‹ Lettres sur l'Islande, et poésiesChapitre 117 sur 145 · AU SPITZBERG · texte numérisé non relu

AU SPITZBERG

A. mon ami J. FOBKiAIVT.

Depuis que la nature et ses grandes images Éveillèrent en moi les désirs de voyages, Que dédaignant la paix du nid de mon vallon , J'ai, comme un pauvre oiseau lassé de sa bruyère. Erré de par le monde, en cherchant la lumière D'un autre ciel moins pur et d'un autre horizon,

J'ai vu depuis ce temps d'étranges paysages, Terre aride , rocs nus , sombres et froids rivages , J'ai vu les flots brumeux des grandes mors du Nord, Les montagnes de Suède et celles de Norvège, Les forêts de sapins sous leur manteau de neige. Les plaines sans verdure et les côtes sans port.

J'ai vu la Laponie et ses tentes nomades , Les fleuves de Finlande où grondent les cascades, L'Islande et ses volcans , sa lave , son Geyser, Mais jamais sur ma route et jamais dans mes rêve» Rien ne m'est apparu de si grand que tes grèves , Et rien de si terrible , ô terre du Spitzberg !

Salut à vous , salut, vastes plateaux de glace , Obélisques de roc entassés dans l'espace , Sol inculte où tout porte une empreinte de deuil , Rives où l'on ne voit que l'oiseau de l'orage , Où le pauvre pécheur n'a marqué son passage Qu'en creusant une fosse , en clouant un cercueil.

Salut , ô profondeur de l'Océan polaire , Abîme désolant aux heures de colère , Miroir d'azur sans tache aux heures de repos! Salut, écueils battus par les vagues d'écume , Plaines, rochers , ravins enveloppés de brume , Masse obscure et confuse , image du chaos !

Sur les pics de granit, au bruit de la rafale, Aux rayons incertains d'un soleil froid et pâle, J'aime à m'en aller seul , j'aime à voir les glaciers Avec leurs pics aigus , leurs voûtes solennelles , Les tombes du vallon , les neiges éternelles , Et les flols de la mer étendus à mes pieds.

L'œuvre humaine en ces lieux n'a point laissé de trace , Dieu seul les a marqués d'un sceau que rien n'efface , Du sceau de sa puissance et de sa majesté. Au sein de ce désert , à l'aspect de cette onde, L'ànie, loin des vains bruits, des vains pensers du monde, S'élance dans le temps et dans l'immensilé.

Août 1839.

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