‹ Lettres sur l'Islande, et poésiesChapitre 47 sur 145 · I. Monnaie ancienne du pays · texte numérisé non relu

I. Monnaie ancienne du pays

C'est là qu'on édita les recueils judiciaires de l'Althing, et un grand nombre de livres fort utiles. Aujourd'hui il n'y a plus en Islande qu'une seule imprimerie. Elle appartient au gouvernement qui l'afferme au propriétaire de /'ancien cloître de Vidœ pour deux cents écus par an. On y imprime des livres d'éducation et des livres de prières, quelques recueils de poésie, et les sagas versifiées que les étudiants islandais publient sous le titre de Rimiir. L'imprimeur emploie trois ou quatre ouvriers et des commissionnaires distribuent ses livres dans toutes les parties de l'Islande.

La bibliothèque de Reykiavik fut fondée en 1821 par les soins de M. Rafn, professeur à Copenhague. Elle appartient à toute l'Islande, car toute l'Islande a contribué à la former, à l'enrichir. Le gouvernement danois ouvrit une souscription, et les particuliers donnèrent des livres et de l'argent. Chaque année encore, le paysan, le prêtre, le marchand, apportent leur tribut volontaire à cette bibliothèque, et chaque année le gouvernement lui envoie les meilleurs livres imprimés à Copenhague. Aujourd'hui elle compte près de 8,000 volumes, composés de classiques anciens li d'ouvrages étrangers. Lo

but des fomJateurs est de la rendre aussi popu laire que possible, et surtout d'y former une collection complète de tous les ouvrages ayant rapport à l'Islande. Le lieu qu'elle occupe n'est pas disposé de manière à ce qu'on puisse y venir lire ; mais chaque semaine elle est ouverte à jour fixe, et l'on prête des livres aux habitants des districts les plus éloignés, pour plusieurs mois et quelquefois pour un an. Ainsi quand l'Islandais des montagnes du nord vient à Reykiavik, la bibliothèque populaire s'ouvre pour lui ; il y dépose son offrande, et il prend les livres qu'il veut étudier. Si cette coutume présente un résultat fâcheux, celui de priver pendant un assez long espace de temps la bibliothèque ue plusieurs ouvrages essentiels, elle offre l'avantage immense de faire circuler dans les familles une foule de bons livres qu'elles ne pourraient se procurer, de répandre comme une source abondante la vie intellectuelle dans toutes les artères de cette lointaine population. La société littéraire d'Islande date de 1816. Elle se divise en deux branches, celle de Copenhague et celle de Reykiavik. Son but est de propager en Islande le goût de la littérature, et de faire imprimer dans la langue du pays les livres

R3 LETTRES Sril L'ISÎ ANÎîi: .

les plus utiles. Le nombre de ses membres n'est point limité. En même temps qu'elle cherche à s'attacher par un lien de confraternité littéraire les savants étrangers, elle enveloppe dans son vaste réseau toute l'Islande intellectuelle. A part 600 francs qu'elle reçoit chaque année du gouvernement danois, cette société n'a pas d'autre ressource que la cotisation à laquelle se soumettent ses membres, et avec ce revenu précaire, et le produit de ses publications, elle a fait paraître plusieurs ouvrages populaires ', et contribué à la confection d'une carte générale de l'Islande.

Outre ces livres excellents d'histoire, de géographie, que la socif^té répand dans chaque district, elle publie encore tous les mois un journal. C'est une simple feuille in-IS, qui a pour titre Courrier du Midi (Slnnann Posturinn), une feuille créée exprès pour le peuple, écrite pour le peuple. Il n'y a là ni discussions politiques, ni querelles littéraires. Le paysan d'Islande, tout occupé de sa ferme, de sa pêche, est encore étranger à ces graves débats qui agitent

I. Je citerai, entre aulros, la Sfurliinga saria, l \o\. in- ;"; les Annales d'Islande, 3 vol. in- i" ; les poésies de rirœndal, Olafssen, etc.

l.liTJU!;^ S! Il I.'lSIANDK. S:^

si tort nos salons. Seulement le Courrier du Midi lui dit de temps à autre ce qui se passe en Europe, s'il y a une révolution, une guerre, un désastre, et cela lui suffit. Le plus souvent, on l'entretient de lui-même, on lui donne des conseils d'hygiène, d'agriculture, d'économie domestique. Puis un rédacteur lui annonce les découvertes les plus utiles; un autre lui communique ses observations astronomiques, et de temps en temps un troisième chante sur le mètre des au'jiens scaldes le bonheur et les vertus de l'Islande moderne. Le paysan est enchanté de voir tant de science et de sagesse réunies dans une si petite feuille, et chaque mois il l'attend avec impatience; aussi \e Courrier du Midi compte-il sur une population de cinquante mille habitants, onze cents abonnés *.

Une société de jeunes gens instruits et zélés a fondé, sous le titre de Fiolnir ^, un journal qui s'écarte dédaigneusement des routes paisibles frayées par le Courrier du Midi. Il y a là, en

1. On pourrait citer beaucoup d'autres exemples de cet amour des Islandais pour la lecture. Les sagas rimées de Vidœ sont toujours imprimées en très-grand nombre, ei la douzième édition du recueil de sermons de Vidalin s'est vendue, il n'y a pas longtemps, à trois mille exemplaires.

Page 1