‹ Lettres sur l'Inde; à la frontière afghaneChapitre 98 sur 157 · XI. ABBOTTABAD ET LA VIE DE GARNISON · texte numérisé non relu

XI. ABBOTTABAD ET LA VIE DE GARNISON

quatre races et trois religions'. Ce composé, abandonné à lui-même, ferait une cohue anarchique : Tétat-major anglais lui donne une tête et en fait un corps. Les régiments Gourkhas seuls sont homogènes.

Les Gourkhas, comme ou sait, sont la caste guerrière du Népal. Dans Tinvasion anglaise de 1816 ils résistèrent avec tant de bravoure, que les Anglais se dirent qu'il valait mieux prendre à leur service ces soldats incomparables que de se faire écharper par eux. Il fut stipulé dans !e traité de paix que le Râja du Népal permettrait à ses sujets de prendre service dans l'armée anglaise. Chaque année les officiers recruteurs se rendent à Bharaitch, sur la frontière du Népal — car rentrée du Népal leur est fermée 5 — les candidats viennent se présenter en masse et le recrutement fait son choix. Une fois enrôlé, le Gourkha n'a plus qu'unç patrie, le drapeau 5 il appartient à ses chefs, corps et âme : car il est étranger dans l'Inde, autant que l'Anglais, et son isolement assure sa fidélité. Il est étranger de race, car il est d'origine Mongoloïde ; de religion, il appartient nominalement au Brahmanisme, mais c'est un Brahmanisme bien imparfait, qui

» Sikhs, Musulmans (Afghans et Pendjabis), Hindous (les Dogras ; les Dogras sont une caste guerrière du Nord-Ouest qui a fourni au Cachemire sa dynastie présente).

scandalise singulièrement ses coreligionnaires hindous et leur rappelle trop bien qu'il n'a renoncé que depuis peu au Lamaïsme et à ses impuretés. Le Gourkha fume comme un Anglais; il mange du buffle et du porc; il fait ses ablutions en deux minutes, avec de l'eau plein le creux de la main. Il a un profond dédain pour les gens de l'Inde et ne fraie qu'avec Tom Atkins. Petit, trapu, avec les paumettes saillantes, les yeux à fleur de tête, le nez plat du Mogol, le regard bête et bon enfant, toujours prêt à saluer le Sahib qui passe, on ne se douterait jamais, à le voir marcher en se balançant lourdement comme un paysan breton mal dégrossi, que c'est le tueur le plus effrayant de l'Inde et que, une fois lancé dans la bataille^ le kirki à la main, la voix de lofficieretle clairon de la retraite seront impuissants à l'arracher à la besogne sanglante.

Les Sikhs sont de toujt autres hommes ; grands, forts, crinière de lion, fiers et calmes. Ce ne sont pas des bêtes fauves comme les Gourkhas; mais ils sont nés soldats. Ils se font tuer sur leurs pièces en silence et sans reculer d'un pas. Ils savent agir par masse ; ils ont l'esprit de la phalange. Dans la conquête de l'Inde ce sont les seuls adversaires qui n'aient point lâché pied devant les Anglais, et il fallut pour les dompter la trahison de Tej Sinh, le Bazaine Sikh. Les

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