‹ Lettres sur l'Islande, et poésiesChapitre 67 sur 145 · Groagaldur · texte numérisé non relu

Groagaldur

par la ballade. L'épopée Scandinave de Si^aird et l'épopée germanique des Niebelungen proviennent de la même tradition et représentent la même idée \ Dans l'une comme dans l'autre, les hommes du Nord ont imprimé le cachet de leurs passions farouches et le pommeau de leur glaive de fer. Dans l'une comme dans l'autre , c'est le même héros et la même valeur impétueuse. Le même esprit de vengeance traverse comme un éclair sinistre tout le drame, et la même cruauté l'ensanglante. Tous les caractères principaux se retrouvent identiquement dans les deux poèmes, toutes les scènes les plus saillantes y ont été répétées. Quelques noms seulement et quelques faits sont changés. 11 est probable que cette tradition remonte jusqu'à l'Asie. Les tribus voyageuses l'apportèrent avec elles en émigrant dans le Nord, et elle se répandit à travers l'Allemagne et la Scandinavie, en se nuançant çà et là de diverses couleurs.

1. A cette niêtne tradition se rapportent les récits de la Niflung, de la Vilkina, de la Volsungasaga. Un jeune poète allemand, M. Siuirock, a fait de la t.-aduction de Véland une jolie épopée. MiM. Francisque Michel et T. R. Depi>ing ont public sur le nuMue sujet une dissertation curieuse. Velan le Foigeroa, avec les textes islandais, anglo-saxon, alUmand et français-roman, in-8". Paris, 1833.

Peut-être aussi les scaldes Scandinaves l'ont-ils empruntée à l'Allemagne * ; peut-être est-ce là une image de ces chants populaires que Charlemagne fit recueillir et que nous ne possédons plus. L'épopée des Niebelungen fut écrite , comme on sait, d'après de vieilles poésies dont on n'a point retrouvé de traces. Telle que nous la connaissons, elle est du xii^ siècle. L'épopée Scandinave est beaucoup plus ancienne. Elle est aussi plus rude, plus âpre, plus énergique. Il y a dans les Niebelungen un certain art de composition et de coloris, il n'y a dans les chants de Sigurd qu'une inspiration spontanée et sans frein. Là, de temps à autre, l'esprit se repose sur une pensée d'amour, les yeux s'arrêtent sur une image gracieuse. La famille allemande apparaît quelquefois au milieu des cohortes bardées de fer, et quand le cliquetis du glaive cesse, on entend non loin du champ de bataille la brise du soir qui murmure entre les arbres, l'eau du Rhin qui soupire et s'épanche mollement sur le rivage. Mais dans le chant Scandinave, tout est revêtu d'une teinte sombre. Pas un rayon de soleil n'éclaire ces scènes de

•1. Grimm, Heldensagen, page 2. Finn Magnussen. De œldi'C Edda. Indledning. Mnller. Sag.j bibliothek.

meurtre, pas un souffle d'airpur ne rafraîchit la poitrine haletante de ces hommes de guerre. Adieu la blonde Chrimhilde assise rêveuse à sa fenêtre et contemplant, sans qu'on la voie, les héros qu'elle aime. Adieu les beaux balcons dentelés de Worms, et les joîites dans le préau et les noces joyeuses. Nous voici sous le ciel nébuleux du Nord, et la lyre mélodieuse de Henri d'Ofterdingen et de Wolfram d'Eschenbach n'a point modulé le chant de Sigurd pour une assemblée de princes; la voix mâle et sonore d'un scalde l'a fait entendre le soir à la lueur des feux du camp, au milieu des faisceaux de lances et des soldats.

Sigurd a été élevé par le nain Regin qui lui a appris à lancer une flèche, à manier la hache d'armes, et lui a fabriqué un glaive avec lequel il tranche d'un seul coup un ballot de laine flottant sur l'eau. Regin a pour frère un serpent monstrueux nommé Fafnir qui garde un trésor. Il voudrait le tuer et s'emparer de ses richesses, mais il se sent trop faible pour engager une telle lutte. Sigurd, à qui il exprime ses désirs, sourit à Vidée d'essayer ses forces contre le serpent. Il creuse un fo^sé sur le chemin par lequel Fafnir s'en va chaque jour se baigner dans le lac. Il se

cache et attend. Au moment où le dragon passe, il lui plonge une épée dans le ventre. Regin boit le sang de son frère. Sigurd lui arrache le cœur et le fait rôtir. Il y pose le doigt, puis le porte à ses lèvres, et à l'instant même il comprend la langue des oiseaux \ Des hirondelles causent autour de lui et disent que Regin le trahira. Sigurd, pour prévenir la trahison de son ancien maître, le tue. Puis il pénètre dans la taverne du dragon, recueille les trésors qu'il y trouve, et s'en va, l'épée à la main, chercher les aventures. Un jour il entre dans une forteresse : un guerrier est couché par terre, la cuirasse sur la poitrine, le casque en tète. Sigurd lui enlève son casque et découvre un visage de femme. C'est une valkyrie; c'est Rrunhilde. Naguère encore elle planait sur le champ de bataiiie, elle animait l'ardeur des combattants et récompensait le courage des héros. Mais elle avait oublié les ordres d'Odin. Elle avait accordé la victoire

i . Dans une ode attribuée à Orphée, il est dit de l'homme sage qui sera conduit dans le saiicluaire de Mercure : « Il pénétrera le secret des honnnes et comprendra le langage des oiseaux. »

Dans les Kinder nnd Ilaus Mœrchcn, on trouve l'histoire d'un homme qui comprend la langue dos oiseaux eu mangeant de la chair de serpent, t. 1, p. 9ii.

à celui qui devait être vaincu, et le dieu de la guerre la bannit du Valhalla, et la condamna à rentrer dans le monde, à se marier. Cependant l'exilée des demeures célestes, en abaissant son vol sur la terre, n'a point oublié sa haute science ni ses secrets magiques de valkyrie. Elle donne des conseils à Sigurd et lui enseigne l'art des runes. L'élève reconnaissant la demande en mariage, lui donne un anneau, et part en promettant de revenir bientôt répouser. Il continue ses excursions et arrive dans le palais de Giuke. La reine Chrimhilde devient, non pas comme dans les Niebelungcn, l'épouse du héros, mais sa belle-mère. Elle lui donne un breuvage qui lui fait oublier celle qu'il aime , après quoi il épouse Gudrun, la fille de Giuke, la sœur de Gunnar et de Hogni. Quelque temps après, Gunnar aspire à épouser Brunhilde. Mais la fière valkyrie allume un grand bûcher autour de sa demeure et déclare qu'elle n'accordera sa main qu'à celui qui traversera les flammes à cheval. Gunnar échoue dans cette périlleuse entreprise. Sigurd prend sa place, pousse son cheval sur le brasier ardent, le traverse, et épouse Brunhilde au nom de Gunnar. Il passe trois nuits à côté d'elle, mais une épéc nue les sépare, car Sigurd ne

veut pas violer la fidélité qu'il doit à son frère d'armes. La valkyrie s'en va dans le royaume de Giuke. Les noces se célèbrent, et la bière coule à pleins flots. Mais un jour Brunhilde et Gudrun se rencontrent au bain. Une dispute s'élève entre elles. Gudrun, exaspérée par les paroles dédaigneuses de sa rivale, lui reproche d'avoir passé trois nuits avec Sigurd. Brunhilde rentre chez elle l'âme ulcérée, une fièvre ardente la dévore. Pas une parole, pas un regard, pas une main d'ami, ne peuvent la consoler. Il faut qu'elle se venge. Il faut qu'elle voie mourir l'homme qu'elle a aimé. 11 faut que son époux lave dans le sang de Sigurd /'aftront qu'elle a reçu. Mais Gunnar s'est lié par un serment solennel à la destinée du héros. Il ne peut tirer le glaive contre lui, et il confie sa vengeance à un de ses frères qui égorge Sigurd dans son sommeil. A peine le meurtre est-il commis que Brunhilde s'accuse de l'avoir ordonné. Toute colère est éteinte dans son cœur. Toute la passion qu'elle a ressentie autrefois l'enflamme de nouveau. L'image de Sigurd lui apparaît avec ses plaies saignantes , le remords la déchire. La nuit, elle se lève pâle, échevelée, et s'en va, à travers les salles du château, poussant de

grands cris, appelant Sigurd et maudissant la main qui l'a frappé. Enfin la douleur l'accable. Elle lutte en vain contre ses souvenirs. Une main de fer la subjugue et la torture. Le monde s'est revêtu, pour elle, d'un long voile de deuil. La vie lui pèse, la mort lui apparaît comme une consolation, comme un refuge. Elle allume le bûcher solennel. Elle fait tuer huit hommes et huit femmes, et se jette dans les flammes pour retrouver, dans un autre monde, celui qu'elle pleure sans cesse.

L'épouse de Sigurd, la malheureuse Gudrun, ne meurt pas ; mais nulle voix humaine ne saurait dire son amère douleur. Elle s'asseoit auprès du corps de Sigurd, et elle ne se lamente pas, elle ne se frappe pas la poitrine, elle ne s'arrache pas les cheveux , elle ne pleure pas comme les autres femmes, tant sa douleur est grande, tant son âme est navrée. Tous les jarl viennent à elle l'un après l'autre et tentent de la consoler ; mais elle les regarde sans les voir, et les écoute sans les entendre. Les femmes viennent ensuite, et, pour calmer ses regrets, lui racontent les malheurs qu'elles ont subis. L'une a perdu son époux et ses soeurs; une autre ses frères; une autre ses quatre enfants; et Gu-

drun ne pleure pas et ne se lamente pas, tant sa doulenrest grande, tant son âme est navrée. Bientôt elle ne peut plus supporter laspect des lieux où elle a vu mourir Sigurd ; elle s'exile, et passe sept années en pays étranger.

Cependant Atli \ frère de Brunhilde, accuse les fils de Giuke d'avoir fait mourir sa sœur et veut la venger. Gunnar et Hogni offrent de lui donner Gudrun en mariage; mais Gudrun s'oppose à leur pj'ojet et repousse toute idée de mariage avec indiguation. Sa mère, Chrimhilde, lui donne un breuvage d'oubli dans une coupe couverte de caractères runiques. La magicienne y avait mêlé l'eau des sources chaudes et l'eau salée de la mer : elle y avait fait bouillir le suc de certaines plantes, les entrailles des animaux offerts en sacrifice et le foie de cochon, qui apaise la colère et la haine. Quand Gudrun eut pris celte boisson amèrc, elle ne se souvint plus dos événements passés, et accepta l'époux qu'on lui proposait. Mais ce mariage n'étouffa point le ressentiment d'Atli ; il avait juré de venger Brunhilde, et, pour y parvenir plus sûrement, il eut recours à la ruse. Un de ses affidés s'en alla de sa part porter un message de 1, L'Etzel des Niebclungen,

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paix aux fils de Giuke et les invita à une grande fête. En même temps, Gudrun les fit prévenir du danger qui les attendait, et leur envoya, comme présage sinistre, un anneau enveloppé dans des crins de loup. Mais Gunnar et Hogni ne voulurent pas écouter l'avertissement de leur sœur. « Nous avons, dirent-ils, un bon cheval et une bonne épée; que craignons-nous? » Et ils partirent, et ils entrèrent, la main sur le glaive, la tête haute, dans la salle d'Atli. En les voyant venir, Gudrun s'écria : Vous étos perdus ! Au même instant, les hommes d'Atli les entourent. Les deux frères se défendent vaillamment, mais ils sont accablés par le nombre et enchaînés. L'implacable vengeur de Brunhilde fit jeter Gunnar dans une fosse pleine de serpents. Gunnar avait sa harpe, il en tira des sons si forts que les poutres de la prison se brisèrent, et des sons si plaintifs que les femmes pleuraient en l'entendant et que les vipères attendries oubliaient de lancer leur venin contre lui '. Mais un aigle lui arracha les entrailles. Son

1. Ce pouvoir de la musique a été souvent célébré dans le Nord. Les Celtes disaient que, quand la druidessc chantait, les vagues de la nier faisaient silence pour l'enleudre. Les traditions allemandes rapportent que les esprits des eaux, les nixes, avaient onze mélodies. L'houime pouvait

compagnon d'infortune , son frère , fut aussi condamné à mort ; ses bourreaux prirent le cœur d'un esclave, le posèrent sur un vase et le portèrent à Gudrun en lui disant que c'était celui de Hogni. Mais Gudrun le repoussa avec mépris : « Je ne vois là, dit-elle, que le cœur d'un lâche esclave ; il tremble dans le vase. Dans la poitrine de Hiall il tremblait plus encore. On lui apporta alors le cœur de Hogni, et elle s'écria en le voyant : « Je reconnais le noble cœur de mon frère : il tremble à peine dans le vase, dans la poitrine de mon frère il ne tremblait pas tant. »

Après ces deux meurtres que Gudrun n'avait pu empêcher, Atli chercha à calmer le ressentiment de son épouse par des promesses et des présents; mais tous ses efforts furent inutiles. Gudrun avait oublié de venger la mort de Sigurd , elle vengea cruellement la mort de ses frères. Pour assouvir sa colère , elle n'épargna pas même ses propres enfants ; un jour elle les

en entendre dix, mais à la onzième, il n'était plus maître de lui-même ; il était forcé de danser, et avec lui dansaient tous les meubles qui l'entouraient. Les traditions fmoises Finnische Ptunen) parlent d'une harpe de cristal avec des cordes d'or, qui jouait d'elle-même, et si doucement qu'on eût voulu toujours l'entendre.

prit sur ses genoux et les égorgea, puis elle fit faire des coupes avec leurs crânes , mêla leur sang avec du vin, le porta à Atli et lui dit : « Cette coupe où tu bois est le crâne d'un de tes fils, et ce breuvage est son sang. » Atli poussa un cri d'horreur. Gudrun le tua, incendia le palais et s'enfuit.

Elle voulait mourir, elle se jeta dans la mer; mais la mer refusa d'engloutir dans son sein une femme chargée de tant de crimes, et la porta sur une terre étrangère ; elle épousa le roi Jonakur et mit au monde trois fils noirs comme des corbeaux. Sa fille Svanilde , dont Sigurd était le père, épousa Jarmerik qui, peu de temps après, la croyant infidèle , la condamna à être foulée aux pieds des chevaux ; elle était si belle que les coursiers ardents qui s'élançaient contre elle s'arrêtèrent à son aspect , et n'osaient la toucher. On la couvrit d'un sac et alors ils l'écrasèrent. A cette nouvelle, Gudrun sentit renaître en elle toute la rage que lui avait causée la mort de ses frères ; elle appela ses fils aux armes, et mourut en proférant des cris de colère et de vengeance.

A cette époque païenne que nous ne connaissons que par fragments, on a joint un chant re-

ligieux attribué à Sœnmnd. C'est une œuvre tout en dehors de celle que nous venons d'analyser, une œuvre de chi istianisme et de morale, à côté \!es aventures de Thor et du dranne sanglant de Sigurd ; c'est une leçon paternelle encadrée dans un récit où les souvenirs du paganisme se glissent encore à travers le dogme catholique. Un vieillard revient de l'autre monde pour exhorter son fils à la vertu ; il lui dit comment il est mort, comment son âme, devenue libre, a été transportée dans la terre des morts; là, il est resté neuf jours, puis il a pris son vol, et il a parcouru sept mondes ; il a vu le soleil entouré d'étoiles rouges, le monde brillant des élus, et au dessous de lui l'abîme où sont plongés les méchants; il décrit leurs tourments, et c'est un nouveau chapitre sur l'enfer à ajouter aux chants de Virgile et de Dante ; il a vu passer autour de lui des âmes en forme d'oiseaux. Des ombres sanglantes et informes marchent sans cesse sur des chemins de feu. Les voleurs sont dévorés par des dragons ; les envieux portent des runes corrosives sur la poitrine. Ceux qui , pendant leur vie, avaient profané les jours de fête, ont les mains attachées sur des pierres brûlantes. Ceux qui ont calomnié sont déchirés par

les corbeaux. Puis il voit les justes avec leur auréole, les vierges éblouissantes de beauté, les indigents assis près du trône de Dieu. Puis il encourage de nouveau son fils à faire le bien et s'en retourne.

Ce chant est appelé le Chant du soleil. Il n'est pas à beaucoup près aussi intéressant que ceux de l'Edda. Cependant il mérite d'être étudié, soit comme monument poétique, soit comme tradition religieuse.

La seconde Edda, autrement dite Edda prosaïque, date du treizième siècle. On l'attribue à Snorri Sturleson , l'homme le plus célèbre de l'Islande. Il naquit à Hramm, en 11 78; sa famille était riche, noble, puissante, et se vantait de descendre de Ragnar Lodbrock. John , le petit-fils de Sœmund, était son tuteur. A l'âge de trois ans, Snorri fut envoyé chez lui , et y resta jusqu'en 1197, étudiant, profilant de tous les livres amassés par le vénérable prêtre d'Odda,

et de tous ses manuscrits. A la mort de son tuteur, il quitta la demeure poétique de Sœmund, se maria avec une jeune fdle riche, et vint habiter sa maison de Reykholt , qu'il entoura de remparts comme une forteresse ; sa fortune et ses talents lui donnaient une grande influence. On l'avait vu venir à l'Althing comme un roi, avec une suite de huit cents hommes. On l'avait vu monter sur le Logberg et entraîner la foule émue par son éloquence. Le peuple se passionna pour lui et le nomma , en 1213, grand-juge de l'Islande. C'était le consulat, c'était la dignité suprême de la république. Les grands-juges étaient élus à vie, et le temps de leur magistrature faisait époque comme le règne d'un souverain. Tandis que Snorri obtenait ainsi les suffrages du peuple, il aspirait à la faveur des princes. Il adressa des chants louangeurs au roi, au jarl de Norvège, qui '.ui envoyèrent de riches présents. En 1218, il alla les visiter, et tous deux l'accueillirent avec empressement. Il s'arrêta quelques nuits chez le roi Hakon, voyagea en Suède , et revint passer l'hiver chez le jarl Skule, qui lui fit préparer à grands frais un navire pour le ramener en Islande. Tous ces succès enflèrent son orgueil et soulevèrent contre lui la

haine de plusieurs familles puissantes ; il avait Tàme fière et hautaine. Loin de chercher à adoucir l'irritation de ceux qu'il avait offensés par sa vanité, il l'accrut encore par ses dédains. A cette époque, l'Islande était en proie à la guerre civile; ses chefs de tribus s'armaient l'un contre l'autre et traversaient le pays comme un fléau. Snorri devint une de leurs victimes. Une troupe de paysans, commandés par ses ennemis , s'avança à Reykholt , incendia sa maison, ravagea ses champs, égorgea ses troupeaux. Snorri prit la fuite et se retira en Norvège ; il échappait à une guerre intestine, il tomba dans une conspiration. Son ami Skule, à qui il était venu demander un asile , avait pris le titre de duc et aspirait à porter la couronne de Norvège. On ne sait quelle part Snorri prit dans ce complot , mais il redoutait de voir le roi Hakon ; peu de temps après son arrivée , il jugea à propos de quitter la Norvège. Au moment où il allait s'embarquer , un messager accourut avec un ordre royal qui lui défendait de partir. Snorri, dit la Sturlunga saga, lut la lettre de Hakon, et répondit : Je partirai. Mais avant de se séparer, le duc et lui eurent une assez longue conférence ensemble. Peu de personnes y assistaient , et

Arnfimr, qui entendit tout Tentreiien, rapporte que le duc donna à Snorri le titre de jarl \

De retour en Islande, Snorri se retrouva jeté au milieu des discordes , des luttes sanglantes qu'il avait en vain essayé de fuir. Il ne sut ni diminuer le nombre de ses ennemis, ni calmer leur colère, et il avait laissé en Norvège un ennemi plus puissant et plus implacable encore que ceux dont il était entouré. Snorri n'avait pas songé à se mettre en garde contre lui et il succomba. Déjà son ami Skule avait expié ses projets ambitieux; Snorri devait avoir le même sort. « Au commencement de l'été, dit la Sturlungasaga^, on vit arriver EyvindrBarstr etArni, avec des lettres deHakon qui annonçaient la guerre survenue en Norvège et la mort de Skule. »

« Les mêmes hommes présentèrent à Gissur une lettre du roi qui lui ordonnait de s'emparer de Snorri, ou de le tuer. Gissur résolut de le tuer. Il assembla ses compagnons, et tous partirent pour Reyklîolt la nuit après la Saint- Maurice. Ils envahirent la chambre à coucher de leur ennemi, mais Snorri se sauva dans une petite maison qui touchait à la sienne. Là il

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