‹ Lettres sur l'Islande, et poésiesChapitre 50 sur 145 · Landnama bok · texte numérisé non relu

Landnama bok

94 LETÏRKS SUR l'iSLANDE.

aventure uxdes hommes du Nord. Il suffisait de dire qu'on avait découvert une nouvelle contrée. Qu'elle fût riche ou pauvre, n'importe, ils voulaient lavoir. En 864, dans une maison norvégienne, le sang du sacrifice coulait sur l'autel des dieux Scandinaves ; un pirate, enthousiasmé par tout ce que l'on racontait de l'Islande, se préparait à aller visiter cette terre lointaine. C'était Flocki. Il avait voulu se rendre les divinités propices par des prières publiques, et il consacrait à Odin trois corbeaux, qui devaient, à défaut de boussole, le guider dans son excursion. Peut-être avait-il entendu conterl'histoire de Noé dans son arche ; peut-être était-ce alors un moyen employé par plusieurs navigateurs. Quand il eut doublé les îles Férœ, Flocki lâcha le premier de ses corbeaux, qui ne se souciant pas sans doute d'entreprendre un voyage de découverte, s'en retourna tranquillement au lieu d'où il était parti. Peu après, il lâcha le second, qui s'élança dans les airs, tournoya audessus du navire, et revint lâchement se poser sur sa cage, effrayé de cette immensité d'eau. Enfin Flocki lâcha le troisième, et celui-ci, comme pour venger l'honneur de sa race, s'en alla hardiment vers le nord ; le vaisseau le sui-

l.KTTUES Sl'K l'iSLVNDI:. [)']

vit et aborda à Keykianes. Nadodd avait vu en automne les montagnes couvertes de neige, Flocki les trouva au printemps couvertes de glace, et donna au pays le nom qui lui est resté Terre de (jlace (Island) ^ Il revint, l'été suivant, en Norvège, et dépeignit, comme il les avait vus, ces champs arides, ces volcans enflammés, ces montagnes sauvages de l'Islande. Mais un de ses compagnons raconta au peuple crédule que c'était un pays charmant, où le sol était sans cesse couvert de fruits, où le beurre découlait des rochers.

Dans ce temps-là, Harald aux beaux cheveux régnait en Norvège : il avait succédé à son père à l'âge de dix ans '^ Son royaume n'était d'abord qu'une de ces étroites principautés, comme il y en avait eu un grand nombre en Suède et en Danemark. Mais il avait l'âme ambitieuse, et il était, dit la saga, grand, fort, courageux et habile ^. Dans son audace et sa jeunesse, quand il eut mesuré son domaine de prince, il se sentit à l'étroit et rêva guerre et conquêtes : une femme acheva de lui donner l'impulsion. Cette

Page 1