‹ Lettres sur l'Islande, et poésiesChapitre 66 sur 145 · Hyiuisqvida · texte numérisé non relu

Hyiuisqvida

ment de plume de Freya et s'élance dans les airs. Il traverse les collines, il traverse les vallées; il arrive dans la terre des géants et voit de loin le vaillant Thrym assis au dessus d'une montagne, chantant sa chanson du matin et façonnant des colliers d'or pour ses chiens, des harnais pour ses chevaux. — Parle-moi franchement, ditLoki, n'as-tu pas le marteau de Thor? Oui, j'ai le marteau de Thor, répond le géant ; il est enseveli dans la terre à huit lieues de profondeur, et je ne le rendrai qu'à la condition d'obtenir Freya pour épouse. Loki rapporte cette réponse dans la demeure des dieux. La belle Freya pousse les hauts cris et déclare qu'elle n'ira jamais habiter le monde des géants. Loki , la voyant inébranlable , engage Thor à s'habiller en femme et à se présenter lui-même à la place de la déesse. Thor accepte. Le char est attelé et fend lair; les montagnes résonnent sous les roues d'airain ; et partout où il passe, réclair luit, la terre s'entlamme. A l'aspect du dieu Thor qui s'avance couvert d'une longue robe et la tète enveloppée d'un voile épais, Thrym croit voir sa fiancée et pousse un cri de joie. Aussitôt on prépare les noces, on décore la salle de festin. Les bœufs les plus gras rôtis

sent dans l'âtre, et la bière pétille dans de gran* des cuves. Tout le monde se met à table. Thor mange un bœuf tout entier, huit saumons, et boit trois grandes mesures de bière. Le géant le regarde avec surprise : — Jamais, s'écrie-t-il, je n'ai vu une femme douée d'un tel appétit. — Je le crois bien, répond Loki, votre fiancée n'a rien mangé depuis quatre jours, tant elle était occupée de son prochain voyage. Thrym se lève pour embrasser sa jeune épouse, il écarte le voile de lin qui recouvre le visage de Thor, et recule avec effroi à l'aspect du regard enflammé que lui lance le dieu. — Quel regard terrible ! s'écrie-t-il. — N'en soyez pas étonné, dit le perfide Loki, la pauvre enfant n'a rien dormi depuis quatre jours, tant il lui tardait d'être auprès devons. La sœur du géant s'approche ensuite de la prétendue Frcya, et lui demande les anneaux de fiançailles, les présents d'usage; mais Thor veut avant tout que Thrym exécute sa promesse et restitue le marteau. Les hommes les plus forts vont le chercher et l'apportent avec peine. Thor le saisit à deux mains, écrase la tète de Thrym et tue tous les géants ^ Le chant de Harbard est encore consacré aux

i. Thrymsqvida.

exploits de Thor; celui de Skirner dépeint l'amour de Freyr, et celui qui a pour titre ^gisdreka raconte une des scènes de colère de Loki.

Trois autres poèmes de l'Edda ne peuvent être classés ni dans l'une ni dans l'autre des deux séries que je viens d'indiquer. Le chant de Hyndla est une sorte de table généalogique composée par un scalde pour flatter l'orgueil de quoique prince. Le Fiolvinsmal ressemble aux ballades d'amour, aux Wœchter-lieder qu'on trouve souvent dans les anciens recueils de poésie allemande. Un jeune homme a quitté sa fiancée pour courir les aventures. Il a voyagé longtemps, bien longtemps, et il revient avec les rêves d'amour mêlés d'inquiétude, etil arrive en tremblant devant la demeure de sa bienaimée, ne sachant si elle vit encore, ou si elle lui est restée fidèle. Il appelle le gardien du château, lui cache son vrai nom, et lui demande si la belle Mcnglade est dans son château, et si nul homme ne se vante d'être son amant. — Non, dit le gardien, elle n'a point d'autre amant que le vaillant Svipdag à qui elle est fiancée. A ces mots Svipdag entre, et la jeune fille s'élance dans ses bras. Ce poème, très-obscur en cer-

tains endroits, renferme aussi une idée mystérieuse, un fait mythologique, sur lequel les commentateurs ont déjà beaucoup discuté. Le chant de Groa repose sur une idée touchante qui a laissé plusieurs vestiges dans le Nord, l'idée qu'au-delà de cette vie, ceux que nous avons aimés entendent nos plaintes, et que notre voix peut les réveiller dans le tombeau. Un jeune homme va s'asseoir sur un sépulcre et appelle sa mère ensevelie depuis longtemps. La mère se réveille de son sommeil de mort. — Que veux-tu? lui dit-elle. — Je veux épouser celle que j'aime; mais elle demeure loin de moi, et j'ignore le chemin. La mère l'encourage à se mettre en route et lui enseigne des chants magiques pour se garantir de la colère des elfes, des poursuites de ses ennemis, de la prison, des orages, des dangers de la nuit, des géants. Etle jeune homme part, et sa mère s'endort ^ La seconde partie de l'Edda renferme les traditions héroïques du Nord. Voici l'histoire de Volsung, l'habile forgeron , qui rappelle toutes les merveilles attribuées par les Grecs à Dédale. Voici l'histoire de Sigurd que l'Allemagne a popularisée par le poëme épique, parle conte,

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