VIII. — LA COUPE DE DJEMCHID I7I
reviendra que demain. » En ce moment, deux Afridis s'approchent et font leurs dévotions à la liârat. Le Pir a raison, les loups viennent ici en pèlerinage, mais ce n'est pas seulement le vendredi.
Nous avons les faiseuses d'anges ; les Afghans ont les faiseurs de saines. Il est très utile pour un village d'avoir une tombe de martyr 5 le martyr vous attire la bénédiction du ciel, les pluies, etc., sans compter les pèlerins qui sont toujours d'un bon revenu pour les fakirs et pour les voleurs. Or, la confection d'un martyr^ d'un chahid, est beaucoup plus facile chez les Musulmans que chez nous autres. Le martyr à la façon d'Occident est assez rare en pays d'Islam, depuis que les Croisades ont pris fin : est dit martyr tout fidèle qui est tué en combattant contre les chrétiens ou les idolâtres, ou bien tout fidèle mis à mort innocemment. Il sufiît d'être assassiné pour être un martyr, faire des miracles et recevoir les prières et les vœux de l'Afridi qui passe. Il y a quelques années, les Afridis assassinèrent un saint homme qui vivait parmi eux, afin de s'assurer la possession de sa tombe : lui, devenait du coup ckahidy valiy bouiourg et tout le monde y gagnait.
A quelques pas de la liârat des loups, s'élèvent
lyi LETTRES SUR L INDE
trois tumulus, débris du bouddhisme. Le pauvre Lœwenthal fie là jadis des fouilles heureuses^ y découvrit des idoles bouddhiques et de ces monnaies indo-grecques et indo-scythiques que les fîdèlesaimaient à entasser dans les ^r^i/^a^. Toutes les fois qu'il y a averse aux environs de Péchawer, le bazar est le lendemain inondé de ces monnaies d'argent et de cuivre vieilles de vingt siècles^ auxquelles les marchands mêlent innocemment de belles monnaies d'or au coin des mêmes rois, qui datent de la seconde moitié du dix-neuvième siècle.
Au pied d'un de ces tumulus, un fakir s'est creusé une sorte de tombe à demi couverte, où dormir plus au frais, maintenant et plus tard. Il répète d'autres formules que le bhikchou des temps jadis : la vue d'un bout ' le mettra hors de lui et le plus beau Bouddha du monde ne lui passera pas entre les mains sans y laisser au moins le nez et les oreilles; et pourtant, je crois qu'en dépit de tout le Maître l'eût volontiers reconnu pour sien, car ils ont compris la vie de la même façon : mendier, prier, rêver, dormir. Quelque fidèle charitable a planté pour le fakir, auprès de sa tombe, deux figuiers.
I Bhikchou, mendiant bouddhiste; bout, idole (corruption du mot Bouddha). '