‹ Lettres sur l'Islande, et poésiesChapitre 108 sur 145 · DÉPART · texte numérisé non relu

DÉPART

0 mes rêves heureux, mes rêves de voyage, Dans mon cœur oppressé reprenez votre essor; Allez, eniporlez-nioi vers les vastes parages Que j'ai quittés trop tôt, que je veux voir encor.

Mes aniis ont souvent blâné ma vie errante; Pourquoi donc, m'oui-iis dit, vous si'-parer de nous? Pourquoi chercher ailleurs, dans votre âme souffrante, Le bonheur que le ciel a mis auprès de vous?

Ah! j'aime leur conseil et j'ai voulu le suivre. J'ai voulu dans le port abriter mon bateau, M'affranchir à jamais du charme qui m'enivre, Trouver un derniei gîte auprès de mon berceau.

Mais dans lèvent du soir qui traverse la plaine. Dans le soupir de l'onde et le chant de l'oiseau, Quand je suis seul , j'entends une voix de sirène Qui m'appelle toujours vers un monde nouveau.

Viens, oh! viens, me dit-elle La plage est si riante et la mer est si belle! Le flot léger sourit à la clarté du jour. La brise molleniont balance la nacelle, Et le marin joyeux chante son chant d'amour.

Viens le long des collines, Au pied des vieux châteaux et des tours en ruines. Chercher les souvenirs d'un temps presque effacé. Les contes du hameau, les sagas enfantines, Expresi>ion du peuple, image du passé.

Viens sur une autre terre Etudier l'accent d'une langue étrangère, Contempler les contours d'un horizon lointain, El goûter la saveur d'une amitié de frère Éclose doucement le long de ton chemin.

Regarde : tout voyage.

Tout erre à chaque instant de rivage en rivage , Le fleuve aux flots bruyants, l'hirondelle des mers, La lumière et la nuit, l'arc en ciel et l'orage. Les plantes que le vent disperse dans les airs.

C'est la nature même Qui l'ordonne et le veut , qui chaque jour resème Les germes de la vie au milieu de la mort. Qui mêle incessamment, par une loi suprême. Les habitants du sud aux habitants du nord.

Et j'écoute , et mon cœur et mes sens s'abandonnent A cette voix puissante, à son magique appel, Et le vague désir dont mes amis s'élonnent Me semble quelquefois un arrêt solennel.

Oh! voir, voir jeune encore et l'espace et le monde, Voir au nord , au midi, sous les divers climats, Le sol aride et dur que le labeur féconde. Et le destin que l'homme accomplit ici-bas ;

C'est le rêve enchanté qui m'agite et m'enflamme , C'est l'étude sans fin qui jette en chaque lieu La clarté dans l'esprit , l'émotion dans l'âme, Nous instruit, nous élève , et nous ramène à Dieu.

Paris, 1841.

poi'SiES. 403

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