même les loups? — Non, Sâb; mais mon père les a vus. — Appelle ton père. — Mon père est absent et ne
I Mouhours, pièces de monnaie d'or, portées en parure i * Borj, tour, fort.