EN AMÉRIQUE
Ami, j'ai voulu voir, j'ai vu les lieux lointains, Qui longtemps ont séduit mes vagabonds instincts. J'ai dans le nouveau monde en ma course nomade Passé par les déserts aux larges horizons, Par les riches cités, par les fleuves profonds. Rêvé près des grands lacs et des grandes cascades.
Du golfe Saint-Laurent au Rio de la Plata, Des remparts de Québec à la morne Pampa J'ai suivi le contour des flancs de l'Amérique, Sous les bois de sapins et de chênes altiers, Sous les panaches verts des cimes de palmiers. Sous le ciel froid du nord et les feux des tropique».
Ici, l'humble bateau du pêcheur canadien, Ou le canot d'écorce, arrondi par l'indien. Là , le hardi wagon qui bondit et s'élance De la forêt sauvage à travers les llanos. Le doux char havanais, le cheval des gauchos M'ont tour à tour porté de distance en distance.
Que d'imposants tableaux au sein de ces cités!
Sur ces lacs, sur ces mers, dans ces immensités.
Que de types humains, de races différentes.
Au comptoir du marchand, aux fermes du vallon,
Dans la case du nègre et l'enclos du colon,
Sous les ranchos en chaume et la toile des tentes !
fOKSiES- 455
Espagnols et ft-ançais d'un âge glorieux, Indiens rôdant autour du sol de leurs aïeux, Noirs d'Afrique achetés sur leurs plages cruelles, Honnêtes alsaciens, anglais spéculateurs, IUuv*«s bons allemands, ouvriers, laboureurs. Fils de la vieille Europe aux étroites mamelles.
Etrange est cet aspect, splendides sont ces lieux Où les américains ardents, industrieux Portent de tous côtés leur fructueuse audace, Abattant les forêts, défrichant le terrain. Domptant le cours des eaux et lançant à grand train Leurs bateaux à vapeur, leurs railways dans l'espace.
Oui, l'on se plaît à voir la fière humanité Créer cet autre empire à son activité, Mais cet empire, ami, ce n'est pas notre France, La France, cher pays, le plus beau, le meilleur, Que l'on ne quitte point sans y laisser son cœur Avec ses souvenirs, avec ses espérances.
Reste, reste au foyer où fleurit ton bonheur, Où les dieux t'ont donné dans leur rare faveur Les biens de la fortune et les trésors de l'âme, Le domaine natal qui sourit aux regards, L'intelligent travail, l'amour des vers, des arts Et la vie k passer près d'une noble femme.
Oh! reste et piaias celui qu'un inquiet besoin, La soif de l'inconnu portent toujours plus loin. Qui sait combien de fois sur la terre fleurie Dont il avait rêvé d'avance la splendeur, Assis au bord des flots, solitaire, rêveur, 11 murmure en pleurant le nom de sa pati-ie.
4Dt) POÉSIES.