L'un des noms habituels d'Odiu
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littérature, un souffle romantique venu des côtes de France; en politique, un vague retentissement de nos éternelles discussions et de nos passions orageuses, qui étonnent fort, et quelquefois effraient sérieusement l'esprit pacifique des Islandais. Le premier numéro du Fiolnir renfermait un fragment des Paroles d'un croyant. L'humble prêtre qui avait traduit ce livre dans la langue des scaldes m'en parlait comme d'une étrange fiction.
Le journal de la jeune école islandaise parait chaque année. Il est écrit avec chaleur si ce n'est avec habi'eté, et imprimé avec luxe.
II y avait autrefois, comme je l'ai déjà dit, deux écoles latines en Islande. Toutes deux furent d'abord réunies à Reykiavik, et en 1806 l'école de Reykiavik fut transportée à Besesstad. Ce qu'on nomme Besesstad n'est autre chose qu'une église et une ferme. Il y a là quarante élèves. Il ne peut y en avoir plus, faute de place. Encore couchent-ils deux à deux, ou plutôt quatre à quatre, dans une espèce d'armoire à double compartiment qui chaque soir se ferme hermétiquement sur eux, et dont l'aspect seul fait frémir. Si l'on a pris à tâche de leur donner de bons maîtres, et de leur enseigner beau-
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coup de choscb en peu de temps, on s'est trèspeu occupé de leur bien être matériel. Leur existence est livrée à un économe qui, pour un prix déterminé *, se charge de les nourrir et de leur donner des souliers pendant huit mois de l'année ^. Celui qui exerce maintenant cette espèce de monopole est, il est vrai, un homme dont la probité présente de grandes garanties; mais il a depuis longtemps le désir d'abdiquer ses fonctions, et quand il sera remplacé, à quelle triste spéculation les élèves ne seront-ils pas exposés !
L'école s'ouvre au 1 " octobre et se ferme au \^^ juin. Les élèves ont huit heures de leçon par jour. Ils étudient l'hébreu, le grec, le latin, le danois, l'histoire, la géographie, l'arithmétique, et, dès leur entrée à l'école, la théologie, car Besesstad est avant tout une école ecclésiastique, une espèce de séminaire; et de cette contraction forcée de divers genres d'étude résulte un grand inconvénient. Ceux qui deviennent
4. 40 spccies (environ 240 francs) pour chacun. Le gouvernement danois paie pour vingt élèves.
2. 11 faut remarquer que le soulier islandais n'est autre chose qu'un carré de peau de phoque ou de peau de mouton roployé en deux, et soutenu sur le pied avec des courroies. Lao jolie paire d* souliers coàte 30 centimes.
prêtres, en sortant de là, sont loin d'avoir acquis les connaissances qui leur seraient nécessaires. Ceux qui suivent une autre carrière ont passé de longues heures à recueillir des notions de théologie qui leur sont complètement inutiles. Tous les hommes éclairés d'Islande désireraient qu'il y eût au moins deux écoles distinctes. L'argent manque pour les établir.
Il y a à Besesstad quatre professeurs. Le premier qui enseigne la théologie et qui représente l'école dans toutes les occasions importantes, reçoit par an 400 species (environ 2,400 francs). Les autres n'ont que i ,800 francs. Tous quatre sont des hommes vraiment remarquables, et tels qu'on serait heureux d'en rencontrer dans beaucoup d'institutions plus renommées que l'humble école de Besesstad. L'un d'eux est très-versé dans la connaissance de la langue hébraïque et de l'histoire ecclésiastique. Un autre s'est distingué par ses travaux de géographie. M. Egilsson a pris part à toutes les grandes publications d'ouvrages islandais qui se sont faites dans les dernières années à Copenhague, et prépare en ce moment une nouvelle édition de l'Edda de Snorri Sturleson, avec une traduction latine. Le vénérable docteur
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Schieving, le prolesseur de littérature latine, es un (le CCS hommes savants et modestes que l'on n'apprend pas à connaître sans émotion, et que l'on ne peut oublier une fois qu'on les a connus. Il y a vinjît ans que M. Schieving travaille à un dictionnaire islandais-latin '. Il a tour à tour compulsé les anciens livres de droit et les anciens livres d'histoire, les chants des scaldes et les sagas. Quand les livres imprimés lui ont manqué, il est entré en correspondance avec les étudiants de Copenhague, afin de faire compulser les manuscrits islandais qui se trouvent à la Bibliothèque. Il a classé chaque mot dans ses différentes acceptions ; chaque acception est justifiée par une citation, et chaque citation accompagnée d'une note indiquant le livre, la page où elle a été prise, le sens qu'elle doit avoir. J'ai vu dans la demeure de M. Schieving à Besesstad l'immense quantité de matériaux qu'il a amassés pour faire son dictionnaire, et je lui ai demandé s'il ne pensait pas à le publier bientôt. «Hélas! non, m'a t il dit; plus j'avance, plus je vois ce qui me manque
1. Le meilleur dictionnaire islandais que nous ayons est celui de Riorn, publié par Rask, iivol. iu-4'>, Copenhague, I81i. il est encore très-fautif et Ircs-iuconiplet.
pour arriver au but que je voulais atteindre. Quand j'ai entrepris cette longue tache, je croyais avoir fini au bout de dix ans. Maintenant, je ne m'impose plus aucune limite. Je travaillerai tant que je vivrai. » Et, sans cesse, il revient sur ce qu"il a déyà fait, et, sans cesse, il recommence ses recherches, heureux d'accroître sa nomenclature, heureux de trouver un nouveau mot et une nouvelle acception, heureux des devoirs qu'il remplit, et des instants de loisir qui lui permettent de reprendre ses études favorites. La science n'a pas eu souvent un disciple aussi dévoué, soumis à un travail, aussi exempt d'ambition.
Le temps des études à Besesstad dure de cinq à six ans. Les élèves ne sortent de là qu'après avoir subi un examen. Les uns peuvent devenir immédiatement prêtres, mais ceux qui se destinent à la médecine ou à la jurisprudence sont obligés d'aller étudier à l'université de Copenhague ^ Il y a en Islande un médecin général nommé par le gouvernement, et cinq autres
1. Il y avait autrefois en Islande un usage assez curieux. Les élèves, en se présentant à l'université de Copenhague, devaient avoir un certificat du recteur de l'école latine de Hoolum ou de Skalliolt, attestant leur capacité. Si, par
médecins placés dans les différents districts. Le médecin général est M. Thorteinsson, qui a fait longtemps pour M. Arago des observations météorologiques. C'est un homme aussi distingué par la noblesse de son caractère que par la vuiicîé de ses connaissances. 11 reçoit 1 ,800 fr. par an, à charge de traiter gratuitement les malades pauvres. Les autres médecins reçoivent 900 francs, et doivent également prêter leur secours à tous ceux qui le réclament.
Les jeunes Islandais qui entrent à l'université de Copenhague jouissent de plusieurs privilèges. Ils habitent une maison fondée par Christian VI ; et s'ils subissent d'une manière satisfaisante leur premier examen, on leur donne tous les mois une gratification de 30 à 40 francs *. Aussi le nombre des élèves augmente continuellement. Chaque année, l'université renvoie dans leur patrie quelques-uns de ses disciples; et, chaque année, une nouvelle colonie retourne à Valma mater, et s'instruit à ses
suite de leur premier examen , ils n'étaient pas reçus, on mettait le recteur à ramende.
1 . En 1759 , Frédéric V ordonna que chaque année deux élèves de Hoolum et de Skalholt viendraient, aux frais de l'état, finir leur éducation dans une université de Danemark. Cette ordonnance n'est plus en vigueur.
leçons. C'est à ceux qui ont étudié à Copenhague que l'on réserve les fonctions de magistrat, les places de sysselmand, et les meilleurs presbytères. Tous reviennent comme ceux qu'on appelait autrefois les clercs de Paris, avec le parfum de la science et les fleurs du voyage. Tous répandent dans leur pays de nouvelles idées. Ils ont échangé la casaque de vadmal contre l'habit européen, et les coutumes encore grossières du bœr contre les habitudes plus élégantes des grandes villes. Peu à peu leur exemple gagne ceux qui les entourent, et la civilisation s'insinue au cœur de la vieille Islande par le côté littéraire, par le côté poétique. Le christianisme a détruit les pratiques sauvages des farouches enfants d'Odin; la civilisation achève d'éclairer leurs descendants et d'adoucir l'àpreté de leurs mœurs \
i. Depuis la première publication de ce livre, il n'a été fait dans l'organisation de l'instruction en Islande aucun changement notable. Seulement, l'école de Bescsstad a été ramenée à Reykjavik. Elle est là maintenant sous la direction d'un homme qui a studieusement visité les principales institutions scientifiques de France, d'Allemagne, d'Angleterre, d'un homme qui parle couramment plusieurs langues vivantes, et qui se ferait remarquer dans une Université germanique par sa connaissance des langues classiques. C'est M. le docteur Johnson.
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ÏV.
DECOUVERTE DE L'iSLAHDE.
Les Scandinaves étaient, comme on sait, d'intrépides navigateurs. Ils n'avaient ni le sextant, ni l'astrolabe, ni la boussole; ils n'avaient pas appris à mesurer la hauteur du soleil pour connaître leur latitude, ni à pointer une carte pour déterminer leur distance. Mais ils se jetaient dans leur bateau, la rame à la main, et s'en allaient, comme des oiseaux de mer, chercher la côte lointaine. Souvent la vague orageuse leur servit de guide, et la tempête les conduisit
au lieu où ils voulaient aborder. Cependant, au huitième siècle, Beda * avait signalé de nouveau cette île de Tliulé, dont le nom se trouve dans l'histoire de Pline, dans les vers de Virgile ^. Cent ans plus tard, le moine Dicuil la dépeignait non plus d'après de vagues conjectures, mais d'après des notions positives. Des Islandais y avaient abordé, des moines y avaient séjourné depuis le mois de février jusqu'au mois d'août , et l'on retrouva leurs vosLiges. L'Islande était connue d'un autre peuple de marins; et les Norvégiens, qui avaient déjà exploré tant de rivages, ne la connaissaient pas encore. L'orage les jeta sur cette terre de volcans et d'orage.
Un pirate nommé Nadodd s'en allait de Norvège aux îles Férœ ^. Un coup de vent le fit dévier de sa route et l'emporta au nord. Il se croyait perdu au milieu de l'Océan ; il aperçut la côte. Lui et ses compagnons amarrent le na-
4. Beda mourut vers Tannée 735 ou 738. Son livre : De naturâ rerum et ratione lemporum, fut imprimé a Cologne en 1737.
2. Il n'e^t guère vraisemblable que cette ultima Thule mentionnée par les auteurs anciens, soit l'Islande; mais comme les écrivains du Nord ont souvent invoqué ce témoignage, nous ne pouvions guère le passer sous silence.