Fionsen. Hisioria ecclesiastica, t. I, p
d'Islande. Il revint en 1082 à Odda, plein de souvenirs, riche de science, et, pour se rendre utile à ses compatriotes, il établit dans sa demeure une école d'où il est sorti plusieurs hommes distingués ; puis il se fit prêtre, et toute sa vie se passa entre les soins qu'il donnait à ses élèves, entre les devoirs religieux que lui imposaient &on sacerdoce et les études de prédilection qu'il s'était choisies. Il n'y avait pas longtemps que l'Islande s'était convertie au christianisme. Le culte d'Odin était aboli, mais les traditions païennes vivaient encore dans lamémoire des vieillards, et les noms de Thor et de Frigga, l'histoire des nains et des géants, devaient se mêler souvent aux causeries de la veillée. Le peuple ne renonce pas si vite aux croyances avec lesquelles il a été bercé. On peut briser d'un coup de hache une idole, mais on ne brise pas du même coup le lien qui le rattache à l'histoire du passé; on peut lui enseigner une nouvelle foi, lui imposer un nouveau serment, mais sans le vouloir, au fond du cœur, il se souvient de la religion qu'il apprit au foyer de famille, et des prières que murmuraient ses lèvres d'enfant. Les hommes qui le gouvernent, voyant leur loi promulguée, la regardent comme éta-
blie , ils posent un jalon entre eux et le passé ; ils composent une nouvelle ère; mais la tradition, cette fée du vieux temps, dément leur chronologie. A côté de l'histoire écrite par le savant, burinée par l'artiste, la tradition invisible, insaisissable, s'en va de contrée en contrée et se perpétue parmi la foule. Elle n'a ni stylet , ni burin ; elle n'impose point d'arrêt, elle n'élève point la voix ; mais elle murmure secrètement de magiques paroles aux oreilles charmées qui l'écoutent. Les hommes qui ne la connaissent pas la déclarent morte et oubliée, et elle repose encore au milieu des ruines, et elle soupire au bord des chemins; le voyageur l'emmène avec lui dans ses courses lointaines, la voix de l'aveugle ambulant l'annonce à toute une génération, la harpe du ménestrel la répand dans les airs.
Ainsi, tandis que les prêtres prêchaient l'évangile dans les églises, Thistoire des anciens dieux occupait encore l'imagination du peuple, et Sœmund l 'étudia. Il se fit redire les mystères et le culte d'un autre temps; il recueillit les vers des scaldes, les épopées payennes conservées par la parole; il écrivit d'après les récits des vieillards, d'après la tradition ; voilà com-
ment nous est venue l'Edda. Les voyages et les éludes de Sœmund lui avaient fait donner le surnom de Savant ; son goût pour les fictions du paganisme lui fit donner celui de Sorcier. Il acheva patiemment son œuvre, mais son caractère de prêtre lui défendait de la publier. Elle resta comme en dépôt dans sa retraite d'Odda, en attendant qu'une main plus hardie la mît au grand jour. En même temps qu'il travaillait à compléter cette épopée populaire , Sœmund rassemblait pour l'histoire de son pays d'autres documents. Il écrivit une chronique des rois de Norvège, qui malheureusement est perdue. Peut-être l'Edda n'était-elle que l'appendice religieux de cette chronique. Quelques savants lui attribuent aussi les annales d'Odda, qui embrassent l'histoire universelle depuis la création du monde.
Le recueil de Sœmund resta près de cinq siècles ignoré en Islande. En 1639, Brynhiolf Svendsen , évêque de Skalholt, découvrit un manuscrit qui contenait les principaux chants de l'Edda et l'envoya à Frédéric III, roi de Danemiulv. Un autre manuscrit, appartenant à la collection d'Arne Magnussen, renferme le Vegtamsqvida. Ce manuscrit foisait partie d'un ou-
vrage plus considérable dont on ne possède malheureusement que des débris. En 1665, Resenius publia, avec une traduction latine et danoise, les deux principaux chants de l'Edda. En 1737 parut le premier volume de la grande édition de Magnussen *.
Le mot Edda, appliqué aux chants recueillis par Sœmund, signifie A'ieule. Peut-être aussi vient-il à'Odda, celte retraite paisible , où le poëte rapporta le fruit de ses voyages, et passa une vie d'étude et de recueillement.
Les poëmes de l'Edda se divisent en deux parties : poëmes miythologiques, poëmes historiques. Les premiers renferment toute la cosmogonie et tout le dogme théogonique des Scandinaves; les seconds se rattachent au cycle populaire répété dans les Kœmpe-viser et chanté dans les Niebelungen. Là est la vie des dieux, ici celle des héros ; là sont les luttes perpétuelles du bon et du mauvais principe, ici les guerres haineuses, les vengeances cruelles; là est le drame du Valhalla, ici le drame du monde. L'Edda, dans sa puissante étreinte, a tout embrassé, depuis le trône des géants jusqu'à la grotte des nains, depuis l'abîme ténébreux ha-