‹ Lettres sur l'Islande, et poésiesChapitre 62 sur 145 · BH · texte numérisé non relu

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Dans un des districts les moins désolés de l'Islande, sur la route de Breidabolstadt à OErebak, après avoir chevauché à travers une plaine marécageuse, le voyageur aperçoit, au haut d'une colline doucement inclinée, un groupe de maisons entourées de verdure. Une muraille de gazon les protège ; une grande porte en bois s'ouvre au milieu de ce rempart agreste. D'un

côté apparaît la chapelle avec ses saints de bois sur le portail ; de l'autre, l'habitation du paysan, celle du pasteur, et à voir de loin ces demeures paisibles, isolées de tout bruit, et ces murs de gazon qui les entourent, on dirait d'un ermitage rustique, ou d'une forteresse de bergers. Fy arrivais au mois d'août par une belle matinée. L'herbe des champs avait reverdi , les clochettes jaunes se balançaient au milieu de l'enclos, et les marguerites décoraient de leurs corolles blanches toutes les tombes du cimetière. Sous leur toit de mousse, les fenêtres étroites du presbytère s'éclairaient à un rayon de soleil. Un homme tressait des filets de pêche devant la porte, et deux enfants jouaient avec des moutons dans la prairie. Je retins la bride de mon cheval, je regardai avec émotio!: ce tableau si simple et si riant : il me semblait voir devant moi une page des poèmes champêtres, une idylle vivante. Aux aboiements du chien, qui annonçait l'arrivée d'un étranger, le paysan leva la tête, et, quittant aussitôt son travail, s'en vint, avec son bonnet de laine h la main, m'aider à mettre pied à terre et me souhaiter la bienvenue. J'entrai dans l'église, où l'on me montra avec orgueil quelques ornements d'au-

tel qui dataient d'un temps ancien ; j'entrai dans la demeure du prêtre ; c'était un homme instruit et modeste comme j'en ai rencontré plusieurs dans cette pauvre terre d'Islande. Tandis qu'il me faisait voir, avec une vraie joie de savant, sa collection de livres qu'il avait amassés l'un après l'autre, en s'imposant toujours de nouveaux sacrifices, sa jeune femme, douce et blonde comme les jeunes femmes des bords de l'Elbe, mettait une nappe blanche sur la table, et préparait la jatte de lait et les tasses de porcelain3. Je m'assis entre eux, et les voyant tous deux si jeunes et si heureux, l'idée me venait de leur demander, sans crainte de l'anachronisme, si le vieux Voss n'avait pas songé à eux en écrivant sa Louise, ou s'ils n'étaient pas de la famille de Herrmann et Dorothée. D'un côté s'élevaient devant nous les montagnes blanches qui environnent l'Hécla ; de l'autre, la mer formait comme autant de lacs entre les baies où elle vient se jeter, et tout était calme et silencieux. Pas un bruit dans l'air, pas une voix importune, pas un souvenir du monde lointain, et quand je regardais cette solitude si belle dans sa pauvreté, si douce dans son repos, je me disais qu'on pourrait bien renoncer à toute am-

bilion, quitter toute folle vanité et venir vivre là comme le poëte espagnol, sans rien envier et sans être envié : Ne envidiado, ne envidiosoK

Cette retraite, où je passai une matinée de poésie, avait été habitée par deux des plus grands hommes de l'Islande ; c'était Odda. C'est de là que nous sont venus les deux Edda. C'e.U là que vivait, au onzième siècle, Sœmund le savant; au douzième, Snorri Sturleson, le poète et l'historien.

Sœmund naquit en 1056 et mourut en 1133. Il descendait d'une des familles les plus nobles de l'Islande, et son père était pasteur. Animé du désir de s'instruire, il quitta de bonne heure la demeure paternelle et passa une grande partie de sa jeunesse à voyager. 11 visita l'Allemagne, la Franci.% l'Italie, étudiant partout, à cette époque de connaissances encore confuses, les chroniques populaires, les mœurs, la poésie; il observa avec enthousiasme les monuments antiques de Rome, et fréquenta pendant plusieurs années les écoles de Paris "^ Tout ce qu'il avait recherché et aimé dans les contrées étrangères ne put cependant pas lui faire oublier sa terre

1, Poesias del maestro Luis de Lcon.

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