‹ Lettres sur l'Islande, et poésiesChapitre 51 sur 145 · Ibid, t. I · texte numérisé non relu

Ibid, t. I

femme était Gyda, fille du roi Eirik. Harald l'avait envoyé demander en mariage ; mais la fière Gyda répondit qu'elle ne se sentait aucunement tentée d épouser un si petit roi *, et que, s'il voulait être aimé d'elle, il fallait qu'il lui donnât à partager, non pas sa pauvre couronne de prince, mais la couronne de Norvège. Quand les ambassadeurs de Harald vinrent lui rendre compte de leur mission, il applaudit aux paroles de la jeune fille, et jura de ne pas couper sa chevelure, de ne pas la peigner avant que d'avoir soumis toute la contrée à son pouvoir. Ainsi entraîné par ses désirs ambitieux et ses rêves d'amour, il déclara la guerre à ses voisins, les subjugua l'un après l'autre, et envahit leur principauté. Bientôt son armée devint si nombreuse, son nom si redoutable, que pas un de ses anciens rivaux n'osa lui résister. Il étendit son bras de fer sur toute la Norvège; et celle qui, peu d'années auparavant, semblait prendre en pitié sa destinée obscure, vint lui tendre la main sur le champ de bataille, et lo

1. Le texte islandais est plus expressif. « Hnn svarar at lîun will cigi spilla nicydonii sinuni til thess at eiga thann konungeigi hclir nieira enu uokkurûlki tilForrada. » iSagad'OdafTryggv»aon,\,. I.)

LEUTRES SL'll l'iSLANDE. 97

salua roi. Mais il avait conquis ses peuples par la force, et sur sa route il n'avait semé que la haine et le mécontentement, Des hommes, qui avaient été ses égaux, gémissaient de le nommer leur souverain; des familles puissantes s'indignaient de se courber devant lui : elles cédaient à sa volonté, mais en cherchant autour d'elles le moyen de recouvrer leur indépendance. Alors Flocki explorait l'Islande, et l'île lointaine, l'ile déserte, leur apparut comme un dernier refuge. Le pays était pauvre, disait-on, mais il n'avait point de maître; et l'aristocratie norvégienne , froissée dans ses intérêts, humiliée dans son orgueil, s'en alla chercher les landes arides dont on lui avait parlé, heureuse de mettre entre elle et son despote l'immense espace des mers.

Les deux premiers colons d'Islande, Ingolfr et Leifr, surnommé plus tard Hiorleifr, avaient encore un autre motif de s'expatrier. Ils s'étaient attiré, par un double meurtre, la haine d'une famille nombreuse, et ils fuyaient autant pour éviter sa vengeance que pour échapper à la domination de Harald. Leur première émigration date de 870 *. Mais ce n'étiiit, en quelque

Page 1